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Revenus de retraite : le RRQ peut faire plus

La pension de la Sécurité de la vieillesse (PSV) est le poste de dépenses le plus imposant du gouvernement fédéral. Les prestations aux aînés, dont la PSV est le gros morceau, coûteront 89 milliards de dollars en 2026-2027, soit 17 % du total. Mais la PSV a bien des défauts et n’a presque pas évolué depuis sa naissance, en 1952. Il faut que ça change.

La PSV est financée par répartition, ce qui signifie que les contribuables d’aujourd’hui financent les chèques des retraités actuels. C’est une mécanique différente de celle du Régime de rentes du Québec (RRQ), qui, pour sa part, tire partiellement de sa capitalisation de 140 milliards de dollars les paiements aux retraités. 

Le financement par répartition se justifie mal dans un contexte de vieillissement démographique : selon le dernier rapport actuariel, marqué par une impressionnante augmentation du nombre de bénéficiaires, le coût de la PSV s’élèvera à 276 milliards de dollars en 2060.

La PSV ne remplace plus que 15 % des revenus de carrière pour un travailleur au salaire moyen.

Pourtant, la PSV atteindra de moins en moins ses objectifs, qui consistent à aider les aînés à faible revenu, donc à lutter contre la pauvreté, mais aussi à contribuer à amoindrir la chute des revenus à la retraite pour les autres, en remplaçant adéquatement ces rentrées d’argent. 

Du point de vue de la lutte contre la pauvreté, le programme est mal ciblé : les aînés ayant un revenu de retraite d’environ 90 000 dollars ou moins reçoivent à peu près tous quelque 9 000 dollars par année. À peine 8 % des contribuables touchent un montant inférieur. La PSV n’aide donc pas seulement les retraités les plus pauvres. Les bonifications successives de la PSV sont tributaires de décisions politiques à courte vue, parfois électoralistes, aux conséquences financières importantes à long terme. 

La PSV remplit de moins en moins bien son deuxième objectif : le remplacement adéquat des revenus. En effet, la PSV ne remplace plus que 15 % des revenus de carrière pour un travailleur au salaire moyen. Elle s’avère une source de revenu de retraite de moins en moins importante, même si ses coûts explosent. Cette proportion est même appelée à diminuer dans les décennies à venir, puisque l’indexation de la PSV s’accroche à l’inflation, historiquement moins forte que la croissance des salaires. L’érosion de la PSV est donc programmée : au fil du temps, elle coûte plus cher, mais elle protège moins les retraités contre une baisse de leur pouvoir d’achat. 

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Ces faits étant bien établis, le gouvernement fédéral pourrait se concentrer sur le filet social pour les retraités les plus pauvres et laisser au Régime de rentes du Québec la mission de procurer un remplacement des revenus adéquat à la retraite.

Le Canada pourrait remplacer les programmes existants, soit la PSV et le Supplément de revenu garanti (SRG), par une « allocation canadienne pour aînés » conçue pour aider ceux qui n’ont rien d’autre à ne pas vivre sous le seuil de la pauvreté. Le chèque diminuerait en fonction du revenu de retraite, jusqu’à disparaître pour les retraités ayant au moins le revenu médian. Cette nouvelle allocation coûterait beaucoup moins cher que la PSV et elle lutterait contre la pauvreté plus efficacement.

Il reviendrait au RRQ et à son cousin dans le reste du pays, le Régime de pensions du Canada, de bonifier les prestations futures pour couvrir le manque à gagner. Initialement, la grande majorité des retraités ne verraient aucun changement, puisqu’ils recevraient un seul chèque équivalant au total de leurs deux chèques actuels. Dans l’avenir, ce chèque grossirait plus rapidement et aiderait à maintenir un taux de remplacement des revenus plus stable. Pourquoi ? Parce que les paiements du RRQ sont liés aux contributions passées, et augmentent donc à un rythme plus élevé que les montants de la PSV pour chaque nouvelle génération qui prend sa retraite. 

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Il faudrait certes hausser le taux de cotisation au RRQ pour financer ces nouvelles obligations, mais avec une facture moins douloureuse qu’on ne pourrait le penser, parce que le régime a des actifs suffisants pour soutenir une transition en douceur. Le taux de cotisation pourrait augmenter progressivement, sur une décennie ou plus. 

Mais ce n’est pas tout : comme Ottawa ne subirait plus la même pression budgétaire venant du financement par répartition de la PSV, une baisse des taxes et impôts fédéraux serait de mise. De quoi redonner du souffle aux contribuables et aux provinces.

Les fédéralistes y verront une manière de résoudre le déséquilibre fiscal et les souverainistes, de réduire le poids de la PSV de façon substantielle dans le budget de l’an 1. Qui aurait cru que l’avenir du fédéralisme fiscal canadien était peut-être lié au sort du système de retraite ?

Cette chronique a été publiée dans le numéro de juin 2026 de L’actualité, sous le titre « Le RRQ en renfort de la PSV ».

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