« Elle était très gentille, très douce »

(Gatineau) L’identité de la femme assassinée par son conjoint mercredi soir à Gatineau est maintenant connue. Il s’agit de Shannon Jean Hickey, âgée de 30 ans.
Publié à
14 h 47
Selon les services policiers, Tien Quan Vu, 34 ans, l’aurait tuée avant de s’enlever la vie.
« Elle était très gentille, très douce », témoigne Jade Dube, croisée dans le hall de la tour résidentielle luxueuse où la victime résidait.
« Je savais qu’elle habitait ici, mais je ne l’avais pas vue depuis environ un an, alors j’ai supposé qu’elle avait déménagé », poursuit la jeune femme, encore sous le choc. « On est allé au secondaire ensemble. C’est fou. »
Le calme plat qui régnait à l’intérieur de l’immeuble jeudi après-midi ne laissait en rien deviner les évènements de la veille.
La nuit précédente, les policiers avaient été appelés à se rendre sur les lieux en raison d’un début d’incendie qui avait déclenché l’alarme à travers tout l’immeuble, réveillant Jade Dube. « Quand j’ai descendu les escaliers, il y avait de la fumée et des cris », raconte-t-elle.
À l’intérieur de l’appartement où semblait avoir débuté le feu, les agents ont trouvé les corps de Shannon Jean Hickey et de Tien Quan Vu. Leur décès a été constaté sur place.
Tien Quan Vu avait des antécédents judiciaires. En 2023, l’homme a plaidé coupable d’avoir diffusé l’image intime d’une personne sans son consentement. Il a aussi plaidé coupable à une accusation d’avoir infligé des lésions corporelles à cette même victime.
Dans ce même dossier, il avait plaidé non coupable à deux accusations : d’avoir utilisé une arme lors d’une agression et d’avoir volé le passeport de sa victime. Dans ces deux cas, un « arrêt conditionnel » a été prononcé. Toujours en 2023, il a plaidé coupable d’avoir enfreint la condition de communiquer avec sa victime.
Dix femmes ont été tuée en contexte de violence conjugale en 2026, une de plus qu’en 2025.
Vers une loi « Gabie Renaud »?
Dans son discours inaugural, mardi, la nouvelle première ministre du Québec, Christine Fréchette, a fait appel à la transpartisanerie pour faire adopter un projet de loi inspiré de la « loi de Clare » en Angleterre. Elle permet à une personne de demander à la police si son conjoint a des antécédents judiciaires.
« Je refuse que des femmes soient victimes de violence, un point c’est tout. Il faut que ça cesse », a martelé Mme Fréchette dans son premier discours officiel.
Il ne reste que cinq semaines avant la fin des travaux parlementaires pour adopter ce qui a été baptisé « loi Gabie Renaud » en hommage à une victime québécoise d’un féminicide présumé.
Est-ce qu’une telle loi aurait pu sauver Shannon Jean Hickey?
« Pour nous, c’est un outil de plus, mais ce n’est pas une panacée », a souligné Louise Riendeau, du Regroupement des maisons pour femmes victimes de violence conjugale.
« Même quand une femme apprend que le conjoint a des antécédents, quitter ce n’est pas toujours facile. Des fois, les femmes vont devoir tenter de trouver le moment le plus sécuritaire pour quitter parce qu’on sait que c’est justement au moment de la rupture qu’il y a un plus de risque de féminicide. »
Son organisme a demandé la mise en place d’une « loi de Clare » au Québec, mais il insiste sur l’importance de mettre en place d’autres mesures pour épauler les femmes une fois l’information obtenue.
« On pense qu’il est absolument essentiel que les femmes qui s’en prévaudront et qui apprendront qu’il y a des antécédents puissent être accompagnées pour qu’on puisse mettre en place un filet de sécurité et qu’on regarde qu’elles sont les meilleures mesures à prendre et quelles ressources peuvent les accompagner et ça, c’est absolument essentiel. On ne peut pas juste divulguer des antécédents. »
Louise Riendeau aimerait par ailleurs que les informations divulguées par ce mécanisme ne soient pas seulement les antécédents judiciaires retrouvés au plumitif, un registre déjà public — mais payant — où sont colligées toutes les accusations criminelles.
Cela pourrait aussi inclure les interventions de la police ou de la direction de la protection de la jeunesse.
« Parce qu’on le sait : pour beaucoup, beaucoup de conjoints, il n’y a pas nécessairement eu des plaintes de portées ou des condamnations. »




