«J’ai jamais fait autant d’argent, mais j’ai jamais été aussi pauvre!»

« J’ai jamais fait autant d’argent, mais j’ai jamais été aussi pauvre ! »
Cette phrase de Kevin Houde m’a hantée toute la semaine. Comment un jeune camionneur de 31 ans qui cumule les heures plus souvent qu’à son tour, peut-il s’appauvrir ? Kevin ne roule pas sur l’or, mais jusqu’à l’an dernier, il arrivait à boucler ses fins de mois. Là, c’est plus possible. Il fait partie de cette classe moyenne qui travaille et qui en arrache.
Kevin vit à Joliette avec sa conjointe et leurs 4 enfants âgés de 3 à 12 ans. Quand il a appelé cette semaine à mon émission à QUB pour témoigner de l’augmentation du coût de la vie, il venait tout juste de payer son loyer de 2150 $. Il était passé à l’épicerie ramasser un 4 litres de lait à 12,99 $. Épuisé par une journée de travail qui commence à 5 h du matin. Étouffé par un gros sentiment d’impuissance. Ses mots déboulaient comme un cri du cœur :
« Mon loyer me coûte plus de 2000 $, la bouffe pour nourrir mes 4 enfants me coûte aussi 2000 $. J’ai même pas le temps de respirer que ça me coûte déjà plus de 4000 $ par mois ! Je mange juste un repas par jour parce que j’en laisse aux autres… Là, je vous parle, pis j’ai faim.»
Un pouvoir d’achat qui diminue
La voix de Kevin se brise, les sanglots prennent le dessus. Il s’excuse. « Je voulais pas pleurer. Mon intention, c’est pas de faire pitié. Je veux juste décrire de ce que vivent les familles de la classe moyenne. Notre pouvoir d’achat est rendu nul. »
J’ai rappelé Kevin pour prendre de ses nouvelles. Depuis son témoignage, il dit avoir reçu des centaines de messages de citoyens qui le remercient « de parler pour nous ». Du monde ordinaire qui ne se retrouve pas dans le discours ambiant. Et qui se démène à la p’tite semaine, sans voir le bout.
« Partir mon auto, c’est une dépense. Avant la guerre en Iran, ça me coûtait 150 $ d’essence par semaine, là, ça m’en coûte 220 $. On s’en sort pas. Mon salaire perd de sa valeur aux six mois. »
Pas le choix de travailler plus
Kevin me raconte qu’il s’offre peu de gâteries, de sorties ou d’activités avec les enfants. « À six, on oublie ça ! »
Récemment, le couple a fait le point sur sa situation financière. « Tout augmente tellement vite. On va tout faire pour rester dans le même logement, pis travailler chaque jour s’il le faut. »
J’ai rappelé à Kevin que dimanche, c’est la fête des Mères. « As-tu pensé à un cadeau pour ta blonde ? » lui ai-je demandé. « J’aimerais ça, mais j’ai pas trop les moyens. Je veux pas un cadeau ordinaire. L’autre jour, j’ai vu une rose éternelle sous une petite coupole, il paraît que la rose ne fane jamais. »
« C’est une bonne idée, Kevin, une rose éternelle. »
J’ai raccroché avec Kevin, désolée de n’avoir pu lui être plus utile. J’aurais aimé trouver une solution simple pour lui et sa famille. J’espère juste que son histoire va convaincre nos décideurs de l’urgence de la situation.



