Manuel Tadros donne des nouvelles de sa santé

Manuel Tadros célèbre cette année 70 années de vie et 50 années de carrière. Il compte célébrer ça en grand avec un album, qu’il présentera au public cet automne. S’il admet que des pépins de santé assez sérieux sont venus ralentir la cadence, il n’est aucunement question pour lui de tout arrêter : il est ce moment dans la pièce Frères chez Duceppe, un rôle écrit pour lui par Nathalie Doummar, et sera cet automne dans Georges, de la même autrice.
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Manuel, d’abord, comment ça va ?
Je vais bien maintenant, mais ce ne fut pas un hiver facile. Je suis diabétique depuis l’âge de 12 ans et donc mes reins en ont pris un coup, alors je devais avoir une greffe de rein en novembre. J’avais une donneuse et nous avions une compatibilité à 100 %, ce qui est rare pour une personne qui n’est pas de notre famille. Mais une semaine avant l’opération, elle s’est désistée, elle a eu peur, et elle en a le droit. Mais l’annulation de ma greffe a contrecarré mes plans. Je devais jouer dans une série, mais avec la dialyse, ça compliquait les choses. Comme je jouais au théâtre le soir, je ne pouvais pas arriver sur scène épuisé. J’ai donc eu à laisser ce rôle et à reporter la sortie de mon album.
Comment as-tu accueilli cette mauvaise nouvelle ?
Très mal. J’avais des attentes et je pensais vraiment aller mieux, avoir une année le fun, avec deux mois de convalescence en début d’année et après, les projets débutaient avec Frères chez Duceppe. Mais quand on vit avec une insuffisance rénale, on est fatigué au moindre effort. Je vais mieux, car j’ai commencé à faire de la dialyse chez moi chaque jour. Ma vie n’est pas en danger et je garde de saines habitudes de vie. Je suis toujours sur un protocole de greffe et je peux recevoir un appel n’importe quand.
Que raconte cette pièce ?
C’est un cadeau du ciel, d’autant plus que Nathalie Doummar a créé ce rôle pour moi, et aussi dans Georges, qu’on verra cet automne au Théâtre de La Licorne. Je jouerai le rôle-titre, celui de son père. C’est spécial pour moi, car je connais son père depuis l’enfance, en Égypte. Frères relate l’histoire des membres masculins d’une famille égypto-québécoise qui se réunissent et qui règlent plusieurs affaires. Tout ça avec beaucoup d’humour et d’amour. J’ai un plaisir fou à jouer ça !
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Manuel, 50 ans de métier, ça représente quoi pour toi ?
Des années de grand plaisir et de belles victoires, et aussi des murs dans lesquels j’ai foncé. Des murs que j’ai cassés, et certains qui m’ont cassé. J’ai eu des rencontres extraordinaires dans ce milieu et j’ai eu énormément de plaisir dans les premières années quand j’étais chanteur parce que, quand tu chantes sur scène, il n’y a rien de plus amusant et de gratifiant que cela.
Tu évoques des murs que tu as cassés et qui t’ont brisé. Que veux-tu dire ?
Je suis un Québécois d’adoption (il est né au Caire) et, dans les années 1970 et 1980, il y avait beaucoup de racisme et de préjugés, mais aussi de rejet, car je n’étais pas « pure laine ». Un jour, on m’avait dit que je ne pourrais plus animer à la télé : les gens se plaignaient du fait que j’étais un étranger. Ça a pris des années pour colmater cette blessure intérieure. On aimait mon travail, mais je n’étais juste pas de la bonne couleur. Pourtant, les cotes d’écoute étaient bonnes. Heureusement, les choses changent.
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Quel bilan fais-tu de ta carrière ?
Dans le domaine du doublage, je pense être un vétéran. Le chanteur, j’ai été obligé de l’abandonner pour devenir acteur et je l’ai été, acteur, mais j’aurais espéré faire plus de cinéma. Cela dit, j’ai toujours réussi à bien gagner ma vie. Je n’ai jamais manqué de travail. Je suis fier d’avoir persévéré, même dans les années 1980. Ç’a été des années de vaches maigres et j’ai remonté la pente en écrivant des chansons pour d’autres.
Lorsque je suis allé voir Frères, j’ai entendu un homme dire : « Manuel Tadros, c’est le père de Xavier Dolan. La pomme n’est pas tombée loin de l’arbre, il a le talent de son fils. » Ça te fait quoi ?
(Rires) C’est drôle, Xavier et moi, nous nous ressemblons physiquement et sur le plan de nos caractères. Il est aussi impulsif et prompt que moi. Comme moi, quand il veut quelque chose, il va le chercher. Je lui ai toujours dit, depuis qu’il est tout petit, de se créer sa propre réalité et de ne pas être dans l’attente et d’être dans l’action. Il a pris ça et il l’a multiplié par 10 ! Je suis extrêmement fier de lui. Nous vivons une belle relation et nous nous encourageons l’un et l’autre, on se jase de tout. Quand il était adolescent, c’était la guerre, car il voulait s’éloigner de l’image de son père. Ç’a été dur pour moi, parce que je suis un père aimant, présent, et j’ai besoin de l’affection de mon fils. Il a toujours été admiratif de mon jeu d’acteur, j’ai eu des apparitions dans certains de ses films et j’en suis honoré.
ÉRIC MYRE/AGENCE QMI
Tu as un premier garçon, Jean-Philippe, que tu as eu à 20 ans. Ton fils est atteint du syndrome de Hartsfield, une maladie génétique. Comment as-tu accueilli un tel diagnostic à l’époque ?
Le diagnostic a été un grand choc et il est arrivé quand il avait six mois. Notre fils criait et pleurait beaucoup, et il a été hospitalisé pendant un mois. Les médecins ne comprenaient pas ce qu’il avait, c’est un syndrome rare. J’ai eu beaucoup de mal à accepter l’état de mon fils. Au début, je me suis accroché à l’idée qu’il rattraperait les retards de croissance, puis il y a eu un arrêt dans les progrès et j’ai dû faire face à la réalité. Sa maman, Diane, est un ange descendu du ciel avec lui. À presque 50 ans, il habite dans une maison, avec huit autres personnes et des intervenants. Le week-end, il va chez sa mère et des fois, le dimanche, je passe du temps avec lui ; nous mangeons ensemble, il vient dormir à la maison. Il vit dans l’instant présent, entouré d’amour.
Tu présenteras bientôt un album. Comment en es-tu venu à effectuer ce retour du chanteur ?
C’est grâce à ma participation à Zénith. C’est une idée folle de Véronique Cloutier de me ramener à la chanson. Les gens ont oublié que je suis chanteur au départ. J’ai repris goût à l’idée de chanter. J’avais dans mes tiroirs des chansons qui parlent de ma vie et je me voyais mal les donner. Mon album comportera une douzaine de pièces, certaines rythmées, avec de la joie de vivre, mais aussi des ballades. J’ai décidé de faire ça pour me payer la traite pour mes 70 ans de vie, mes 60 ans au Québec et mes 50 années de carrière.
Tu as écrit de grandes chansons, dont C’est zéro et Billy, pour Julie Masse. Es-tu content du succès qu’elles ont connu ?
J’aurais aimé qu’elles traversent les frontières. C’est zéro a été un grand succès ici, au Québec, mais elle ne s’est jamais rendue en France, alors qu’elle avait le potentiel pour devenir un grand hit. J’ai des chansons qui sont passées dans le beurre, d’autres qui ont eu un certain succès. J’ai écrit récemment pour Marina Orsini et Patrick Norman.
Manuel, on peut aussi te suivre dans la série Vitrerie Joyal.
Oui, j’ai un petit rôle, celui d’un homme riche qui est un potentiel acheteur de la vitrerie. Ça a été un plaisir de jouer avec Martin Matte, c’est un mec très généreux et sympathique.
Tu vis toujours le bonheur auprès d’Émilie Ndejuru, ta conjointe.
C’est fou ! Ça fait 10 ans que nous formons un couple, cinq ans que nous sommes mariés, et je suis plus amoureux que jamais. Cette femme est d’une beauté intérieure et extérieure inégalée. Je ne m’ennuie pas une seconde avec elle et nous rions beaucoup. Elle est ma grande complice, mon grand amour et je veux être avec cette femme jusqu’à la fin de mes jours tellement je suis bien.
Que peut-on te souhaiter pour la suite ?
Un one man show et de beaux rôles au cinéma, et par-dessus tout une greffe de rein. Ça ferait de moi un homme neuf.




