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Fausses vidéos de Mark Carney et de François Legault: l’hypertrucage fait perdre une fortune à des Québécois sur Facebook

De fausses vidéos mettant en scène le premier ministre Mark Carney, le multimillionnaire Luc Poirier et l’ancien premier ministre François Legault sont désormais si réalistes qu’elles font perdre à des Québécois des centaines de milliers de dollars.

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Mark Carney annonçant des placements lucratifs et sans risque, François Legault promettant des rendements mirobolants, Doug Ford faisant miroiter des investissements payants : autant de publicités ou de reportages d’apparence sérieuse qui ont circulé sur Facebook dans les derniers mois.

D’autres vidéos du même genre mettant en scène l’investisseur immobilier québécois Luc Poirier, l’acteur hollywoodien Keanu Reeves ou encore le gourou des affaires bien connu au Canada anglais Kevin O’Leary ont aussi circulé.


Une vidéo de type «deepfake» mettant en scène l’acteur hollywoodien Keanu Reeves.


capture d’écran tirée de Facebook

Ces publications mensongères (prenant souvent l’allure de reportages sérieux ou d’annonces politiques) diffusées sur les réseaux sociaux ont convaincu des Québécois d’investir de grosses sommes dans des projets d’investissement bidon, dans les cryptomonnaies, le pétrole ou encore le marché des devises.

Notre Bureau d’enquête s’est entretenu avec quatre Québécois étant tombés dans le panneau. Deux d’entre eux ont englouti chacun plus de 100 000 $.

• À lire aussi : « Je voyais fructifier mon argent »: un retraité de 66 ans perd 150 000 $ après avoir été floué par une fausse pub de François Legault

Dans tous les cas, il s’agissait d’un simple écran de fumée pour soutirer de l’argent à des petits épargnants. Une de ces publicités menait d’ailleurs à un faux article du Journal de Montréal dans lequel Luc Poirier vante une présumée plateforme d’investissement qui aurait permis à plus de 10 000 Canadiens de gagner 1500 $ par semaine.


Une fausse page du «Journal de Montréal» avec un faux article sur Luc Poirier visant à faire la promotion d’un investissement frauduleux.


capture d’écran tirée du site https://brightrooms.world/

L’IA en cause

La montée de ce type de fraude est due aux progrès fulgurants de l’intelligence artificielle. L’expert Simon Cousineau rappelle qu’il y a quelques années à peine, l’hypertrucage aurait été très difficile à concevoir. En 2019, il fallait débourser sur le dark web 20 000 $ de la seconde pour produire une vidéo frauduleuse convaincante.

« C’était pas achetable, ça prenait énormément de puissance informatique », dit-il.


Une vidéo de Mark Carney de type deepfake où le premier ministre fait prétendument la promotion d’un investissement très payant.


capture d’écran tirée de Facebook

Mais depuis deux ans, il coûte environ 40 $ pour produire une vidéo réaliste de deepfakes, selon l’expert. « C’est pour ça que c’est un problème. C’est très peu dispendieux pour le retour que ça peut donner », dit-il.

Ces moyens technologiques permettent ainsi à des fraudeurs souvent établis dans des pays pauvres, en Afrique ou en Asie, par exemple, de s’en prendre aux personnes vulnérables des pays mieux nantis.

« C’est lié aux disparités économiques entre le Nord et le Sud », précise le chercheur en multimédia à l’Université Toulouse Nikos Smyrnaios.

Malheureusement, selon lui, ce sont les populations les plus vulnérables dans les pays riches, soit les personnes âgées, les personnes marginalisées et les personnes peu scolarisées, qui font démesurément les frais de ce type d’arnaque. « Comme d’habitude, c’est les plus faibles qui subissent », constate-t-il.

Menace croissante

Signe de l’ampleur de la menace, le Bureau de la concurrence du Canada a émis un avertissement en mars pour prévenir que ce type d’arnaque était de plus en plus difficile à détecter, tant les vidéos ont l’air réelles.

L’Autorité des marchés financiers (AMF) consacre aussi une page détaillée sur son site internet pour mettre en garde contre cette fraude, qui serait apparue à partir de 2023.

« L’hypertrucage est une réalité au Québec et le phénomène ne s’essouffle pas », indique à notre Bureau d’enquête Sylvain Théberge, porte-parole de l’AMF. Il recommande à toute personne considérant être tombée dans ce stratagème de contacter l’AMF.

Meta, le propriétaire de Facebook, n’a pas donné suite à un message de notre Bureau d’enquête.


L’homme d’affaires Kevin O’Leary dans une vidéo de type de «deepfake» où il fait la promotion d’un investissement bidon.


capture d’écran tirée de Facebook

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