La « douce France » n’est plus qu’un souvenir

Par Philippe Oswald.
Synthèse n°2691,
Publiée le 11/05/2026
– Photo : L’insécurité continue de monter en France. Crédits : Shutterstock
La France est dans le trio de tête des pays les plus dangereux d’Europe occidentale, selon Eurostat : les homicides volontaires y sont deux fois plus nombreux qu’en Italie ; les tentatives d’homicide ont bondi en France de +82% entre 2017 et 2024 ; en 2025, les violences physiques ont repris leur progression (+5 %), les violences sexuelles ont explosé (+8 % après +7 % en 2024).
La France est devenue l’un des pays les moins sûrs de l’Union européenne (UE). Les dernières statistiques d’Eurostat (pour l’année 2024) situent la France dans le peloton de tête des pays les plus dangereux d’Europe occidentale : un taux d’homicides volontaires de 1,28 pour 100 000 habitants en 2024, c’est le troisième le plus élevé d’Europe occidentale, derrière celui de la Finlande (1,78 -un pays surarmé) et de la Belgique (1,40 -où a lieu un changement majeur de population).
La comparaison avec les pays voisins n’a rien de consolant : le taux d’homicides volontaires en Espagne est de 0,72, au Portugal à 0,68, en Italie à 0,57, en Suisse à 0,50. Ces voisins enregistrent en moyenne deux fois moins de meurtres qu’en France… Alors que depuis une dizaine d’années, le taux d’homicide a diminué de -11 % dans les pays de l’UE, sans la France, le taux de celle-ci a crû de +21% pendant la même période. Il y a 10 ans, la France était encore dans la moyenne européenne.
La tendance repart à la hausse dans toute l’UE : +1,4 % d’homicides volontaires en 2024 par rapport à 2023. Les victimes sont deux fois plus souvent des femmes. Elles sont aussi victimes des agressions sexuelles, neuf fois sur dix. De 2014 à 2024, le nombre d’ infractions à caractère sexuel enregistrées dans l’UE, a connu une augmentation de + 94,2 %. Les viols déclarés, en particulier, ont augmenté de +150,4 % au cours de ces dix ans. En 2024, 256 302 infractions à caractère sexuel (dont 98 190 viols) ont été enregistrées dans l’UE, soit une augmentation de +5,0 % (dont +6,8 % pour les viols) par rapport à 2023.
Plus encore que par les homicides « aboutis », la France se distingue par une progression sans équivalent des tentatives d’homicide enregistrées : elles ont bondi de +82% entre 2017 et 2024. Aucun autre pays d’Europe occidentale ne connaît une augmentation aussi forte des tentatives d’homicide. L’Espagne n’est, ou du moins n’était en 2024, « qu’ à » +57% (avant la régularisation de 500 000 migrants en 2026), la Grèce à +45%, la Suède à +44%. Mais l’Allemagne affichait, elle, une baisse de -1% des tentatives d’homicide.
Une « tentative d’homicide », c’est une agression grave, avec l’intention de tuer, qui se solde souvent par des blessures dont certaines auraient pu entraîner la mort sans l’intervention rapide des secours et les progrès des soins d’urgence. Les plus fréquentes, au point de devenir banales, sont aujourd’hui les agressions à l’arme blanche, surtout au couteau, commises pour les motifs les plus futiles (un « mauvais regard », le refus d’une cigarette) par des personnes de plus en plus jeunes, y compris dans l’enceinte d’une école. Les autres violences physiques en France ont augmenté de +47 % entre 2017 et 2024.
La situation a empiré en 2025 selon « une première photographie » de la délinquance en France publiée en janvier 2026 par le ministère de l’Intérieur. Les violences physiques repartent à la hausse (+5 %), les violences sexuelles explosent (+8 % alors qu’elles avaient déjà augmenté de +7 % en 2024), les viols et tentatives de viol enregistrés s’accroissent encore (+9 %). Au total, le ministère de l’Intérieur a enregistré en 2025, 3 900 infractions pour outrage sexiste et sexuel soit 17% de hausse par rapport à 2024. Étant entendu, précise le ministère, que «les outrages sexistes enregistrés par la police et la gendarmerie nationales ne représentent qu’une partie des violences contre les femmes dans l’espace public et ces infractions donnent très rarement lieu à un signalement auprès des services de police et gendarmerie nationales. » Si le nombre de victimes d’homicide (982) n’augmente « que » de +1 %, les tentatives d’homicide poursuivent leur progression catastrophique (+5 %). C’est notamment dû à l’extension du trafic de stupéfiants sur tout le territoire : +8 %. L’augmentation la plus alarmante est celle des agressions contre les forces de l’ordre. Selon le renseignement territorial, les violences visant policiers et gendarmes ont augmenté de 19 % au premier trimestre 2026 par rapport à la même période l’an dernier (Europe 1, 07/05/2026).
Comme le signale Marc Vanguard, qui synthétise et pondère les statistiques d’Eurostat, d’autres données dénotent la montée de l’insécurité en France. Selon Numbeo, le climat d’insécurité ressenti par les Français est le plus fort que celui des autres Européens, y compris les Belges. Une des raisons est sans doute que la France est le pays d’Europe où les attentats islamiques ont fait le plus de victimes. Selon la Fondapol, 89 attentats islamistes commis sur son sol entre 1979 et 2025 ont fait 337 morts et davantage de blessés. En outre, la France serait avec la Belgique l’un des pays d’Europe occidentale où l’on enregistrerait le plus grand nombre de victimes de violences « ordinaires », d’après la Fundamental Rights Survey. Ce site, sur lequel se base le gouvernement des États-Unis pour ses conseils aux voyageurs, fait de Paris la deuxième capitale européenne la plus dangereuse, derrière Londres, et devant Bruxelles. Quant au gouvernement australien, il attribue à la France un niveau de sécurité à peu près équivalent à celui du Kosovo…




