École Bedford | Les brevets de 11 enseignants qui avaient été suspendus sont révoqués

Les brevets des enseignants d’un « clan dominant » qui auraient fait régner un climat toxique à l’école primaire Bedford ont été révoqués par le ministère de l’Éducation. Eux qui étaient suspendus avec salaire depuis des mois ont par conséquent été congédiés par le CSSDM.
Publié à
8 h 46
Mis à jour à
13 h 15
« Nous confirmons que les brevets de 11 enseignants ont été révoqués, compte tenu des éléments révélés par les rapports du comité d’enquête », a-t-on déclaré mardi au cabinet de la ministre de l’Éducation, Sonia LeBel.
Puisque les décisions font « l’objet de contestations », on n’a pas voulu commenter davantage l’information, qui a d’abord été rapportée par le réseau Cogeco Nouvelles. Le refus de commenter l’affaire concerne aussi la date de révocation des brevets, a-t-on indiqué.
PHOTO EDOUARD PLANTE-FRÉCHETTE, ARCHIVES LA PRESSE
La ministre de l’Éducation du Québec, Sonia LeBel
Les 11 enseignants d’origine maghrébine étaient suspendus avec traitement depuis le mois d’octobre 2024. En vertu de la décision du ministère de l’Éducation, ils ne sont dorénavant plus à l’emploi du centre de services scolaire de Montréal (CSSDM).
« Lorsqu’on a obtenu les conclusions du comité d’enquête […], donc la révocation des brevets, on a congédié les enseignants », a expliqué Kathlyn Morel, directrice générale adjointe et directrice des services éducatifs de l’organisation.
L’Alliance des professeures et des professeurs de Montréal (APPM) n’a pas réagi à la nouvelle mardi.
En revanche, le syndicat a déjà noté qu’il « accompagnera[it] les membres qui le désirent dans une révision des décisions » devant le Tribunal administratif du Québec (TAQ), dénonçant du même coup le processus d’enquête « réalisé dans l’opacité ».
L’emprise d’un « clan dominant »
Après que l’affaire Bedford a éclaté, le gouvernement a ordonné la tenue d’une enquête. Le rapport en ayant découlé concluait que les 11 enseignants formaient un « clan dominant » qui avait une « emprise » au sein de l’établissement primaire de Côte-des-Neiges.
Le document daté de juin 2024 détectait la présence d’une « forte influence du milieu communautaire sur plusieurs membres du personnel de l’école Bedford », en faisant référence à une mosquée et au centre Darlington, « un centre communautaire œuvrant pour la communauté arabe du quartier ».
Cette influence se traduisait par un « non-respect du Programme de formation de l’école québécoise » ; des témoins ont affirmé aux enquêteurs « que certaines matières n’étaient pas enseignées, très peu enseignées ou enseignées rapidement en fin d’étape », avait-on déterminé.
Selon les informations transmises aux enquêteurs, il y avait des lacunes dans l’enseignement des sciences et de la technologie, de l’éthique et de la culture religieuse et de l’éducation à la sexualité. Quant aux difficultés d’apprentissage, elles étaient perçues comme de la paresse ou des caprices, toujours d’après le document.
« Un avant et un après-Bedford »
Le CSSDM espère maintenant tourner la page sur ce pénible épisode, et pas seulement à l’école Bedford, où environ la moitié du personnel enseignant a été renouvelé. « Je dirais qu’il y a un avant et un après-Bedford. Pour l’ensemble du Québec, mais aussi pour le CSSDM », a fait valoir Kathlyn Morel.
Car le centre de services a appliqué à l’ensemble de ses établissements un suivi pédagogique, dans l’esprit de ce que prévoit la loi renforçant la laïcité, a-t-elle signalé : « chaque direction rencontre minimalement deux fois chaque enseignant pour s’assurer de la conformité du programme d’études ».
À l’école Bedford, la supervision a « permis de corriger ou d’anticiper des écarts ; ainsi, 38 non-conformités relatives à l’application des programmes prescrits ont été identifiées à partir de l’analyse des planifications, des rencontres professionnelles et des observations en classe ».
C’est ce qui est expliqué dans un rapport d’accompagnement daté du 19 décembre 2025 que le cabinet de la ministre LeBel a joint à sa déclaration de mardi matin. En le lisant, on comprend que le suivi serré a joué sur le moral des troupes.
« La perception des enseignants d’être “surveillés” […] est très présente », et de surcroît, « la lourdeur de la tâche est également ressentie par les gestionnaires, qui doivent prendre en charge un nombre particulièrement élevé de nouveaux enseignants », relève-t-on dans le document.
À cela s’ajoutera prochainement l’obligation, pour les directions d’école, d’évaluer les enseignants au moins tous les deux ans. Prescrite par la Loi visant notamment à renforcer la laïcité dans le réseau de l’éducation et modifiant diverses dispositions législatives, cette disposition ne fait pas l’unanimité dans le milieu.
Soulagement à Québec
L’aboutissement de la saga a été accueilli favorablement à l’Assemblée nationale. « On ne veut pas qu’ils reviennent devant les enfants, qui ont enfin retrouvé un milieu scolaire normal et sain », a indiqué en point de presse la libérale Michelle Setlakwe, dont la circonscription abrite l’école Bedford.
« Révoquer les brevets d’enseignement, c’était la chose à faire », a plus tard renchéri son collègue péquiste Pascal Bérubé. Il a fait valoir que détenir un brevet d’enseignement était un « privilège », et qu’il fallait se montrer « à la hauteur » de celui-ci.
Dans le camp solidaire, Sol Zanetti a fait écho à leurs propos, parlant d’une « excellente chose ». Mais « la CAQ n’avait pas besoin d’une loi pour faire ça », a-t-il insisté. La Loi, a-t-il rappelé, élargit l’interdiction du port de signes religieux, ce qui n’était pas en cause à Bedford.




