Conflit dans le golfe Persique | Le marché pétrolier à la veille d’un point de bascule ?

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Voici ce que pensent aujourd’hui nombre d’observateurs du secteur énergétique : les prix actuels du pétrole brut ne reflètent pas l’ampleur réelle de la crise provoquée par la paralysie du détroit d’Ormuz, là où en temps normal transite 20 % du pétrole mondial.
À environ 100 $ US le baril, les prix sont certes élevés, soit 50 % de plus qu’avant le déclenchement fin février de la guerre contre l’Iran. Cela pousse le prix de l’essence au Québec autour de 2 $ le litre. Ce n’est pas banal.
Mais, malgré cela, la crise actuelle demeure, de loin, la plus grave jamais observée dans l’histoire moderne du marché pétrolier. Elle correspond au scénario catastrophe longtemps envisagé par les experts, sans qu’ils croient réellement à sa matérialisation.
Quelque 10 à 12 millions de barils de pétrole par jour ne transitent plus par la région depuis maintenant plus de deux mois.
Comment expliquer, dans ce contexte, que les prix n’aient pas explosé jusqu’à 150-200 $ le baril, comme plusieurs l’anticipaient ?
Le marché pétrolier fonctionne avant tout sur les anticipations. Les prix sont largement déterminés par ce que les opérateurs envisagent pour les prochains mois.
Or, depuis le début du conflit, les marchés ont continuellement parié sur un règlement rapide du conflit, s’accrochant au moindre signal laissant entrevoir une désescalade. On l’a vu chaque fois que le président Trump a évoqué une solution imminente : les marchés ont immédiatement réagi par une baisse des cours.
Il faut rappeler que le marché pétrolier mondial était considéré comme en situation de surplus avant le déclenchement du conflit.
Plusieurs pétroliers étaient déjà en mer avec de vastes cargaisons destinées aux marchés internationaux.
Sous la coordination de l’Agence internationale de l’énergie, environ 400 millions de barils ont également été injectés sur le marché, représentant plus d’un mois du déficit en approvisionnement causé par l’interruption des exportations du golfe Persique.
Comme l’Asie absorbait la majeure partie du pétrole provenant de cette région, les pays de ce continent ont dû rapidement instaurer d’importantes mesures de rationnement : télétravail accru, diminution des jours d’école, rationnement de l’essence et du diesel, restrictions de la circulation automobile, réduction de la climatisation dans les édifices commerciaux, etc.
Ces mesures auraient permis de réduire la demande mondiale d’environ 4 millions de barils par jour1.
Plusieurs pays disposaient également de réserves stratégiques importantes, leur permettant d’atténuer temporairement le choc.
Destruction de la demande
Mais de plus en plus d’opérateurs commencent maintenant à craindre un point de bascule. Le conflit s’enlise, les réserves diminuent, et le marché pourrait bientôt entrer dans une phase de destruction de la demande : les prix devraient alors grimper brutalement afin de rééquilibrer une offre sévèrement amputée depuis le début des hostilités.
Le marché pétrolier n’est pas parfaitement transparent, mais des spécialistes évoquent désormais un horizon de quelques semaines avant une possible nouvelle flambée des prix.
Bref, le temps commence à manquer pour sortir de l’impasse. Sans ouverture prochaine de la circulation des navires dans le détroit d’Ormuz, la hausse des prix du pétrole pourrait provoquer des dommages encore plus importants à l’économie mondiale et alimenter davantage l’inflation.
Même dans l’éventualité d’un règlement à très court terme, les prix de l’énergie devraient demeurer durablement plus élevés que ce qu’ils auraient été sans cette guerre. Il faudra du temps avant que les quelque 1500 navires immobilisés puissent reprendre une circulation normale. À cela s’ajoutent les installations énergétiques endommagées par les frappes iraniennes, dont certaines nécessiteront des mois, voire des années, de réparations.
Les coûts d’assurance augmenteront aussi de façon importante, notamment en raison du risque géopolitique accru désormais associé à la région.
Et l’Iran cherchera-t-il à imposer un droit de passage dans le détroit, comme certains responsables iraniens le laissent entendre ?
Quoi qu’il advienne, le baril de pétrole coûtera vraisemblablement plus cher qu’avant la crise, entraînant avec lui une hausse du coût de l’essence, du diesel et, ultimement, de tout ce qui dépend du transport.
Sur le plan énergétique, l’année 2026 s’impose déjà comme une véritable annus horribilis, dont les conséquences se feront sentir pendant bien longtemps.
1. Lisez « The Billion-Barrel Hormuz Oil Shock Is About to Crash Demand » (en anglais)
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