Elles gardent espoir de retrouver leur mère

Il y a près d’un an, le 29 juin 2025, Nathalie Lavallée, âgée de 59 ans, disparaissait à Victoriaville. Malgré le déploiement policier et les nombreuses recherches, on ne l’a jamais localisée. Seuls ses vêtements ont été retrouvés en bordure de la rivière Nicolet près de l’usine d’épuration. Mais Geneviève Lavallée et Marie-Danielle Jacques ne perdent pas espoir de retrouver des traces de leur mère afin pouvoir lui rendre un dernier hommage dans la dignité.
En entrevue avec le www.lanouvelle.net, les deux sœurs osent croire que l’arrivée du printemps et la fonte des neiges puissent remuer la rivière et possiblement permettre de révéler certains éléments ou des traces de leur maman. Elles s’attendent à ce que ce soit des ossements qu’on puisse éventuellement trouver.
C’est pourquoi Geneviève et Marie-Danielle en appellent à la population, sachant que l’appui des gens peut faire une réelle différence.
Retour en arrière
Depuis plusieurs années, racontent-elles, leur mère ne vivait plus au Québec. Si elle a jadis habité dans l’Ouest canadien, elle avait élu domicile, depuis environ deux ans, au Belize, un pays de la côte est de l’Amérique centrale et qui s’ouvre sur la mer des Caraïbes.
“En janvier 2025, elle a subi un accident vasculaire cérébral (AVC), relate Geneviève. Elle est demeurée deux jours au sol, retrouvée par des amis qui s’inquiétaient du fait qu’elle ne répondait pas à son groupe Messenger.”
Les deux sœurs ont dû se rendre au Belize où elles ont séjourné pendant trois semaines. “Les gens nous ont beaucoup aidées grâce à une campagne de sociofinancement Go fund me. Ce n’est pas quelque chose qu’on avait prévu. On a effectué les démarches et nous avons ramené notre mère au Québec au mois de mars”, souligne Marie-Danielle.
L’AVC ayant fait des ravages, Nathalie Lavallée a passé deux mois à l’Unité de réadaptation fonctionnelle intensive (URFI). “Elle a fait quand même beaucoup de progrès, mais pas assez à son goût. Elle n’était quand même pas autonome”, indique Geneviève.
La mémoire à court terme était affectée. “Par exemple, elle ne se souvenait pas de ce qu’elle avait fait la veille ou encore de nous avoir vues”, précise-t-elle.
“Mais à long terme, elle se souvenait de tout”, ajoute Marie-Danielle.
Leur maman a dû se rendre à l’évidence qu’il lui serait impossible de recommencer à travailler et à enseigner le français. “Elle éprouvait de la difficulté à écrire. Elle ne faisait plus d’espaces entre les mots dans les phrases qu’elle écrivait. Ça lui a donné un gros coup à l’URFI quand on lui a appris qu’elle avait atteint un plateau”, affirme Geneviève.
“C’est comme se faire dire que son état n’allait plus s’améliorer”, poursuit Marie-Danielle.
C’est ainsi que Nathalie Lavallée s’est retrouvée au Pavillon Bujold-Lefebvre du centre-ville de Victoriaville, une résidence pour personnes en perte d’autonomie.
“Nous aurons toujours l’impression qu’elle aurait peut-être pu progresser encore, observe Marie-Danielle. Ça ne faisait même pas six mois. Et au début, elle ne marchait même plus.”
Les deux sœurs ont fréquemment visité leur mère à la résidence et chaque fin de semaine, à tour de rôle, elles l’accueillaient à leur domicile.
Mais leur maman a profité de la première fin de semaine de répit que s’accordaient les deux sœurs pour disparaître.
En soirée le 28 juin 2025, Nathalie Lavallée a quitté la résidence de la rue Olivier pour se diriger vers le marché public. Elle a été vue s’acheter une bière au dépanneur d’en face. Puis, comme le révèlent les images d’une caméra, elle aurait traversé le pont de la rue de l’Académie.
La suite demeure mystérieuse. Puisque ses vêtements ont été retrouvés non loin de l’usine d’épuration, les deux sœurs se demandent si Nathalie a pu marcher jusque là ou si elle a dérivé sur l’eau. “En hypothermie, les gens, semble-t-il, ont souvent le réflexe d’enlever leurs vêtements”, note Geneviève.
À la suite de la disparition, on a assisté à un grand déploiement policier : chien pisteur, plongeurs, hélicoptère. De nombreux citoyens, une trentaine, ont apporté leur aide et soutien. Des kayakistes ont aussi parcouru la rivière. “J’ai aussi marché pendant une semaine. J’ai descendu la rivière jusqu’à Saint-Albert”, rappelle Geneviève. Aucune trace de Nathalie.
Pourtant dans les cas de noyade, font savoir les deux sœurs, les noyés, selon les statistiques, sont découverts sur une distance n’excédant pas cinq ou six kilomètres.
Tout ce qui a été trouvé par Geneviève et Marie-Danielle, ce sont ses vêtements. Deux objets manquent cependant : ses souliers et sa bouteille d’eau (de café) isotherme.
Une simulation?
L’idée, bien sûr, leur est venue à l’esprit. L’idée que leur mère puisse avoir simulé un décès en laissant ses vêtements en bordure de l’eau pour s’en aller.
Très peu probable, toutefois, selon ses enfants en raison de sa condition. Leur mère était dépendante. “Elle n’avait pas la capacité d’élaborer un tel plan”, affirme Geneviève.
De plus, Nathalie n’avait pas pris avec elle sa sacoche, son porte-monnaie, ses cartes, ni son passeport. Elle qui gardait toujours son cellulaire avec elle ne l’avait pas apporté non plus.
Autre chose qui tend à accréditer le geste volontaire : des paroles exprimées. “Elle nous en avait parlé de ce qu’elle vivait, de ses difficultés. On voyait qu’elle pensait mettre fin à ses jours”, mentionne Geneviève.
“Elle se voyait comme un fardeau pour nous”, renchérit Marie-Danielle.
Les deux sœurs lui ont mentionné qu’elles allaient vérifier les dispositions de l’aide médicale à mourir, question de savoir si elle pouvait en bénéficier.
Mais le temps a manqué. Nathalie aurait appris d’une infirmière qu’elle n’y aurait pas droit. “Cela a fait en sorte que ma mère a pris ça pour du cash et que c’était fini, qu’elle devait s’arranger par elle-même”, estime Geneviève.
Marie-Danielle trouve désolant qu’on laisse des gens dans une détresse immense. “Ma mère aurait pu partir entourée de ses deux filles qui lui tiennent la main en lui disant que ça va bien aller plutôt que se lancer à l’eau.”
Une relance
Les deux sœurs envisagent organiser une battue le 29 juin, un an jour pour jour après la disparition. Elles préciseront les détails sur les réseaux sociaux, mais les recherches doivent débuter à l’endroit où les vêtements ont été découverts.
“Une plaque commémorative portant le nom de notre mère y a été installée pour localiser facilement l’endroit”, soulignent-elles.
Il ne sert à rien, assurent-elles, de chercher entre le pont de l’Académie et l’usine d’épuration.
Mais d’ici là, elles invitent les riverains, les agriculteurs propriétaires de terres et les marcheurs qui circulent dans le secteur à garder un œil et à signaler la présence d’indices ou d’ossements qui pourraient surgir avec la crue des eaux. “Toute vigilance pourrait grandement nous aider”, soutiennent les deux sœurs.
“Jetez un œil. Je suis consciente, dit Marie-Danielle, qu’il se peut, malgré tout le bon vouloir des gens, qu’on ne soit simplement pas allé à la bonne place.”
“Je pense, exprime Geneviève, qu’une découverte arrivera par hasard, par un cultivateur, un chasseur ou autre.”
C’est ce que tout le monde leur souhaite. Pas facile de vivre son deuil sans une confirmation, sans la présence du corps. “C’est difficile à vivre. Je me sens coupable de ne rien faire en ce moment, avoue Geneviève. Comme si on l’abandonnait. C’est dur de lâcher prise tant que le corps de notre mère ne reposera pas en paix quelque part.”
Ce quelque part est déjà bien identifié. “Si on la retrouve, son corps ou des ossements, on veut la ramener au Belize. C’est l’endroit où elle voulait être, mais la vie a fait en sorte de l’enlever de son paradis”, confie Marie-Danielle qui termine en exprimant leur gratitude. “Merci à toute la population. On dit souvent que les gens sont individualistes, mais on voit dans les moments que l’on vit que les gens se soucient des autres et sont prêts à aider. Je trouve beau toute cette reconnaissance, cette solidarité et cette mobilisation”, conclut-elle.



