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«Faque» et Jeanne Mance entrent au dictionnaire Le Robert

Faque ça y est, on peut le dire. L’expression québécoise « faque » (on dit aussi « fak », « fèque » ou « fek »), contraction de « ça fait que », qui signifie en langue orale « de ce fait », « alors » ou « donc », est officiellement entrée au dictionnaire Le Petit Robert.

Elle pourra donc y livrer une concurrence officielle à l’expression « du coup », couramment utilisée par les Français. On trouve aussi dans Le Robert 2026 le mot « tintamarre », également d’héritage canadien, cette « manifestation festive au cours de laquelle les participants défilent en faisant un charivari pour affirmer et célébrer l’identité acadienne ». Côté noms propres, Jeanne Mance arrive au Petit Robert plus de 350 ans après sa mort, mais aussi les auteurs québécois bien vivants Michel Rabagliati et Wajdi Mouawad.

D’ailleurs, la maison d’édition vient également de lancer une édition canadienne de son Robert junior, qui comporte des pages consacrées aux Premières Nations et qui parle aussi de cégep, de maringouin, de tuque et de rôties.

Du côté du Petit Larousse illustré, dont l’édition 2027 sortira en juin, on a retenu les québécismes « claque » (comme dans « meneuse ou meneur de claque », personne qui encourage les joueurs d’une équipe lors d’un match), « bouquetière » (mot désignant la petite fille qui porte un bouquet lors d’un mariage) et « réduflation » (ce stratagème commercial qui consiste à réduire les quantités d’un produit plutôt que son prix).

En entrevue, la directrice de l’édition chez Robert, Géraldine Moinard, explique que les choix des nouveaux mots dans le dictionnaire se font en partie avec des appareils de détection automatique et d’après les conseils de linguistes spécialisés.

« On regarde si le mot est fréquent, dans quel type de textes médiatiques il apparaît, sur quels réseaux sociaux et à quelle fréquence, dit-elle. Ça va nous aider ensuite à déterminer son poids dans la langue française. Est-ce qu’il est bien implanté ? Est-ce qu’il est assez fréquent ? Est-ce qu’on le trouve dans des canaux employés par des personnes suffisamment différentes pour qu’il sorte d’un petit milieu et qu’il appartienne à la langue générale ? Est-ce qu’il est durable aussi dans la langue française ? »

Rattrapage de figures féminines

Au chapitre des noms propres, l’ajout de Jeanne Mance relève davantage d’une volonté de redonner aux femmes une place dans l’histoire. « Dans le cas de Jeanne Mance, on pourrait dire que c’est un rattrapage, puisqu’elle est décédée depuis 350 ans », poursuit Géraldine Moinard. « Je pense qu’il y a eu beaucoup de femmes qui ont été oubliées dans l’histoire — et dans les dictionnaires aussi. Il faut aussi reconnaître qu’on peut [se] rattraper et faire de la place à des gens qui ont été oubliés. »

En matière de noms communs, Le Robert a aussi fait une place aux expressions « aide à mourir » et « suicide forcé », à « manosphère », pour parler du réseau des masculinistes, et à « tourisme médical ». Le Petit Larousse illustré, lui, a retenu l’expression « créateur, trice de contenu », « infopreneur, euse », qui désigne un « professionnel (autoentrepreneur, particulièrement) qui monétise ses connaissances, son expertise ou son expérience personnelle dans un domaine donné ». On y trouve aussi désormais les mots « trumpisme » et « polarisation ».

En avril dernier, on a appris que la dernière édition du Multidictionnaire de la langue française, produit québécois signé Marie-Éva de Villers, s’était quant à elle enrichie, par exemple, des mots « déconsommation », « écofiscalité », « ploutocratie », « sylvothérapie », « bracelet antirapprochement », « obsolescence écologique », « terres rares » et « sobriété numérique », autant de termes témoins de l’air du temps.

Des questions à l’IA ?

Aux éditions Le Robert, on propose pour la première fois cette année un outil faisant usage de l’intelligence artificielle, sur le site Dico en ligne, auquel on pourra poser des questions sur la langue. Ses réponses se baseront essentiellement sur la banque de données du dictionnaire Le Robert, et devraient ainsi éviter les « hallucinations » dont souffrent certains autres outils d’IA.

À cet égard, Géraldine Moinard mentionne une étude menée par des chercheurs suisses à l’aide de l’outil Halluhard, qui aurait détecté ce type de contenu erroné dans entre 30 % et 75 % des réponses des IA génératives les plus répandues.

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