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«Pression politique» sur Santé Québec: le gouvernement veut foncer malgré une recommandation de «mettre fin» au projet SIFA pour informatiser la gestion du réseau de la santé

Sonia Bélanger veut foncer avec la coûteuse transformation informatique de la gestion du ministère de la Santé, même si le gouvernement a en main depuis des mois un avis qui recommande son annulation « dans les meilleurs délais ».

Santé Québec subit « beaucoup » de pression politique afin de poursuivre le projet malgré la dérive financière, a appris notre Bureau parlementaire.

Dès février 2025, Québec avait été informé qu’il devait évaluer la possibilité de « mettre fin dans les meilleurs délais » au coûteux et controversé Système d’information des finances et de l’approvisionnement (SIFA) afin de « recommencer sur des bases plus solides ».

Cette recommandation centrale d’un avis du ministère de la Cybersécurité et du Numérique n’a jamais été rendue publique.

« Les lacunes importantes relevées lors de l’audit et les exigences des appels d’offres publics ont considérablement accru les risques, rendant difficile la possibilité d’un redressement significatif du projet », indique noir sur blanc cet avis transmis aux ministres il y a plus d’un an.

• Regardez aussi ce podcast vidéo tiré de l’émission de Benoit Dutrizac, diffusée sur les plateformes QUB et simultanément sur le 99.5 FM Montréal :

Beaucoup de pression

Malgré cela, les ministres de la Santé (Christian Dubé, puis Sonia Bélanger) n’ont jamais envisagé sérieusement d’arrêter le projet, même après en avoir transféré la gestion à Santé Québec, selon nos sources.

Le gouvernement exercerait une « forte pression » sur la société d’État pour qu’elle poursuive le projet.

Même la publication d’un rapport accablant de l’Autorité des marchés publics (AMP) ne semble pas freiner la ministre.

Encore mercredi à l’Assemblée nationale, Sonia Bélanger a affirmé « qu’il faut faire le virage vers SIFA », soutenant que les systèmes d’information en finances et en approvisionnement du réseau de la santé étaient « désuets ».

« Les mots-clés du rapport, là, c’est “renforcer, poursuivre, informer”. Ce n’est pas d’arrêter SIFA », a-t-elle dit, ajoutant qu’elle tiendrait compte des recommandations de l’AMP.

Si Québec décidait de se retirer du contrat, il devrait verser au minimum une pénalité de 175 millions $ à LGS-IBM, la même firme informatique liée au fiasco SAAQclic.

En parallèle, les coûts de développement continuent d’exploser (voir encadré au bas).

Des problèmes connus depuis longtemps

Dans un rapport publié la semaine dernière, l’AMP expose publiquement des lacunes de gestion budgétaire et contractuelle qui avaient été communiquées depuis longtemps au gouvernement.

Elle met en lumière la mauvaise utilisation des fonds publics, l’absence de vérifications adéquates avant la signature du contrat et le désengagement des responsabilités.

Notre Bureau parlementaire avait révélé dès juin dernier qu’un audit présentait l’initiative informatique comme un gouffre financier.

En novembre, Radio-Canada en a dévoilé les grandes lignes, concluant que le ministère de la Santé avait « contrevenu à ses obligations » en multipliant les erreurs ayant mené à la dérive budgétaire.

Notre Bureau parlementaire a depuis obtenu ce rapport confidentiel, produit par l’équipe des enquêtes et de l’amélioration continue du ministère du Numérique, qui recommande de recommencer le projet sur des bases plus solides.

En octobre dernier, Santé Québec a suspendu le projet, mais l’organisation doit tout de même verser des redevances mensuelles de 723 000 $ à LGS-IBM.

Explosion des coûts du projet de Système d’information des finances et de l’approvisionnement (SIFA)

  • 2022 : coûts de développement estimés à 96,2 millions $.
  • 2026 : ces coûts « ont explosé » pour atteindre près de 300 millions $.
  • Santé Québec réclame 280 millions $ supplémentaires pour réaliser environ la moitié du projet initial, une demande à laquelle le ministère de la Cybersécurité et du Numérique s’oppose.
  • Coûts d’exploitation : évalués à 1,2 milliard $ sur 10 ans.

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