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Clémence visite Chez Bozo | « J’avais toujours hâte de revenir »

Soixante-sept ans jour pour jour après l’ouverture de Chez Bozo, Clémence Desrochers a remis les pieds, jeudi après-midi, là où se trouvait la boîte à chansons qu’elle avait cofondée à la fin des années 1950. Ravie de revoir ce lieu renaître, elle nous a fait part de quelques souvenirs d’une époque restée chère à son cœur.


Publié à
15 h 36

« Tu n’étais pas supposé faire [juste] deux minutes avec moi ? », me lance Clémence DesRochers, au beau milieu d’une entrevue avec La Presse. Il n’y a aucune impatience dans son ton. Elle a au contraire posé la question de cette manière rieuse, faussement naïve, qui a été l’une des principales caractéristiques de son humour empreint tant d’ironie que d’empathie.

Il y avait bien une douzaine de minutes que l’entretien avait commencé, en effet. La scène avait quelque chose de surréel. Clémence, 92 ans, remettait les pieds Chez Bozo pour la première fois, exactement 67 ans après son ouverture, le 14 mai 1959. La boîte à chansons portait le nom du groupe qu’elle formait alors depuis peu avec Jean-Pierre Ferland, Claude Léveillée, Raymond Lévesque et Hervé Brousseau.

Clémence DesRochers était « la seule fille » de la gang, rappelle-t-elle. La seule survivante aussi. D’où l’importance historique de son retour là où tout – ou du moins beaucoup – a commencé pour la chanson québécoise. D’où, aussi, la présence d’une quinzaine de personnes, dont l’équipe de tournage d’un documentaire, dans la salle, devant la petite scène sur laquelle a lieu l’entrevue.

Le lieu où se trouvait jadis la boîte à chansons Chez Bozo a été redécouvert récemment par Alexandre Leclerc. Son ami Maxime Le Flaguais et lui se sont lancés dans le projet fou de remettre les lieux en ordre et d’y présenter de nouveau des spectacles de chanson. « Ils m’avaient parlé de ce projet, mais je n’ai jamais pensé qu’ils iraient si loin dans la réalisation », a avoué Clémence, qui s’est dite « ébaubie » de redécouvrir les lieux.

Chez Bozo se trouve au deuxième étage d’un immeuble défraîchi (le mot est poli) de la rue Crescent, au centre-ville de Montréal. Il faut, pour y accéder, gravir un escalier de bois à l’allure ancienne. Une relique qui a fait son effet sur la chanteuse et humoriste, jeudi. « Le grand escalier, je le montais en courant, s’est-elle rappelée. J’avais toujours hâte de venir. »

PHOTO MARCO CAMPANOZZI, LA PRESSE

Clémence DesRochers sur la toute petite scène de Chez Bozo, cette semaine. L’endroit est aussi intime et chaleureux qu’à sa fondation, il y a 67 ans, a-t-elle souligné.

Des cinq Bozos, Raymond Lévesque et elle étaient les plus connus quand, en 1959, le collectif a décidé d’ouvrir un lieu destiné à la chanson d’ici. Qui a lancé l’idée ? Clémence n’est plus certaine. Son amoureuse, Louise Colette, précise que l’impulsion est venue de Jean-Pierre Ferland. « On s’est dit qu’on serait nos propres patrons », complète Clémence.

« On se donnait de la force »

Des lieux pour la chanson d’ici, il n’y en avait pas vraiment à l’époque. Le faisan doré, situé près de l’intersection de Sainte-Catherine et de Saint-Laurent, était un « club ». Aznavour, Monique Leyrac et Trenet ont foulé sa scène. Chez Gérard, à Québec, recevait aussi surtout des artistes français. « On savait qu’on créait une façon d’écrire beaucoup plus près de nous que la chanson française », se rappelle Clémence, parlant d’elle et de ses collègues. Il leur fallait donc un lieu pour partager leurs créations.

« On se donnait de la force en se réunissant, dit-elle encore. On écrivait tous les cinq notre matériel. Alors, ça a vraiment donné un gros boom à la création de chansons québécoises dans ces années-là. » Chez Clairette et La Butte à Mathieu, deux autres boîtes à chansons mythiques, sont elles aussi nées en 1959.

Clémence se trouvait en terrain familier, jeudi après-midi, dans le local remis à neuf. Le bleu des murs est le même qu’il y a 67 ans. Elle ne s’en souvenait pas, mais les propriétaires des lieux ont fait leurs recherches. Elle était heureuse de voir le mur, conservé par miracle, où Clairette, Guy Béart, Raymond Lévesque, Margot Lefebvre, Yves Montand et Édith Piaf ont pressé leur paume pleine de peinture. « Piaf est venue deux ou trois fois, elle aimait ça [venir ici] », dit Clémence.

Hier comme aujourd’hui, Chez Bozo lui semble un endroit chaleureux où on se sent bien. L’aventure des Bozos a été de courte durée, une année et des spectacles en tournée pendant encore une autre année ou deux. L’endroit qui renaît ces jours-ci et les moments qu’elle y a passés restent chers à son cœur. « J’ai adoré ma période avec les Bozos, assure Clémence, c’était une période heureuse. »

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