La demande inusitée de Jean Leloup à la metteuse en scène Marie-Ève Milot pour son spectacle hommage du Cirque du Soleil

Après une première incursion dans l’univers circassien avec l’hommage à Daniel Bélanger l’été dernier, la comédienne et metteuse en scène Marie-Ève Milot renoue avec le Cirque du Soleil en signant celui consacré à l’œuvre de Jean Leloup, à Trois-Rivières. Une ode à la marginalité dans laquelle elle a pris soin d’intégrer une demande toute spéciale de l’artiste concerné.
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Peu d’artistes peuvent se vanter d’avoir travaillé avec le Cirque du Soleil. Pour Marie-Ève Milot, il s’agit de sa deuxième fois, alors qu’elle signe la mise en scène de Paradis perdus – Hommage à Jean Leloup, présenté cet été à Trois-Rivières. C’est dans cet univers évoquant pour elle la liberté qu’elle est immergée depuis quelques mois déjà. « Plus je fais immersion dans son univers, plus je découvre un artiste qui a toujours repoussé les limites de sa pratique et je trouve ça inspirant. Jean Leloup, c’est un artiste qui a été en soi très théâtral, très spectaculaire. Il a eu plusieurs cycles. Il y a même eu mort artistique, et il est revenu sous un autre nom. Il a fait des happenings. Ça s’amalgamait bien à un spectacle à grand déploiement. Il y a beaucoup de personnages dans son œuvre, alors c’était un territoire riche pour un spectacle de cirque », explique la comédienne et metteuse en scène. Comme plusieurs, elle a grandi avec les chansons de Jean Leloup. « Encore aujourd’hui je l’écoute. Jusqu’à son dernier album, en 2019 (L’étrange pays), qui est beaucoup plus sobre et épuré, mais qui m’a aussi beaucoup accompagnée. »
Fouiller dans le catalogue musical de Jean Leloup, c’est tomber sur des tonnes de chansons. « J’aurais pu faire un spectacle sur chacun de ses albums. Il a eu une écriture foisonnante. Je viens du théâtre et j’écris aussi. Je pense que c’est à force d’écouter ses chansons, de m’imprégner de la matière écrite sans écouter la musique, que tranquillement une histoire s’est imposée à moi. Cela a fait en sorte, avec le choix des disciplines acrobatiques, que certaines chansons se sont imposées. J’avais aussi le désir, avec toute mon équipe, de passer à travers la plupart de ses albums dans le spectacle, parce que c’est quelqu’un qui a créé énormément, qui s’est inscrit dans la durée. » Le spectacle s’ouvre avec la chanson Le dôme, qui est en quelque sorte la genèse de l’univers dans lequel les spectateurs sont conviés. Un univers étrange et fascinant où on fait la rencontre du roi Ponpon, de l’Enfant fou et de sa horde de marginaux qui ont trouvé refuge dans une forêt toute spéciale. « On est dans l’excès, la démesure, mais c’est à la fois aussi très lucide. C’est comme un petit sursis, un moment qui fait du bien à travers la violence du monde. À travers ça, on traite un peu des paradis perdus, que ce soit la paix, l’amour, la santé, le goût de vivre, l’innocence. »
Un 10e spectacle qui sort des sentiers battus
Sur le plan de la mise en scène, ce 10e spectacle de la série hommage du Cirque du Soleil sera des plus créatifs, avec des disciplines acrobatiques qui n’ont jamais été vues à Trois-Rivières et des manières de mettre en scène qui sortent des sentiers battus. « Je trouve que de faire un spectacle autour de l’œuvre de Jean Leloup, ça donne énormément de permissions. On ne peut pas être conventionnels. » Des spectateurs pourront également vivre l’expérience immersive Nos cent toucans, pour voir le spectacle d’un tout autre œil. « C’est le 10e spectacle. On avait envie de rendre hommage au public et on avait aussi envie de faire quelque chose qui ne s’était jamais fait, mettre du public sur scène et faire de lui un décor vivant. L’idée est venue avec la scénographe Geneviève Lizotte, qui est une grande complice artistique. On avait envie d’intégrer dans notre forêt étrange 80 personnes du public qui seront installées dans des gradins sur scène et qui incarneront d’une certaine manière les cent toucans de la chanson Le dôme. Ça réunit les artistes et le public. Je trouve ça beau et poétique comme geste. » Les costumes, le décor, rien ne sera laissé au hasard. « Ça va être très extravagant, mais en même temps on est dans un spectacle théâtral et très sensible. Pour moi, c’est une ode à la marginalité. »
Une demande inusitée
En décembre dernier, alors que la création du spectacle hommage en était à ses balbutiements, Marie-Ève Milot a eu la chance de prendre un café avec Jean Leloup pour en jaser. « On a passé trois heures ensemble avec le concepteur musical Jean-Phi Goncalves. Ç’a été un très beau moment. C’est quand même quelqu’un qui est plus discret depuis 2019, et il faut respecter ça. Je me trouve privilégiée d’avoir pu partager du temps avec lui. » Durant leur discussion, le principal intéressé lui a fait une demande pour le moins inusitée : il souhaitait qu’il y ait une corneille dans le spectacle. « Il y en aura une ! (rires) Je vais le faire de manière métaphorique, mais la corneille en soi occupe une place importante dans le spectacle », dit-elle. Il ne lui a pas dit pourquoi il tenait à avoir cet oiseau dans le spectacle. « J’ai trouvé mon propre sens. Vous pourrez le découvrir. Les oiseaux occupent une grande place dans ses chansons, alors je n’étais pas surprise. Ça va être dans le spectacle parce que c’est une demande surprenante et ça donne juste envie de l’honorer ! » Voilà une belle façon d’amalgamer l’univers éclaté de l’auteur-compositeur-interprète à celui coloré du Cirque du Soleil.
En plus de mettre la dernière touche au spectacle Paradis perdus – Hommage à Jean Leloup, Marie-Ève Milot prépare la mise en scène de l’adaptation théâtrale du roman d’Emmanuelle Pierrot La version qui n’intéresse personne. La pièce sera sur les planches du Théâtre d’Aujourd’hui du 15 septembre au 10 octobre prochains et au Trident, du 4 au 28 novembre prochain.
Un tournage dans son village natal
Ces jours-ci, on peut la voir dans la nouvelle série Bienvenue à Kingston-Falls, sur l’Extra de Tou.tv, écrite et réalisée par Robin Aubert. Elle y campe l’enquêtrice Cynthia Quinn, surnommée le « Chien pisteur ». « C’est un personnage incroyable. C’est une femme qui n’est pas très conventionnelle. Elle est déterminée et très rigoureuse, mais elle a des problèmes de consommation d’alcool. Elle a une deuxième chance et elle prend ça très à cœur. C’est une enquêtrice redoutable qui dédie sa vie à son travail, même au détriment de sa sécurité, et qui fait les choses à sa manière. Elle est mieux avec les morts qu’avec les vivants. Elle va challenger Gabriel Serpent (Maxime Le Flaguais). »
Une partie du tournage s’est déroulée dans son village natal de Danville, dans les Cantons-de-l’Est. « J’ai trouvé ça merveilleux. J’ai grandi là, et toute ma famille est encore à Danville. J’y vais souvent. Je trouve que c’est un village magnifique au sens cinématographique du terme. Robin vient du coin lui aussi. C’était particulier, parce qu’il y a des scènes qui ont été tournées à La binerie du carré, qui est mon restaurant de déjeuners depuis toujours. J’ai tourné dans la maison de mon directeur d’école primaire. Robin a pris soin d’engager des gens de la place aussi pour la figuration. C’était très touchant et, en même temps, un peu hors du temps comme moment. Comme si la petite fille qui voulait aller dans une école de théâtre quand elle avait 14 ans rejoignait la femme dans la quarantaine. Il y avait quelque chose de très beau. Ça m’a terriblement émue. Il n’y a pas beaucoup de tournages en région. C’était un bel hommage à mon village. »
Le plateau de tournage a aussi été le lieu de retrouvailles avec Robin Aubert, qui l’a dirigée dans la websérie Disparu, en 2013, et dans un épisode des Beaux malaises il y a quelques années. « J’ai un fort lien avec Robin. Peut-être aussi parce qu’on vient du même coin. Il a une belle fibre de poète. C’est quelqu’un qui a un profil qui me ressemble, dans le sens où c’est un comédien à la base, qui écrit et qui réalise. Moi, je suis une comédienne qui écrit et qui fait de la mise en scène. C’est quelqu’un que j’admire énormément. Je me reconnais beaucoup en lui comme artiste. »
Paradis perdus – Hommage à Jean Leloup est présenté à l’Amphithéâtre Cogeco de Trois-Rivières du 15 juillet au 15 août.
Bienvenue à Kingston-Falls est à voir sur l’Extra de Tou.tv
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