Une trentaine de victimes dépouillées: ils utilisaient «l’urgence» pour frauder des aînés

Un fraudeur de Saint-Jérôme qui a contribué à dépouiller une trentaine d’aînés partout au Québec avait mis au point un stratagème éprouvé pour multiplier les victimes. Son système reposait sur l’exploitation d’un sentiment d’urgence afin d’exercer des pressions et de forcer un paiement avant que les victimes n’aient le temps de réfléchir.
« Les individus communiquaient avec des personnes âgées en affirmant être un proche incarcéré, puis un avocat. Ils invoquent [alors] un besoin urgent d’aide financière afin que ce proche soit remis en liberté à la suite de son arrestation », a indiqué, au cours des derniers jours, la Commission québécoise des libérations conditionnelles.
Matthew Pelletier, âgé de 28 ans, tentait de sortir de prison après avoir purgé un peu plus du quart de sa peine de 15 mois derrière les barreaux, à la suite de ses crimes survenus en juin 2023.
Un coaccusé âgé de 29 ans, Charles Roy Trudel, de Québec, a écopé de deux ans d’incarcération cette semaine, compte tenu d’une détention préventive de 11 mois.
Matthew Pelletier a contribué à frauder une trentaine d’aînés en misant sur le sentiment d’urgence.
Photo tirée du compte Facebook de Matthew Pelletier
Aînés sous pression
Le groupe avait recours à la fraude de type « grands-parents », qui consiste à faire croire à des aînés que leur petit-fils est incarcéré. Dans le cas de Pelletier, les fraudeurs ajoutaient qu’il s’agissait d’un accident de voiture, et que la victime était une femme enceinte.
« Il s’agit notamment de tactiques de pression pour inciter les victimes à agir maintenant, avant qu’il ne soit trop tard », indique le Centre antifraude du Canada.
L’organisme ajoute que « le sentiment d’urgence » est une tactique largement employée par les fraudeurs pour pousser une victime à payer très vite, « avant qu’elles ne réalisent qu’il s’agit d’une escroquerie ».
« Lorsque la victime accepte de remettre le montant réclamé, un complice se présente à son domicile afin de récupérer la somme », indique la Commission, dans le cas de Pelletier.
Le groupe a fait une trentaine de victimes pour un montant total dérobé de 41 000 $ en un mois seulement.
« Vos actes ont contribué à ce que des personnes âgées soient dépouillées de leurs économies », indique la Commission.
Introspection insuffisante
Elle a ensuite souligné « la vulnérabilité des victimes ainsi que les conséquences dévastatrices de ce type de comportement pour celles-ci, leurs proches et la collectivité ».
Devant le tribunal, Pelletier a soutenu qu’il servait simplement de chauffeur, persuadé de collaborer à un trafic de drogue plutôt qu’à une fraude. Affirmant mesurer l’impact de ses crimes sur les victimes, l’accusé espérait ainsi obtenir son transfert en maison de transition.
Toutefois, cette « certaine volonté de changement et de reprise en main » n’a pas suffi, d’autant plus qu’en détention, il s’était fait pincer avec deux litres d’alcool frelaté dans sa cellule.
« Votre processus réflexif doit se poursuivre avant d’envisager un retour graduel et sécuritaire [dans la] communauté », a finalement tranché la Commission, refusant à Pelletier des sorties préparatoires.




