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Dossier | Investissement factoriel | Des clés pour battre le marché ? (4 articles)

Est-il possible de battre le marché de façon durable ? Et que les gains atterrissent dans les poches de l’investisseur, et non pas dans celles du gestionnaire responsable de ses placements ?


Publié à
5 h 00

Les probabilités d’identifier les gagnants à l’avance sont faibles : plus de 9 gestionnaires sur 10 réussissent moins bien que leur indice de référence à long terme après déduction des frais de gestion, selon le rapport SPIVA publié chaque année depuis 25 ans par S&P Global.

Fin de l’histoire ? Pas tout à fait.

En analysant des dizaines de milliers d’actions durant des décennies, des chercheurs en finance, notamment les professeurs Eugene Fama et Kenneth French, ont trouvé des caractéristiques, appelées « facteurs », qui signalent que certains titres peuvent surperformer à long terme.

C’est un peu comme avec le vin : on peut regarder le prix de la bouteille pour se faire une idée, mais on sait qu’il y a d’autres caractéristiques qui vont influencer la qualité et la désirabilité du vin.

Eduardo Repetto, chef des placements chez Avantis Investors

Établie à Los Angeles, en Californie, Avantis Investors s’est spécialisée dans l’assemblage de fonds factoriels. C’est-à-dire que la firme utilise une analyse systématique pour surpondérer les titres dont la recherche nous dit qu’ils pourraient produire des rendements supérieurs.

En mars, CIBC, en partenariat avec Avantis, a lancé sur le marché canadien une série de huit fonds négociés en Bourse (FNB) conçus pour « capturer » cette surperformance – dont un FNB tout-en-un qui constitue un portefeuille complet avec un biais factoriel, une première au pays.

Parmi les facteurs mentionnés, on note la taille, la valeur et la rentabilité d’une entreprise cotée en Bourse.

Trois facteurs : taille, valeur, et rentabilité

Les nouveaux FNB Avantis CIBC intègrent trois facteurs de risque principaux dans leur construction : la taille, la valeur et la rentabilité. Chaque titre est analysé simultanément selon ces trois facteurs. Voici de quoi il s’agit.

Taille : Les portefeuilles surpondèrent les entreprises de petites et de moyennes capitalisations. Historiquement, ces titres ont offert des rendements plus élevés que les grandes capitalisations en raison notamment de leur liquidité moins importante et de leur risque plus élevé.

Valeur : Le fonds privilégie les entreprises dont le prix en Bourse est bas par rapport aux fondamentaux, en utilisant principalement le ratio valeur comptable ajustée sur prix (adjusted book-to-market en anglais)

Rentabilité : Il s’agit de cibler les entreprises ayant une rentabilité importante basée sur les flux de trésorerie (cash-based operating profitability en anglais). Cela permet d’éviter une approche de valeur « naïve », qui pourrait inclure des entreprises en détresse financière.

Caractéristiques désirables

Pourquoi les facteurs fonctionnent-ils ?

Ce sont des marqueurs qui captent différentes dimensions du risque d’investissement. Les portefeuilles exposés à ces facteurs peuvent être plus risqués, mais offrent en contrepartie des rendements espérés plus élevés, signale Alain-Philippe Fortin, professeur adjoint au département de sciences économiques de l’Université de Montréal.

« En s’exposant à ces facteurs de risque, la recherche nous dit qu’il est possible d’obtenir, à long terme, des rendements ajustés au risque supérieurs à ceux du marché global », dit-il.

Greg Gipson, directeur général et chef, Équipe des fonds négociés en Bourse Gestion globale d’actifs CIBC, note que l’investissement factoriel n’est pas en contradiction avec l’investissement indiciel, mais plutôt un prolongement de celui-ci appuyé par la recherche universitaire.

Comme avec l’indiciel, l’idée est de détenir le marché boursier au complet, de façon transparente, et aux coûts les plus bas possibles. Avec un FNB factoriel, toutefois, on appuie plus fort sur le crayon pour surpondérer certaines entreprises qui ont des caractéristiques désirables.

Greg Gipson, directeur général et chef, Équipe des fonds négociés en Bourse Gestion globale d’actifs CIBC

Avantis dit s’attendre à ce qu’un portefeuille factoriel puisse générer une surperformance nette de frais de 1,5 % à 2 % par année par rapport à un portefeuille indiciel géographiquement équivalent. L’erreur de suivi, c’est-à-dire la déviation annuelle par rapport aux indices, devrait se situer dans une fourchette de 3 à 4 %.

Cette divergence avec le marché explique justement pourquoi, avec l’investissement factoriel, on n’a rien sans rien (voir autre texte).

Gestion active ?

Est-ce à dire que l’investissement factoriel est une forme de gestion active du portefeuille ?

L’approche factorielle diffère de la gestion active par son approche systématique, par sa grande diversification, ainsi que par ses frais, note Eduardo Repetto.

Par exemple, pour essayer de battre les indices, beaucoup de gestionnaires bâtissent des portefeuilles très concentrés, qui comprennent entre 30 et 100 titres, note-t-il.

« Notre approche est au contraire d’avoir une vaste diversification. Nous avons plus de 10 000 entreprises dans nos portefeuilles, ce qui nous permet de bien saisir la prime de marché. On donne ensuite un poids plus élevé aux entreprises qui présentent des facteurs de risque connus. »

Alain-Philippe Fortin note que la gestion factorielle produit des portefeuilles plus transparents, puisque les sources de risque auxquelles les investisseurs s’exposent sont mieux identifiées. « Avec un portefeuille géré activement par un gestionnaire, c’est parfois moins clair, quels risques on choisit de supporter, et ceux-ci peuvent évoluer au fil du temps », dit-il.

Frais au plancher

Une autre distinction avec la gestion active concerne les frais de gestion.

Avantis ne compte qu’environ 50 employés – des services comme le marketing et le soutien technique sont assurés par sa société mère, American Century Investments.

Les portefeuilles factoriels d’Avantis sont offerts dans plusieurs pays et comptent plus de 180 milliards de dollars américains (245 milliards canadiens) en actifs sous gestion. Ils sont gérés par une équipe de seulement 14 personnes.

La gestion factorielle se base sur les données, pas sur le feeling des gestionnaires. Aussi, ça ne sert à rien d’identifier des facteurs et d’aller chercher une prime sur le marché si cette prime n’arrive pas dans les poches de nos clients. Avoir une petite équipe nous permet de garder nos frais très bas.

Eduardo Repetto, chef des placements chez Avantis Investors

Les frais de gestion des fonds CIBC/Avantis sont compris entre 0,19 % et 0,39 %. Selon la réglementation canadienne, les frais totaux des fonds seront affichés d’ici un an, mais devraient se situer dans une fourchette de 0,22 % à 0,45 %.

Si les facteurs sont identifiés et faciles à acquérir, est-ce que cela veut dire que la prime de risque qu’ils représentent pourrait diminuer, ou disparaître ?

M. Repetto note que si un titre est sous-évalué par le marché, il sera éventuellement acheté jusqu’à ce que son prix soit le bon. « Donc on en profite. Et ensuite on n’a qu’à focaliser sur les milliers d’autres entreprises sous-évaluées par le marché. C’est une roue qui tourne. »

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