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États-Unis | Le plus ancien comité de défense avec le Canada suspendu

Par un simple message sur X, un haut responsable du département de la Défense aux États-Unis, le sous-secrétaire Elbridge Colby, a annoncé lundi matin la suspension du plus vieux comité de défense en Amérique du Nord, la Commission permanente mixte de défense avec le Canada.


Publié à
11 h 24
Mis à jour à
12 h 44

« Malheureusement, le Canada n’a pas réussi à réaliser de progrès tangibles en matière d’engagements de défense, a écrit à 8 h 19 M. Colby. Le département de la Défense suspend les travaux de la Commission permanente mixte de défense afin de réévaluer l’utilité de cette instance pour la défense commune de l’Amérique du Nord. »

On estime qu’« un Canada fort qui prioriserait la puissance dure plutôt que la rhétorique serait à l’avantage de tous ». Mais ce n’est manifestement pas la perception qu’en a le sous-secrétaire.

PHOTO GEERT VANDEN WIJNGAERT, ASSOCIATED PRESS

Le sous-secrétaire du département de la Défense aux États-Unis, Elbridge Colby

« Nous ne pouvons plus ignorer le fossé qui sépare les discours de la réalité, écrit-il. Les véritables puissances doivent étayer nos discours par un partage des responsabilités en matière de défense et de sécurité. »

Institution « profondément importante »

Créée le 18 août 1940 à Ogdensburg dans l’État de New York, la Commission permanente mixte de défense Canada – États-Unis est une initiative du premier ministre canadien Mackenzie King et du président américain Franklin D. Roosevelt. Notamment formée de représentants des forces armées, cette instance consultative étudie les questions communes de défense et soumet des recommandations aux deux gouvernements.

« C’est sûr qu’elle est méconnue, mais ça demeure une institution profondément importante dans la relation canado-américaine : ça fait 66 ans qu’elle fonctionne et là, pour la première fois, on la suspend », note Justin Massie, professeur et directeur du département de science politique de l’Université du Québec à Montréal (UQAM).

C’est cette commission, par exemple, qui a recommandé la participation du Canada au projet de défense antimissile, le « Dôme d’or » voulu par l’administration Trump. Elle a également prôné la modernisation du Commandement de la défense aérospatiale de l’Amérique du Nord (NORAD).

« Mais le NORAD, c’est une organisation opérationnelle : ils envoient des avions quand il se passe quelque chose, analyse M. Massie. Là, c’est une commission qui réfléchit, qui faisait des recommandations, qui étudiait les problèmes. Il n’y en a pas beaucoup d’instances formelles de collaboration comme celle-là, j’interprète ça comme quand même quelque chose de sérieux, d’important. »

Une « vengeance » pour Davos ?

Il rappelle toutefois qu’aucune réunion de cette commission, habituellement convoquée une fois par année, n’a été organisée depuis l’élection de Donald Trump. Le moment choisi pour la sortie du sous-secrétaire Colby laisse également M. Massie perplexe.

Il n’y a rien dans les derniers jours qui s’est produit, à ma connaissance, où le Canada aurait dit non aux États-Unis ou qui aurait détérioré les relations entre les deux pays.

Justin Massie, professeur et directeur du département de science politique de l’UQAM

En plus des allusions à la « rhétorique » canadienne, la publication sur X du sous-secrétaire contient un lien vers une vidéo du discours de Mark Carney à Davos, qui date de janvier dernier.

« C’est un geste politique qui vise à exprimer officiellement et publiquement le mécontentement américain à l’égard de la défense canadienne, sur un motif qui n’est pas clair », conclut-il. Sur X, l’ex-chef du Parti conservateur du Canada, Erin O’Toole, a d’ailleurs qualifié cette sortie de « profondément erronée et assez étrange ».

Depuis son élection en avril 2025, le premier ministre du Canada Mark Carney a officiellement atteint l’objectif de 2 % du PIB consacré à la défense exigé par l’OTAN et a annoncé une cible de 3,5 % d’ici 2035, soit des investissements totaux de 500 milliards sur 10 ans.

« On vient d’atteindre pour la première fois depuis les années 80 ce seuil des 2 %, rappelle le professeur Massie. Cette sortie n’a tout simplement pas de sens. On ne cherche pas à obtenir quelque chose au Canada en échange et ça, c’est inhabituel de la part du président Trump, qui est très transactionnel. Clairement, ça semble être une vengeance contre le discours de Davos. C’est mon interprétation à cette date, à la lumière des quelques informations disponibles. »

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