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Canadien 3 – Sabres 2 (P) | Le barista, le méchant et la maman

(Buffalo) Il y a certains surnoms plus souhaitables que d’autres. Dans le menu vestiaire des visiteurs du KeyBank Center, Phillip Danault en a soumis un pour Alex Newhook : « Monsieur Game 7 ».


Mis à jour à
1 h 51


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Newhook, encore lui, a entretenu ce surnom tard lundi, avec le but gagnant dans une victoire de 3-2 du Canadien dans le septième match de la série face aux Sabres de Buffalo, victoire assortie d’un billet pour la finale de l’Association de l’Est face aux Hurricanes. Celle-ci s’amorcera jeudi, en Caroline.

Le Tricolore, cette bande de jeunots qui ne semble avoir rien à perdre, devient ainsi la plus jeune équipe depuis, tiens donc, le Canadien de 1993 à accéder aux finales d’association. Ces deux groupes avaient une moyenne d’âge de 25,8 ans.

Et c’est Alex Newhook, 25 ans et 110 jours, pile-poil dans la moyenne du groupe, qui a mis la touche finale à cette victoire. Son tir flottant, en apparence anodin, s’est frayé un chemin sous le gant d’Ukko-Pekka Luukkonen.

PHOTO JEFFREY T. BARNES, ASSOCIATED PRESS

Martin St-Louis et Alex Newhook

Dès lors, les « vieillards » Alexandre Carrier, puis Mike Matheson, l’ont enlacé, avant d’être rejoints par toutes ces jeunes jambes qui venaient de trimer dur pendant 71 min et 22 s pour arracher cette victoire.

Newhook est resté modeste malgré l’exploit. « J’ai ramené la rondelle vers moi et quand on fait ça, le défenseur peut devenir un écran pour le gardien. Ça a aidé, mais ce n’est pas ce que j’essayais de faire nécessairement ! », a convenu le héros du jour.

« Ça a commencé en zone défensive, on a souvent été là aujourd’hui, a blagué Carrier. J’ai fait une sortie de zone, envoyé ça à Newie en zone neutre. Je pense que la rondelle a dévié aussi, je ne sais pas. Peu importe, on va prendre les deux points ! On va prendre la victoire ! »

Newhook avait également inscrit le but de la victoire dans le septième match face au Lightning de Tampa Bay. Il rejoint Russ Courtnall (1992), Claude Lemieux (1986) et Yvon Lambert (1979) à titre de quatrième joueur dans l’histoire du Canadien à marquer en prolongation dans un match 7. Il est aussi le deuxième joueur de l’histoire de la LNH à marquer deux buts gagnants dans un septième match une même année, après Nathan Horton en 2011.

Son truc pour y parvenir ? « Ce n’est pas compliqué, c’est le café ! », de lancer spontanément Phillip Danault. Le Victoriavillois est en effet devenu le barista personnel de Newhook ce printemps. Les matins de match sur la route, Danault va lui chercher « un café glacé, sans glace, format Venti », chez Starbucks, détaille-t-il.

Je le commande le matin, je le mets dans le frigo et il le prend avant le match. On a commencé ça au match 1 ou 2 à Tampa, ça avait fonctionné. Mais après, il a scoré à la maison, et je ne lui avais pas acheté de café, donc ce n’est pas juste le café !

Phillip Danault

PHOTO JEFFREY T. BARNES, ASSOCIATED PRESS

Phillip Danault

Leur rituel est devenu en quelque sorte « une superstition », a convenu Newhook, comme on en voit souvent en séries. Il peut s’agir d’une cravate, d’un repas, d’un trajet pour se rendre à l’aréna. Dans leur cas, c’est simplement une boisson.

« Souvent, en séries, les superstitions prennent une place plus importante qu’en saison. Quelque chose fonctionne, tu ne le changes pas. Phil est aussi content d’acheter le café que je suis content de le recevoir ! », a souri Newhook.

Évidemment, les succès de Newhook reposent sur plus qu’un simple rituel, même si certains diront qu’il joue avec l’énergie d’un type qui consomme du café par intraveineuse. Son niveau de compétition a maintes fois été vanté, et ce niveau lui sert ce printemps. Il totalise sept buts depuis le début des séries, dont six dans cette seule série contre Buffalo.

« Je ne suis pas surpris. Il se prépare comme un pro, a assuré Carrier. C’est un excellent coéquipier, je suis vraiment content que ce soit lui qui a marqué. »

Le méchant

Pour que Newhook puisse faire opérer sa magie, encore fallait-il que quelqu’un tienne la garde. Ce quelqu’un, c’était Jakub Dobeš.

PHOTO JEFFREY T. BARNES, ASSOCIATED PRESS

À gauche, Jakub Dobeš

Avec 37 arrêts, il a gardé les siens dans le coup, dans la mesure où « ce n’était pas notre meilleur match, loin de là », a reconnu Martin St-Louis. Même si, peut-on ajouter, son équipe a livré une meilleure performance que celle de neuf tirs à Tampa il y a deux semaines.

Dobeš, lui, s’est brillamment relevé après sa déconvenue de samedi. Comment ?

« J’ai joué à des jeux vidéo avec les gars après le match 6. Je me suis réveillé, on a pris l’avion, j’ai fait ma visualisation, mes étirements. Rien de trop fou », a-t-il décrit.

« Je voulais être meilleur. Me faire retirer à la maison, c’était comme un réveil. J’en ai fait une affaire personnelle. »

Il a commencé son match en bloquant les neuf tirs des Sabres en première période, même si ça paraissait parfois échevelé. Tout ça au son des cris des spectateurs, qui hurlaient son nom.

« J’aime ça, je les remercie. Ça me donne du feu, parce que j’aime être le méchant », a mentionné Dobeš.

Une fois en prolongation, il a eu le temps de faire face à six tirs. Cet adepte du travail psychologique s’est parlé. « Je devais continuer à me dire que la rondelle ne rentrerait pas, qu’ils ne marqueront pas. Je devais conditionner mon cerveau. Je voulais être là pour les gars. J’aime tellement l’équipe. »

Une pensée pour maman

PHOTO CHARLES WILLIAM PELLETIER, LA PRESSE

Martin St-Louis

Puis est venu le but providentiel de Newhook. Les joueurs en blanc sont tous sautés sur la patinoire. En retrait, Martin St-Louis regardait au plafond, un détail relevé par l’œil de lynx de François Gagnon.

St-Louis est venu les yeux embués quand le confrère lui a demandé ce qui trottait dans sa tête. « Je parlais beaucoup à ma mère pendant la prolongation. Je l’ai remerciée. C’est vraiment ça. »

Avec ce mélange de chance, de talent, de superstitions et d’imploration de l’au-delà, voilà le Tricolore dans le carré d’as de la LNH, à peine quatre ans après l’arrivée d’une nouvelle administration, qui a redressé la barque pas mal plus rapidement que ce qui était attendu.

« On s’amuse à travers une expérience formidable pour nos jeunes, a dit St-Louis. Je suis tellement content qu’ils vivent ça. Que Newhook aille chercher un but en prolongation dans un match 7, aucun feeling ne ressemble à ça. Même si on n’avait pas gagné, cette expérience, tu ne peux pas acheter ça. »

En hausse

Alexandre Carrier

PHOTO JEFFREY T. BARNES, ARCHIVES ASSOCIATED PRESS

Alexandre Carrier

Une aide bien méritée sur le but gagnant. Il a offert 27 solides minutes à son club, a bloqué cinq tirs et a été engagé physiquement toute la soirée.

En hausse (bis)

Jakub Dobeš

PHOTO TIMOTHY T. LUDWIG, IMAGN IMAGES FOURNIE PAR REUTERS CONNECT

Jakub Dobeš

Il a terminé le match précédent assis au banc des siens, et est revenu avec une prestation de 37 arrêts. Il devient ainsi le sixième gardien recrue de l’histoire à gagner deux septièmes matchs la même année, après Ken Dryden, Mike Vernon, Félix Potvin, Cam Ward et Jordan Binnington.

Le chiffre du match

47

Deux Québécois qui marquent pour le Canadien dans un septième match, c’était une première en 47 ans. Avant ce combo Danault-Bolduc, il fallait remonter au fameux match du 10 mai 1979, quand Jacques Lemaire, Guy Lafleur, Guy Lapointe et Yvon Lambert avaient marqué.

Dans le détail

Ruff, la tête haute

Chez les Sabres, cette défaite met fin à une extraordinaire saison qui leur a permis d’enfin chasser des démons du passé et de renouer avec les séries, après 15 ans d’absence. À partir de la mi-novembre, ils ont présenté la meilleure fiche de la LNH. Et voilà que cette poussée s’arrête net sur un but en prolongation dans un septième match. « Ça fait mal, a reconnu Lindy Ruff, l’entraîneur-chef des Sabres. Je l’ai dit à l’équipe. Cette douleur va finir par partir, mais je ne laisserai pas ce match définir notre saison. On est allés chercher le sixième match à Montréal et on est revenus ici en se donnant la chance de gagner. » Ruff a également souligné la « résilience » de son équipe, notamment en raison de « défis personnels » rencontrés par certains joueurs, notamment Rasmus Dahlin, qui a dû abandonner l’équipe momentanément pour se rendre au chevet de sa conjointe.

La tendance se maintient

Les septièmes matchs des dernières années se ressemblent en ce sens que les arbitres y décernent très peu de pénalités. Ç’avait d’ailleurs été le cas dans le match ultime entre le Canadien et le Lightning de Tampa Bay, il y a deux semaines. Dans ce duel, les arbitres n’ont distribué que cinq pénalités, dont une pour avoir eu trop de joueurs sur la patinoire, et une autre pour une rondelle renvoyée dans les gradins, avec sept secondes à jouer. La tendance s’est maintenue dans ce choc Canadien-Sabres, avec une seule pénalité de chaque côté. Il s’agissait dans les deux cas de pénalités « automatiques », qui ne laissaient pas place à l’interprétation : une rondelle envoyée dans les gradins par Zach Benson et un bâton élevé de Phillip Danault. Les officiels ont d’ailleurs été chahutés par la foule une bonne partie de la soirée, notamment les juges de lignes, qui mettaient parfois un temps fou à déposer la rondelle pour la mise en jeu. C’est sans oublier ce jeu où ils ont sifflé trop rapidement au moment où Jakub Dobeš croyait avoir immobilisé la rondelle, privant les Sabres d’un but.

Le retour de Kapanen

Après neuf matchs, le purgatoire d’Oliver Kapanen a pris fin. Le Finlandais a réintégré la formation pour ce duel, à la place de Joseph Veleno, qui a été ébranlé au dernier match. Kapanen en était à un premier match depuis le quatrième duel de la série contre le Lightning. Il a amorcé sa soirée en force en bourdonnant près du filet de son compatriote Ukko-Pekka Luukkonen dès sa première présence, avant de remporter une bataille pour la rondelle. Son temps de jeu a ensuite été réduit à une peau de chagrin ; il est resté au banc à compter du milieu de la deuxième période. En avant-midi, Martin St-Louis avait répondu par l’affirmative lorsqu’il s’était fait demander si Veleno était « disponible » pour ce match.

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