Prolongement de la ligne bleue | Un tunnelier nommé Lisette

L’immense tunnelier qui creusera les futures stations du prolongement de la ligne bleue, dans l’est de Montréal, a maintenant un nom officiel. Il s’appellera Lisette, en l’honneur de la première femme à avoir été opératrice du métro dans les années 1980.
Publié à
9 h 43
Mis à jour à
11 h 14
C’est une vieille tradition dans le domaine : le baptême du tunnelier place ce dernier « sous la protection symbolique d’une marraine ». Dans les derniers mois, le public avait été appelé à voter pour sa candidate préférée parmi cinq femmes québécoises ayant marqué l’histoire du transport collectif.
Au final, c’est Lisette St-Onge, devenue en 1981 la première opératrice du métro, qui donnera son prénom au tunnelier. Elle avait été embauchée l’année précédente comme chauffeuse d’autobus. À l’époque, seule une quinzaine de femmes étaient derrière un volant de la Société de transport de Montréal (STM).
PHOTO ALAIN ROBERGE, LA PRESSE
De gauche à droite : Benoit Charette, Lisette St-Onge et Soraya Martinez Ferrada.
« J’adorais mon travail de conductrice de métro. Je n’aurais jamais imaginé avoir l’opportunité de devenir la marraine du tunnelier pour le prolongement de la ligne bleue », a dit la principale intéressée.
En conférence de presse mardi, la mairesse de Montréal, Soraya Martinez Ferrada, a salué cette nomination, en parlant d’un moment crucial pour l’avenir de la métropole. « Je me souviens très bien, quand je suis venue avec tous les élèves de l’école Joseph-François-Perreault, inaugurer ce qu’allait être le prolongement de la ligne bleue. C’était en 1987 », a-t-elle lancé, provoquant des rires dans la salle.
C’est un full circle dans ma vie d’être mairesse de Montréal pour venir inaugurer le tunnelier. Ça ne s’invente pas.
Soraya Martinez Ferrada
Garder ou pas le tunnelier ?
Qu’arrivera-t-il après 2028, quand le tunnelier aura terminé son travail d’excavation jusqu’à Anjou ? La question était sur toutes les lèvres, mardi.
PHOTO LOUIS-ÉTIENNE DORÉ, FOURNIE PAR LA STM
Le tunnelier utilisé par la STM
« On regarde pour les prochaines années si on ne peut pas rentabiliser l’investissement en question. Il est trop tôt pour prendre un engagement, mais il y a certainement matière à réflexion. On va essayer de capitaliser », a indiqué le nouveau ministre des Transports, Benoit Charette, en demeurant prudent dans ses propos.
Sourire en coin, l’élu caquiste a ensuite reconnu que la livraison de ce projet « a été un peu trop longue ». « Certains n’étaient même pas nés quand on a parlé une première fois de prolonger la ligne bleue […] mais on ne boudera pas notre plaisir », a-t-il lancé.
À ses côtés, la mairesse Martinez Ferrada a demandé à tous les partis politiques de « s’engager à garder le tunnelier ». « C’est de la bonne gouvernance, c’est de la bonne administration. Vous savez, Toronto projette chaque année des stations de métro. On peut faire la même chose. »
Également sur place, le président de la STM, Aref Salem, a de son côté évoqué que la métropole aura « besoin de prolongements à d’autres endroits » dans le futur. « On a besoin d’avoir un PSE dans l’est. Le tunnelier est là, donc profitons, et on va se donner rendez-vous à la sortie en 2028 », a-t-il martelé.
En principe, la propriété du tunnelier revient à l’entrepreneur qui a remporté l’appel d’offres, à savoir Pomerleau, EBC et Spie Batignolles. Une fois arrivé à Anjou, en 2028, il doit pour l’instant être désassemblé afin d’être retourné en Allemagne, où il a été fabriqué à l’origine.
PHOTO ALAIN ROBERGE, LA PRESSE
Le nom officiel du tunnelier a été dévoilé mardi
« La réutilisation complète d’un tunnelier est peu fréquente comme il doit être conçu sur mesure en fonction des spécificités de chaque projet », a indiqué la STM à ce sujet. La directrice exécutive du Projet ligne bleue, Maha Clour, a toutefois précisé que le mandat pourrait changer si le gouvernement le souhaite.
Tout un chantier
Outre son impressionnante roue de coupe, « Lisette » a été dotée ces dernières semaines de remorques à l’arrière, afin de fonctionner à plein régime.
PHOTO ALAIN ROBERGE, LA PRESSE
Le tunnelier portera le nom de Lisette, la première opératrice du métro
D’ici peu, le dispositif sera en marche 24 heures sur 24, sept jours sur sept, et pourra progresser à un rythme d’environ 10 à 15 mètres par jour. À titre comparatif, la distance du tunnel entre les stations Vertières et Anjou sera d’environ 6 kilomètres.
L’appareil entier, qui abrite aussi une cabine de pilotage, mesure plus de 135 mètres de long et pèse plus de 2000 tonnes. De tels tunneliers ont été utilisés pour d’autres projets au Québec, dont le Réseau express métropolitain (REM), mais c’est la première fois qu’un tel système sert à paver la voie au métro de Montréal.
Tel que l’avait révélé La Presse en juillet 2024, le prolongement de la ligne bleue devrait coûter 7,6 milliards – au lieu de 6,4 milliards qui était l’estimation initiale – et sa livraison n’aura pas lieu avant 2031.




