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Chronique de Michel David | Un air de déjà-vu pour le Parti québécois

« L’histoire ne se répète pas, mais elle rime », aurait dit Mark Twain. Marx aurait plutôt été d’avis qu’elle bégayait. Que l’un ou l’autre ait raison, ce n’est généralement pas une bonne nouvelle.

Il reste encore quatre mois et demi avant les prochaines élections générales au Québec. Beaucoup d’eau coulera sous les ponts d’ici le 5 octobre, mais les sondages qui se succèdent depuis quelques semaines commencent à prendre un air de déjà-vu. Les résultats du récent sondage Léger-Québecor s’inscrivent dans une tendance à la baisse des intentions de vote du Parti québécois (PQ), qui a perdu 9 points depuis décembre dernier et semble plafonner autour de 30 %, soit 2 points devant le Parti libéral du Québec (PLQ) et 8 devant la Coalition avenir Québec (CAQ), qui est néanmoins passée de 13 % à 22 % depuis que Christine Fréchette en est devenue la cheffe.

Ces chiffres rappellent les résultats des élections de septembre 2012, qui sont les dernières remportées par le PQ. Il avait alors obtenu 32 % des voix, un petit point devant le PLQ et 4 devant la CAQ.

Avec 54 sièges sur 125, Pauline Marois n’avait pas été en mesure de former un gouvernement majoritaire. Même si elle n’avait aucune intention de tenir un référendum dans un premier mandat, le simple fait de ne pas l’avoir exclu formellement avait refroidi de nombreux électeurs. Entre le début et la fin de la campagne électorale, le PQ avait perdu 7 points. La chute avait encore été brutale en 2014.

Et plus tard, après que Pierre Karl Péladeau eut brandi son poing en proclamant sa volonté de faire l’indépendance, il a perdu 12 points.

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Même quand il réussit à former un gouvernement majoritaire, le PQ a tendance à perdre des points entre le déclenchement des élections et le jour du vote. À la fin de juillet 1994, Léger lui accordait 52 % des intentions de vote malgré la « question claire » sur l’indépendance que Jacques Parizeau promettait de soumettre à la population dans « un horizon de huit à dix mois ». Le soir des élections, le 12 septembre 1994, il était tombé sous la barre des 45 %, ce qui avait passablement refroidi l’enthousiasme de Lucien Bouchard et de Bernard Landry.

M. Parizeau a quand même tenu son référendum, mais on ne saura jamais sur quoi aurait débouché un « oui » à une question qui était tout sauf claire.

Nouvelle déconvenue en 1998, alors que le PQ, parti à 48 %, a perdu 5 points en cours de route et l’a emporté avec moins de voix que le PLQ, malgré la mauvaise campagne menée par Jean Charest. M. Bouchard en a conclu qu’il ne pourrait pas gagner un référendum.

Depuis 1989, la seule campagne électorale au cours de laquelle le PQ a réussi à améliorer son score est celle de 2022, celui-ci étant alors passé de 7 % à 14 %. La fraîcheur du discours de Paul St-Pierre Plamondon avait été appréciée, mais son parti n’était pas dans la course.

Si le PQ pouvait jadis se permettre de perdre quelques points en cours de route et l’emporter malgré tout, ce n’est plus le cas. Avec 30 % des intentions de vote, sa majorité parlementaire ne tient qu’à un fil. La moindre glissade signifierait un gouvernement minoritaire incapable de tenir un référendum, voire une défaite.

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La tenue d’un référendum deviendra à coup sûr un enjeu déterminant des élections du 5 octobre prochain, mais la résurrection de la CAQ à laquelle on assiste présentement est due avant tout à la performance de Christine Fréchette depuis qu’elle a succédé à François Legault. Alors que les deux tiers des Québécois étaient insatisfaits du gouvernement quand M. Legault a annoncé son départ, 47 % s’en disent maintenant satisfaits. Un renversement aussi spectaculaire en l’espace de quelques semaines relève de l’exploit.

Pour le moment, « l’effet Fréchette » a surtout une incidence sur le PLQ. Entre le début d’avril et la mi-mai, les libéraux ont perdu 5 points chez les francophones et 7 dans l’électorat féminin, alors que la progression de la CAQ dans ces deux catégories a été de 11 et 9 points respectivement.

On peut très bien craindre la tenue d’un référendum et s’inquiéter en même temps d’un recul du français qu’entraînerait l’élection d’un gouvernement libéral. Libérée de l’hypothèque Legault, la CAQ redevient une solution de rechange valable aux yeux des nationalistes mous.

En 2012, ce n’est pas le PLQ qui avait empêché Pauline Marois de former un gouvernement majoritaire. Entre le lancement de la campagne et le jour des élections, les libéraux avaient perdu 7 points. La surprise était venue de la CAQ, qui en avait gagné 13.

Si l’histoire se met à bégayer et que la CAQ poursuit sa remontée, elle pourrait bien conserver des sièges qu’on croyait acquis au PQ. Il n’y a pas longtemps, les projections du site Québec125 ne lui en donnaient aucun ; aujourd’hui, on lui accorde des chances de victoire dans une dizaine de circonscriptions qui auraient autrement échu au PQ.

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