Roland-Garros | Mieux payer les vedettes ? Pas si simple

(Paris) Le mécontentement des vedettes du tennis, réclamant une plus grande part des revenus générés par les tournois du Grand Chelem, rappelle la complexité de l’écosystème financier du tennis, sport à la gouvernance éclatée tant du côté des joueurs que des tournois.
Publié hier à
6 h 36
Les meilleurs joueurs et joueuses mondiaux ont décidé de limiter à quinze minutes leur prise de parole à l’occasion de la journée dédiée aux médias vendredi, à deux jours du début de Roland-Garros (24 mai-7 juin).
Le mouvement de protestation, moins extrême que la menace d’un boycottage agitée début mai, marque néanmoins un nouveau durcissement du dialogue entre joueurs et organisateurs de tournois du Grand Chelem.
Les joueurs veulent augmenter leur dotation aujourd’hui fixée à 61,7 millions d’euros, soit environ 15 % du total que rapporte Roland-Garros à la Fédération française de tennis (FFT).
Ce pourcentage est similaire à celui reversé aux joueurs par les autres levées du Grand Chelem (Internationaux d’Australie, Wimbledon et Internationaux des États-Unis).
Mais les joueurs souhaiteraient le faire grimper à 22 %, à l’image du pourcentage versé aux joueurs par les organisateurs des tournois combinés WTA 1000/Masters 1000 (Indian Wells, Miami, Madrid, Rome et Cincinnati).
Si ce ratio était appliqué cette année à Roland-Garros, ce seraient près de 30 millions d’euros supplémentaires qui reviendraient dans les poches des joueurs.
« Assez peu »
Mais « ça serait quelque part un jeu à somme nulle », pointe l’économiste Christophe Lepetit, responsable des études économiques au Centre de droit et d’économie du sport (CDES).
« Si demain, les organisateurs de Roland-Garros décidaient de reverser plus aux joueurs […], ça viendrait forcément au détriment de ce qui est reversé pour le développement du tennis en France », une des missions de la Fédération française de tennis (FFT), argumente-t-il.
La tension sur la répartition des revenus dans le milieu du sport professionnel est loin d’être nouvelle ni propre au tennis.
Plusieurs vedettes du tennis impliquées dans le mouvement de contestation ont dressé des parallèles avec les ligues nord-américaines (NFL, NBA, LNH), où des grèves ont permis d’aboutir à un pourcentage proche de 50 % de recettes reversées aux joueurs.
Comparativement, 15 %, « cela paraît assez peu », juge auprès de l’AFP Antoine Feuillet, qui enseigne le management du sport à l’université Paris-Saclay.
Sur la question du partage des ressources, les joueurs ont « leur mot à dire, parce que ce sont eux qui créent la valeur, qui font le spectacle », a-t-il développé. Sans les vedettes, « ça va limiter la capacité des organisateurs à vendre le tournoi, à avoir des commanditaires, à remplir les stades. »
Mais contrairement au sport nord-américain, structuré autour de négociations collectives régulières entre acteurs bien identifiés, le tennis mondial manque d’un cadre clair qui puisse faciliter la sortie de crise, a poursuivi l’expert.
Gouvernance éclatée
La gouvernance est éclatée entre les organisateurs des quatre Grand Chelem, la Fédération internationale (ITF) qui gère la Coupe Davis et la BJK Cup, et les circuits privés ATP et WTA.
À la pluralité des interlocuteurs s’ajoute le flou entourant la représentation des joueurs professionnels. Le syndicat (PTPA) cofondé par Novak Djokovic en 2020 a été secoué par le départ en début d’année de la vedette serbe et fait régulièrement l’objet de critiques pour son manque de représentativité.
Les revenus des joueurs ne se composent par ailleurs pas exclusivement des dotations financières qu’ils gagnent en tournoi, mais également des revenus tirés de leurs contrats de commandite.
La publication spécialisée Forbes a calculé que l’extrasportif représentait environ 70 % des 48 millions de dollars touchés par le tennisman le mieux payé du monde entre août 2024 et août 2025, Carlos Alcaraz. Le ratio est similaire pour la joueuse la mieux payée, Coco Gauff.
« Dans les sports individuels » à forte médiatisation comme le golf, le tennis ou la Formule 1, « les revenus de l’activité sportive liées aux performances sportives sont souvent proportionnellement moins importants que les revenus liés aux contrats d’image », confirme Christophe Lepetit.
Mais le constat est moins vrai pour les joueurs les moins bien classés, moins attractifs pour les commanditaires et donc plus dépendants des dotations financières des tournois, nuance-t-il cependant.




