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La Presse au 79e Festival de Cannes | Nos coups de cœur de la compétition

Bien que moins éclatante, voire moins éclatée, que l’an dernier, dominée par la guerre et ses répercussions, traversée de vibrants portraits féminins, la compétition du 79e Festival de Cannes avait tout de même de très beaux morceaux pour tous les goûts.


Publié hier à
17 h 20

Dès les premiers jours, le plus que puissant Fatherland, de Paweł Pawlikowski, qui raconte le retour de Thomas Mann dans l’Allemagne de 1949, s’annonçait comme une potentielle Palme d’or. Ont suivi le très fort et fort nuancé Fjord, de Cristian Mungiu, sur des parents religieux accusés de violence sur leurs enfants, et le magistral Minotaure, d’Andreï Zviaguintsev, portrait glaçant d’un homme privilégié.

Depuis la projection de La bola negra, audacieuse, vertigineuse et lyrique plongée dans l’univers de Federico García Lorca, Javier Calvo et Javier Ambrossi présagent que l’Espagne pourrait gagner sa première Palme d’or. Rappelons qu’en 1961, Luis Buñuel (Viridiana) avait dû la partager avec Henri Colpi (Une aussi longue absence).

Et que dire du magnifique drame romantique en temps de guerre de Lukas Dhont, Coward ? Si ce film ne remporte pas la Palme d’or, ses jeunes acteurs, Emmanuel Macchia et Valentin Campagne, pourraient bien partager un prix d’interprétation. Toutefois, Javier Bardem (L’être aimé), Gilles Lellouche (Moulin), Swann Arlaud (Notre salut) et Dmitri Mazurov (Minotaure) sont des adversaires de taille.

Du côté des actrices, bien qu’elle n’y joue qu’un rôle secondaire, Sandra Hüller crève l’écran dans Fatherland. Dans La vie d’une femme, Léa Drucker est, une fois de plus, au sommet de son art. Pour leur part, Virginie Efira et Tao Okamoto portent avec grâce Soudain. Au dire de l’ami et collègue Marc Cassivi, Adèle Exarchopoulos, qui joue une actrice alcoolique dans Garance, de Jeanne Herry, est aussi une candidate sérieuse pour un prix d’interprétation.

PHOTO FOURNIE PAR LE PACTE

Bastien Bouillon, Hafsia Herzi et Tawba El Gharchi dans Histoires de la nuit, de Léa Mysius

Un sous-Funny Games

Histoires de la nuit, de Léa Mysius

Le soir de son anniversaire, une femme (Hafsia Herzi) rentre à la maison pour découvrir que trois hommes (Benoît Magimel, Paul Hamy et Alane Delhaye) s’apprêtent à gâcher la petite fête que lui ont préparée son mari (Bastien Bouillon), sa fille (Tawba El Gharchi) et sa voisine (Monica Bellucci). Au cours de cette très longue soirée, bien arrosée et ponctuée de coups en tous genres, seront déterrés de lourds secrets du passé.

Quelle triste façon de terminer le marathon cannois que de visionner ce thriller rural de série B. D’autant qu’Histoires de nuit était l’un des cinq films de la compétition, qui en totalise vingt-deux, réalisés par une femme. N’y avait-il vraiment rien de mieux pour faire rayonner le talent des femmes que ce récit de violation de domicile ?

Adaptation du roman noir éponyme de Laurent Mauvignier, cette première présence en compétition de Léa Mysius (la comédie fantaisiste Les cinq diables) n’impressionne guère, malgré sa distribution cinq étoiles et son atmosphère à couper au couteau. Certes, la cinéaste française maîtrise le genre, mais elle fait pâle figure auprès des Funny Games, de Michael Haneke, Parasite, de Bong Joon-ho, ou La cérémonie, de Claude Chabrol.

Aux frontières de l’ennui

L’aventure rêvée, de Valeska Grisebach

PHOTO FOURNIE PAR KOMPLIZEN FILMS

Yana Radeva dans The Dreamed Adventure, de Valeska Grisebach

Autre grande déception en ce dernier jour de festivités que ce quatrième long métrage de Valeska Grisebach… d’une durée excessive de 2 h 47 ! Neuf ans après avoir présenté Western, son troisième long métrage, à Un certain regard, la cinéaste allemande fait son entrée dans la compétition officielle avec L’aventure rêvée (Das gremaüte Abenteuer).

Campé à Svilengrad, ville du sud de la Bulgarie, près des frontières grecque et turque, ce drame met en scène Veska (solide et solaire Yana Radewa), archéologue, qui retrouve un ami d’enfance, Said (Süleyman Letifow, vu dans Western). Ce dernier lui apprend qu’il souhaite se livrer à la contrebande d’essence. Peu après, Said se fait voler sa voiture. Alors que Veska tente de l’aider à la retrouver, Said disparaît mystérieusement. Avec l’aide d’autres femmes, Veska s’empare de l’essence abandonnée. Ce qui entraînera le courroux des mafieux du coin.

Alors qu’elle illustrait la rivalité entre des ouvriers allemands et des villageois bulgares en jouant avec les codes du western, Valeska Grisebach poursuit dans cette même veine. Or cette fois-ci, ce sont les femmes qui sont mises de l’avant, de même que leur solidarité, leurs rêves, leurs désillusions et leurs traumas.

Écrit en collaboration avec Lisa Bierwirth, le scénario de L’aventure rêvée témoigne avec une volonté réaliste des changements survenus en Bulgarie en 1989. Refaisant équipe avec le directeur photo Bernard Keller et la monteuse Bettina Böhler, Valeska Grisebach signe une mise en scène ample et sans apprêt où les paysages poussiéreux paraissent plus qu’hostiles.

Les frais d’hébergement pour ce reportage ont été payés par le Festival de Cannes, qui n’a eu aucun droit de regard sur celui-ci.

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