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De Montréal à Raleigh | On a rencontré des partisans du Tricolore en Caroline

(Raleigh) Qu’avez-vous fait après le but gagnant d’Alex Newhook, lundi dernier ? Stéphane Émond, lui, a jubilé, comme bien des partisans du Canadien. Puis, il s’est mis en mode planification.


Publié à
5 h 00

« Les gars savaient que je passais les prendre à 3 h 30 pour partir à Plattsburgh. Mais avant, il fallait que je réserve l’avion, les hôtels… »

À 3 h 30, comme dans 3 h 30 du matin. Parce que Stéphane Émond partait de Rimouski, à six heures de route de Plattsburgh. Lui et son ami Frédéric Morin travaillent en restauration, et s’occupent du Shaker, de la Taverne 666 et du Dooly’s.

« Nos employés étaient stand-by, ils le savaient. Si Alex Newhook ne scorait pas, on était au travail le lendemain ! », assure-t-il.

PHOTO JEFFREY T. BARNES, ARCHIVES ASSOCIATED PRESS

Rassemblement autour d’Alex Newhook (15) qui a déclenché l’aventure de Stéphane Émond et Frédéric Morin

Sauf que Newhook a scoré. Le lendemain, ils étaient donc en train de s’amuser, de boire et de manger en Caroline du Nord. Ça a commencé par un concert de Sting mardi, ici à Raleigh, le lendemain à Greensboro pour Electric Callboy, puis jeudi au match Canadien-Hurricanes.

Et le sommeil, dans tout ça ? « Je suis habitué, on travaille dans la restauration ! J’étais fatigué à Sting, ça m’a pris un Red Bull. Avec une couple de bières, ça passe bien. De toute façon, on voit de la route, il fait beau. »

Leur but est de visiter éventuellement tous les amphithéâtres du continent, et les séries sont évidemment le moment par excellence pour le faire. « On fait ça chaque année, c’est notre tradition. Il y en a qui le font pour le Super Bowl. Nous, au Québec, c’est le hockey. Et là, avec le Canadien on commence à être gâtés, on va pouvoir voyager plus et les rondes vont s’étirer. »

« Bienvenue au Centre Bell ! »

Sur 100 mètres carrés, dans le stationnement du Lenovo Center, les partisans du Canadien règnent. Sur un groupe Instagram, ces fervents se sont donné rendez-vous ici, question de partager leur amour pour leur équipe.

Un groupe de jeunes hommes, vêtus de chandails du Tricolore, jouent aux poches. Certains viennent de Montréal, d’autres des États-Unis. Ils ne se connaissaient pas quelques minutes plus tôt et fraternisent maintenant.

PHOTO ÉRIC MARTEL, LA PRESSE

Simon Castonguay, Mathias Lavallée, Anthony Benoit et Thomas Pinard

Quatre vingtenaires sirotent une bière. Leurs visages trahissent une certaine fatigue. Ils sont partis de Montréal à 20 h, la veille du match, en voiture. Ils ne se sont arrêtés qu’une fois sur la route, le temps d’engouffrer un sous-marin. « On a dormi maximum une heure », lâche Mathias Lavallée, avec un large sourire. Ils assisteront au match, puis repartiront vers la maison, le lendemain, vers 9 h.

Le plan initial était d’utiliser la voiture de Mathias, avant que sa suspension ne rende l’âme. Un des quatre amis s’est aussi désisté au dernier instant. Rien pour arrêter nos irréductibles, qui ont loué une voiture, et invité un nouveau comparse.

« On lui a donné le mandat de jaser, pendant que les autres se concentraient à conduire. Ça n’a pas été trop difficile de le convaincre de venir », raconte Anthony Benoit, en riant.

PHOTO ÉRIC MARTEL, LA PRESSE

Match de poches improvisé entre partisans du Canadien avant le match de jeudi au Lenovo Center, à Raleigh

Au milieu des Québécois, quelques Américains, dont Brendan Favreau. Son nom trahit ses origines. Il vient de Rouses Point, dans l’État de New York, à un tir frappé de la frontière canado-américaine. Son grand-père est québécois, mais les générations suivantes sont nées aux États-Unis.

Le Canadien, « c’est de famille. Mes arrière-grands-parents les aimaient, mes grands-parents les aimaient et je pense que mon père me battrait si je ne les aimais pas ! », lance-t-il.

PHOTO FOURNIE PAR BRENDAN FAVREAU

Le garage de Brendan Favreau

Pour les aimer, il les aime. Il n’hésite d’ailleurs pas à afficher ses allégeances à la maison.

Sur son dos, le chandail numéro 31 de Carey Price, son idole. Quand le Tricolore tient un entraînement dans la région, il s’assure d’y assister et de profiter d’une « plus grande proximité » qu’à Montréal. Il se souvient d’ailleurs d’un entraînement il y a une dizaine d’années où il avait rencontré Brendan Gallagher, Michel Therrien et Dustin Tokarski.

Il vit aussi sa passion par l’entremise des ligues de garage. La région ne regorge pas d’arénas comme au Québec, mais il se débrouille. « Je suis gardien, donc on me demande tout le temps et je joue gratuitement partout ! Mais ce n’est pas si mal, beaucoup de patinoires se sont construites par ici. Le sport est en croissance, mais la foule du Centre Bell connaît pas mal plus son hockey qu’ici ! »

PHOTO GUILLAUME LEFRANÇOIS, LA PRESSE

Les partisans du Canadien n’ont pas le monopole des fanions, comme le prouve cette rutilante familiale aux couleurs des Hurricanes voisine d’une Tesla.

Nabil Glenza, Sébastien Parent et son fils Zachary ont quant à eux conduit à partir de la Rive-Sud pour assister au match no 1 de la série. Ils souhaitaient s’offrir de bons billets, et avec la flambée des prix à Montréal, ils ont calculé que même en ajoutant les nuits d’hôtel et l’essence, la virée à Raleigh leur coûterait moins cher qu’une soirée au Centre Bell.

Encore faut-il prendre congé du travail. Sébastien Parent a trouvé l’astuce. Il a devancé un rendez-vous chez un client pour prendre des mesures de fenêtres. Une fois sur place, il remarque que ledit client a tapissé sa maison aux couleurs du Canadien. Il met donc cartes sur table.

« Je lui ai dit que j’avais devancé le rendez-vous pour aller au match en Caroline. Il a éclaté de rire : il trouvait que c’était une bonne raison ! »

En retrait, Amira Hammami et Gabriel Leblanc, vêtus de leur chandail du Canadien, regardent la partie de poches d’un air amusé. Le couple écoutait le duel ultime entre les Sabres et le Canadien lorsqu’il s’est lancé le défi de se rendre à Raleigh, en cas de victoire.

PHOTO ÉRIC MARTEL, LA PRESSE

Amira Hammami et Gabriel Leblanc

Cinq heures plus tard, il filait en direction de la Caroline du Nord. « Après une dizaine d’heures de char, on a commencé à se demander si on avait pris la bonne décision ! avoue Gabriel Leblanc. Mais c’est certain que ça vaudra la peine : c’est la demi-finale. »

Comme bien des partisans de sa génération, Gabriel a connu les années de misère du Canadien.

« J’ai grandi en écoutant Mike Cammalleri et Mike Reilly, le Canadien n’allait nulle part : j’ai grandi dans la misère, lance-t-il, dans une envolée à faire pleurer les plus stoïques. Je me suis toujours demandé si la finale de l’Est allait arriver, alors ça valait la peine de mettre de l’argent là-dessus. »

Dans l’attroupement, un rare participant ne porte pas de chandail du Canadien. Un grand gaillard, souriant, le regard fier.

On peut le comprendre : son fils Zachary Bolduc participera à la première finale d’association de sa carrière. Richard Bolduc a quitté Plessisville avec ses deux amis d’enfance, avant de prendre l’avion de Burlington vers Raleigh.

  • PHOTO ÉRIC MARTEL, LA PRESSE

    Marc Couture et Carl Quirion portent tous deux le chandail de Zachary Bolduc.

  • PHOTO ÉRIC MARTEL, LA PRESSE

    Marc Couture et Carl Quirion portent tous deux le chandail de Zachary Bolduc.

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« On jouait avec Zachary sur les patinoires quand il avait 7 ans. On voyait déjà qu’il avait un grand talent, se rappelle Carl Quirion. On l’a toujours senti hargneux dans tout ce qui était sportif ; même à la pétanque, s’il perdait, il n’était pas content », pouffe-t-il.

PHOTO GUILLAUME LEFRANÇOIS, LA PRESSE

Le partisan au centre de cette photo a fait un peu d’artisanat avec son chandail de Jaroslav Halak.

Ce n’est pas la première fois que le trio assiste aux performances de Bolduc en séries. Il l’a fait lors du tour précédent, à Buffalo, et l’année dernière, à St. Louis. L’expérience a beau se répéter, la fierté demeure entière. Lors des matchs, devant les prouesses de son fils, il arrive que papa Bolduc essuie une larme.

« C’est émouvant de le voir dans le chandail du Canadien, c’est comme une consécration », déclare Carl Quirion.

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