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Un pharmacien ayant des démêlés avec son ordre professionnel s’est bâti un petit empire médical

Dans la mire du conseil de discipline de son ordre professionnel, un pharmacien de Québec s’est bâti un petit empire médical s’étendant de la Capitale-Nationale jusqu’aux banlieues de Montréal.

• À lire aussi : Il versait 500 000 $ par mois pour que des patients soient dirigés vers ses pharmacies

Daniel Vermette a des participations dans une quinzaine de complexes médicaux à Québec, Lévis, Laval et Saint-Constant, en plus de neuf pharmacies et de plusieurs entreprises dans le domaine de la santé.


Le pharmacien Daniel Vermette, à la tête d’un petit empire médical dans la région de Québec


Photo tirée du site web de Groupe Santé Expert

Son réseau a rapidement gagné en importance au cours des dix dernières années. Plusieurs des plus grosses cliniques médicales de Québec ont des liens d’affaires avec lui.


La Polyclinique de la Capitale est une autre propriété de Groupe Santé Expert.


Photo Jean-Philippe Guilbault

Gestion de cliniques

Le pharmacien est notamment à la tête de Gestion Santé Expert (GSE), une entreprise qui gère des cliniques médicales de Québec et de groupes de médecine familiale (GMF).

En 2022, Daniel Vermette et GSE se sont retrouvés au cœur d’un processus disciplinaire de l’Ordre des pharmaciens du Québec.

M. Vermette a alors plaidé coupable à des accusations « d’actes dérogatoires à la dignité de la profession » et « d’avoir illégalement partagé […] ses honoraires et les bénéfices provenant de la vente de médicaments ». (Voir autre texte)

• Écoutez aussi cet épisode balado tiré de l’émission d’Isabelle Maréchal, diffusée sur les plateformes QUB et simultanément sur le 99.5 FM Montréal :

Devant son ordre professionnel

Daniel Vermette fait également partie d’une poignée de pharmaciens au Québec se spécialisant dans les ordonnances de médicaments pour traiter des maladies chroniques ou des cancers et dont les coûts peuvent dépasser le million de dollars.

L’Association des pharmaciens propriétaires du Québec reproche à ces professionnels de recourir à des pratiques anticoncurrentielles à la faveur d’un accès privilégié à la distribution de certains de ces médicaments de spécialité.

M. Vermette et trois autres pharmaciens sont d’ailleurs attendus devant le comité disciplinaire de leur ordre en novembre prochain, puisqu’ils se font reprocher d’« avoir illégalement accepté des avantages relatifs à l’exercice de [leur] profession ».

L’audience, qui était d’abord prévue en avril, a été reportée après une contestation par les avocats des quatre pharmaciens visés. Ils ont demandé — et obtenu — qu’un des membres du conseil de discipline qui devait entendre leur cause se retire en raison de ses liens avec un pharmacien qui avait porté plainte.

Invités à répondre à nos questions, ni Daniel Vermette ni GSE n’ont voulu nous accorder d’entrevue.

Le petit empire médical en bref

  • 15 complexes de santé sous gestion
  • 9 pharmacies et pharmacies de spécialité
  • 6 GMF « accompagnés » par GSE

– Avec la collaboration de Marie-Christine Trottier et Caroline Lepage

Proximité du public et du privé

Les différentes sociétés de Daniel Vermette sont souvent imbriquées les unes dans les autres.

L’entreprise de construction Verlab, dont il est administrateur, aménage des cliniques privées à l’intérieur de complexes médicaux dont il est propriétaire ou gestionnaire.

Même chose pour les cliniques privées Santé Expert — dont GSE est le principal actionnaire — qui, pour la majorité, sont hébergées dans des complexes sous la gestion ou la propriété de Daniel Vermette.


Le Complexe GSE District Santé regroupe plusieurs cliniques privées et est géré par Groupe Santé Expert.


Photo Jean-Philippe Guilbault

Cela crée une proximité entre des GMF publics et des intérêts privés, une situation « extrêmement préoccupante » pour la chercheuse Anne Plourde, de l’Institut de recherche et d’informations socioéconomiques (IRIS).

« Il y a vraiment des enjeux éthiques et de banalisation de la privatisation des services qui découlent de ce genre de modèle d’affaires là », souligne Mme Plourde, qui s’est intéressée à la structure et à la propriété des GMF pour une étude publiée en 2022.

Selon la chercheuse, des patients pourraient être plus facilement tentés de payer pour obtenir des soins normalement couverts par le régime public, mais qui sont difficilement accessibles en raison des trop longs délais.

« Les patients se font encourager en quelque sorte à aller à la porte d’à côté pour payer pour dépasser la file d’attente », explique-t-elle.

Un autre aspect qui inquiète dans le réseau bâti par M. Vermette, selon Anne Plourde, c’est qu’il concentre auprès d’une seule personne le pouvoir de déterminer où seront aménagées de nouvelles cliniques.

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