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Féminicide de Patricia Ferguson en 1996 | Le prédateur sexuel Serge Audette coupable d’homicide involontaire

Trente ans plus tard, justice est enfin rendue pour Patricia Ferguson. Cette jeune mère a été violemment agressée sexuellement avant d’être tuée en 1996. Serge Audette a été reconnu coupable d’homicide involontaire lundi devant la fille de sa victime.


Publié à
11 h 15
Mis à jour à
12 h 56

Le tueur de 72 ans a hoché de la tête en signe de désapprobation, lorsque le juge Denis Galiatsatos l’a déclaré coupable au palais de justice de Montréal. De l’autre côté de la salle, Sabrina Ferugson, la fille de la victime, était en larmes. La jeune femme n’était qu’un bébé quand sa mère est « disparue » sans laisser de traces.

Libre pendant son procès, Serge Audette s’est fait passer les menottes après le verdict à la demande de la Couronne. Le juge Galiatsatos le considère comme trop dangereux pour le public et pour lui-même. Audette traîne l’infâme étiquette de « délinquant dangereux » depuis 1999 pour avoir agressé sexuellement trois femmes.

Il a été libéré il y a quelques années, malgré une rarissime peine à « durée indéterminée »

Le procureur de la Couronne, Me Pierre-Olivier Bolduc, entend demander une peine de prison à vie contre le tueur.

PHOTO JOSIE DESMARAIS, LA PRESSE

Sabrina Ferguson en 2023 au palais de justice de Montréal

Pendant des décennies, le cas de Patricia Ferguson a été traité comme une disparition par les autorités. C’est le documentaire L’appartement 5 de la journaliste Marie-Christine Bergeron, diffusé sur la plateforme Crave, qui a relancé l’enquête policière en 2022. Serge Audette y avouait avoir passé la soirée avec la victime le soir fatidique.

Ce procès était loin d’être gagné d’avance pour la Couronne. Sans le corps de la victime et sans preuve d’ADN, la pente était haute pour prouver hors de tout doute raisonnable la culpabilité de Serge Audette. En 96 pages, le juge est arrivé à cette conclusion en décortiquant la preuve volumineuse de la Couronne.

Un modus operandi « frappant »

Le soir du 6 juin 1996, Patricia Ferguson, 23 ans, passe la soirée chez Serge Audette dans l’est de Montréal. Ils consomment de la cocaïne. La victime laisse son bébé aux soins d’une voisine d’Audette. Or, Patricia ne reviendra jamais chercher sa fille. Cette soirée-là a « mal viré », avouera Audette à un codétenu.

Le lendemain matin, la voisine aperçoit une note manuscrite sur la porte, sur laquelle Patricia Ferguson écrit être allée manger avec sa sœur. Cette note était mensongère. Selon le juge, c’est Serge Audette qui l’a fabriquée pour brouiller les pistes après l’homicide. Il a d’ailleurs sommé la voisine de ne pas donner son nom à la police.

Dans une troublante affaire similaire en 1984, Serge Audette avait forcé une victime, à la pointe du couteau, à écrire un faux message à son conjoint. Il l’avait conduite dans une zone isolée en pleine nuit. « Il m’a dit qu’il avait un gun chez eux et qu’il serait pour venir me tuer », avait témoigné la femme.

Un modus operandi « frappant et unique », a conclu le juge.

Serge Audette était la dernière personne à avoir été vu en présence de Patricia Ferguson, alors qu’elle était vivante. À la journaliste Marie-Christine Bergeron, Serge Audette a avoué avoir consommé de la cocaïne avec la jeune femme ce soir-là.

Toutefois, cela ne suffisait pas à démontrer sa culpabilité.

PHOTO ROBERT SKINNER, LA PRESSE

Serge Audette en 2024

« Ils ne la retrouveront jamais »

La preuve la plus accablante reposait sur les épaules de T. T., un criminel endurci. Ce témoin clé de la Couronne a dénoncé son bon ami Serge Audette après avoir reçu ses aveux en prison en 2022.

Serge Audette lui avait confié que la soirée de juin 1996 avait « mal fini » et que les policiers n’avaient pas de preuve contre lui. « Ils ne la retrouveront jamais », lui a-t-il répété. Serge Audette lui avait dit avoir échangé de la drogue avec la fille contre des faveurs sexuelles, qui n’avaient finalement pas eu lieu.

Le témoin T. T. a ensuite accepté d’enregistrer Serge Audete à son insu. Mais se sachant épié par la police, l’accusé n’a rien ajouté de compromettant. Le juge Galiatsatos a cru le témoignage de T. T, malgré son lourd casier judiciaire. Selon le juge, T. T. n’a rien gagné à dénoncer faussement son ami et à collaborer avec les policiers, bien au contraire.

« Sa collaboration était contre ses propres intérêts », a conclu le juge.

T. T. n’a pas signé de contrat de délateur, n’a pas obtenu de réduction de peine et n’a pas réclamé la récompense de 10 000 $ de Jeunesse au Soleil à laquelle il avait pourtant droit.

« Le Tribunal retient la prétention de T. T. selon laquelle sa motivation découlait du fait qu’après toutes ces années, l’enfant de la victime croyait avoir été abandonné. T. T. se sentait moralement obligé de dénoncer », a affirmé le juge.

Serge Audette n’a pas témoigné pour sa défense

Les observations sur la peine auront lieu en octobre prochain.

Me Pierre-Olivier Bolduc et Me Louis Bouthillier représentent le ministère public, alors que Me Kristina Markovic a défendu le délinquant.

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