Force exceptionnelle, mental à toute épreuve et grosse endurance : le jeu de Moïse Kouame passé au microscope

Depuis ses tout premiers pas à Roland-Garros en 2024, dans le tableau junior où il avait atteint les quarts de finale (avant de s’incliner au 1er tour l’an dernier), on avait une idée du potentiel de Moïse Kouame. Son éclosion en Grand Chelem, cette fois chez les adultes, après deux premiers tours franchis face à Marin Cilic, puis Daniel Vallejo, a mis en lumière des qualités intrinsèques plus que prometteuses que nous détaillons ici.
L’expression est un peu galvaudée mais on ne trouvera pas mieux que « prototype du joueur moderne » pour qualifier le jeu de Kouame. Tout part d’un gros service flashé à 172 km/h de moyenne en première balle contre Daniel Vallejo jeudi et à 188 km/h face à Marin Cilic au 1er tour. « Pour 17 ans, il a une force exceptionnelle, assure son ancien coach Laurent Raymond. On l’a vu claquer des services à 220 km/h (avec une pointe à 222 km/h à 8-8 dans le super tie-break face au Paraguayen). Pourtant, c’est là où il possède une marge de progression colossale, parce qu’il manque encore de précision au service. Mais ça, ça va venir. »
L’entraîneur de Coupe Davis a été bluffé par une qualité de retour « qui a vraiment fait la différence. En fait, c’est ce qui est très important sur ces matches-là et si on regarde bien, Moïse a beaucoup retourné, de près, même de très près, et à chaque fois parfaitement bien. S’il y a un domaine où il m’a le plus impressionné, c’est bien celui-ci. »
Pour le reste, on n’est pas loin de la note maximum. « Il n’a pas vraiment de faiblesse, dit Raymond. Il a un gros coup droit, même si parfois, et c’est dommage, il manque de justesse dans son placement. En revers, il sait décrocher long de ligne. Il en a fait une trentaine contre Vallejo. On le retrouve sur terre comme sur dur. Mais il sait aussi le faire en coup droit, ce qui est bien, même si on l’a moins souvent vu pendant le match. Aujourd’hui, il faut être capable de taper fort, croisé, et de surprendre long de ligne, ce qu’il sait faire des deux côtés. En outre, il a quelque chose qu’il a toujours eu, même étant plus jeune, c’est sa longueur de balle. Ça, c’est très important à haut niveau. Il a toujours une profondeur importante. Sur des terres qui giclent beaucoup comme cette semaine, sa balle avec beaucoup de hauteur est vachement dure à contrôler. Et puis, il est malin dans le jeu. Tout ce qu’il fait est juste. On l’a vu dans toutes les amorties qu’il a glissés, souvent au bon moment, grâce à une très bonne main. »
C’est l’une des leçons tirées par l’encadrement fédéral à l’issue de cette première victoire en cinq sets : Kouame n’est pas du genre à trembler sous le poids des responsabilités ou de l’enjeu. Là où d’autres, plus âgés ou plus chevronnés, auraient desserré l’étreinte en étant menés 5-2 dans une dernière manche irrespirable, ou après avoir vu leur avance dans le super tie-break fondre après avoir mené 6-1, jusqu’à se retrouver à 6-7 contre lui, lui n’a jamais renoncé. Ni à ses principes offensifs, ni à sa manière d’imposer sa force de caractère.
« Il a ce qu’on recherche toujours chez les jeunes, il n’a pas peur et il sait se servir du public », constate Raymond. « Bien évidemment, il a l’insouciance de la jeunesse, ajoute le capitaine de Coupe Davis Paul-Henri Mathieu. Mais émotionnellement, il faut aussi pouvoir le faire. Il a réussi à chaque fois à retrouver son calme pour jouer des coups et des points justes, quand il le fallait. »
« Il est très fort mentalement, synthétise Liam Smith, son coach. Il y a toujours une période de transition quand on passe du statut de jeune joueur issu des juniors ou des tournois de niveau inférieur à celui des grandes compétitions. On y voit beaucoup d’erreurs de débutant, de junior, ou encore des baisses de concentration ou d’intensité. C’est un aspect sur lequel nous avons beaucoup travaillé depuis environ un mois, afin d’améliorer sa capacité à rester plus discipliné et plus concentré. Lors de certains de ses matches en Challenger, il a connu des hauts et des bas. Il a fait un très bon travail pour se concentrer là-dessus. »
Jeudi, PHM a pu observer en détail, pendant près de cinq heures, un joueur dont il ne connaissait finalement pas grand-chose. Comme beaucoup, il a été frappé par des qualités défensives hors du commun. « Il est très bon en bout de course, dit-il. Il arrive à faire des coups assez surprenants, car il a suffisamment de force et de relâchement pour réaccélérer ces balles-là. Il est à la fois rapide, endurant et très souple. Ça fait beaucoup de qualités. »
« Il a une couverture de terrain énorme et il est extrêmement dur à déborder, grâce à ses grands segments et sa souplesse », poursuit Raymond. Comment ne pas penser à Gaël Monfils dans ce profil atypique ? « Je l’ai toujours dit quand je travaillais avec lui, il n’y a qu’un seul Gaël Monfils, tranche Smith. Et on peut affirmer sans se tromper qu’il n’y a qu’un seul Moïse Kouame. Oui, on va trouver des similitudes, mais pour ma part, je n’aime pas comparer. »
Question endurance Kouame a en tout cas montré qu’il marchait sur les traces de son aîné, détenteur du record de victoires en cinq manches à Roland-Garros (12). « J’étais un peu inquiet au début du troisième, parce que j’ai vu qu’il a un peu ralenti, observe Ivan Ljubicic, directeur du haut niveau à la Fédération française de tennis. Il y a alors deux solutions : soit il était déjà cuit, soit il commençait à se préserver. Finalement, on a compris qu’il avait encore de l’énergie pour pousser dans un cinquième set extraordinaire. »
« Physiquement, il a très bien tenu, ce qui n’était pas le cas encore il n’y a pas si longtemps, complète Raymond. C’est une très bonne chose pour un jeune. Il a bien géré ses émotions dans un match où il ne fallait pas se faire surprendre par des crampes de stress ou de fatigue. »




