Comportements racistes | Une équipe de policiers démantelée par le SPVM

La haute direction de la police de Montréal est intervenue vendredi soir pour démanteler une équipe de patrouilleurs de nuit de l’arrondissement de Montréal-Nord, dont des membres sont soupçonnés de comportements racistes répétés et coordonnés, a appris La Presse. Des membres du groupe auraient notamment coupé les cheveux d’hommes appréhendés afin de s’en faire des trophées.
Une quinzaine de policiers sont visés par diverses mesures administratives pour avoir participé directement à des gestes répréhensibles ou pour les avoir tolérés. Certains sont suspendus, d’autres affectés à des tâches administratives sans contacts avec le public ou dispersés dans d’autres unités ailleurs sur le territoire. Plusieurs se sont fait retirer leur arme de service et n’ont plus le droit d’avoir des interactions avec le public.
Il s’agit de jeunes agents de sexe masculin avec quelques années d’expérience, pour la plupart, mais aussi de deux sergents. Ils font partie de la même relève de travail, qui patrouille presque uniquement la nuit, au poste de quartier 39. Ils ont été dénoncés par certains de leurs collègues qui jugeaient leur conduite intolérable, selon des sources bien au fait du dossier qui se sont confiées sous le sceau de la confidentialité, car elles ne sont pas autorisées à parler aux médias.
Selon nos informations, les policiers visés sont notamment soupçonnés d’avoir visé de façon abusive les individus noirs et ceux d’origine arabe dans leurs interventions, sur le territoire très multiculturel où ils étaient affectés. Certains auraient tenu des propos désobligeants teintés de racisme, selon les témoignages recueillis.
Des membres de ce groupe de patrouilleurs auraient par ailleurs coupé les cheveux d’hommes qu’ils avaient appréhendés et auraient collectionné les chevelures, un peu à la manière des « scalps » autrefois prélevés comme trophées de guerre. Encore une fois, certaines communautés culturelles en particulier auraient été visées par ces pratiques, selon les informations fragmentaires dont La Presse a pu prendre connaissance. On ignore pour l’instant le nombre de fois où de tels gestes se seraient produits.
L’une des particularités de ce dossier est qu’il ne semble pas s’agir de dérapages individuels isolés. Toujours selon l’enquête interne et les dénonciations de leurs confrères, des membres de l’équipe visée se seraient mutuellement encouragés à commettre de tels abus et auraient coordonné leurs actions en ce sens.
Selon nos sources, d’autres policiers au sein du poste de quartier ont demandé de changer d’affectation, car ils trouvaient insupportables les gestes et les commentaires des membres de ce groupe.
L’état-major débarque
Vendredi soir, vers 21 h, des dirigeants du Service de police de la Ville de Montréal (SPVM) se sont présentés au poste de quartier 39 pour annoncer que les policiers de l’équipe étaient relevés de leurs fonctions jusqu’à nouvel ordre.
PHOTO DENIS GERMAIN, COLLABORATION SPÉCIALE
La direction du SPVM doit faire le point publiquement sur cette affaire ce vendredi en soirée.
Une enquête a été ouverte sur cette équipe en mars par les enquêteurs des affaires internes du corps policier. Pour l’instant, personne n’est accusé de quoi que ce soit dans ce dossier, mais le Directeur des poursuites criminelles et pénales (DPCP) a déjà été consulté et il n’est pas exclu que des accusations criminelles soient déposées contre certains patrouilleurs à la fin de l’enquête. Des accusations disciplinaires sont aussi prévues.
Il est également possible que certains des policiers suspendus soient exonérés de tout blâme au terme du processus, mais les gestionnaires ont jugé qu’il fallait les retirer de la circulation pour le moment, souligne l’une de nos sources.
La direction du SPVM doit faire le point publiquement sur cette affaire ce vendredi en soirée.
La Presse n’a pas été en mesure vendredi d’obtenir les commentaires des policiers visés et de leur syndicat.
Un quartier éprouvé par le passé
Les relations entre la population et les policiers sur le territoire du poste de quartier 39 ont fait couler beaucoup d’encre au fil des ans.
En 2008, la mort d’un jeune homme de 18 ans, Fredy Villanueva, tué lors d’une intervention policière qui avait dégénéré, avait secoué le secteur de Montréal-Nord couvert par le poste de quartier 39. Une enquête publique du coroner avait ensuite relevé les relations conflictuelles entre certains jeunes du quartier et la police. Le SPVM a ensuite lancé plusieurs initiatives sociocommunautaires dans l’espoir de rebâtir les ponts.
Le poste de quartier 39 est actuellement dans une période de changement de garde : la commandante du poste de quartier, Hélène Mercier, a annoncé son départ à la retraite et deux lieutenantes ont quitté leur poste récemment.
Le directeur du SPVM Fady Dagher, qui a grandi en Côte d’Ivoire dans une famille d’origine libanaise, a raconté à plusieurs reprises qu’il avait lui-même été victime de profilage racial au cours de sa vie, et qu’il est sensible à cet enjeu.
En mars, le corps policier a lancé un plan quinquennal de lutte contre les discriminations et le racisme. « Dans cette optique, je réaffirme avec fermeté que le SPVM ne tolérera aucune forme de discrimination ou de racisme de la part de son personnel, que ce soit entre collègues ou à l’endroit de la population », avait déclaré M. Dagher à cette occasion.
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