News CA

Hospitalisé 42 jours ce printemps | Normand Brathwaite a failli mourir

Non, il ne s’agit pas d’une de ces fausses nouvelles qui inondent les réseaux sociaux à son sujet. Normand Brathwaite a bel et bien failli mourir. Après avoir passé 42 jours à l’hôpital en avril et mai derniers, dont 10 dans le coma, le populaire animateur est enfin prêt à raconter comment son alcoolisme est passé près de l’achever.

Mercredi midi. Pourquoi suis-je assis dans un restaurant de Verdun devant Normand Brathwaite ? Le populaire animateur me tend une feuille sur laquelle se trouve le communiqué qui va être envoyé à tous les médias le lendemain matin, c’est-à-dire ce jeudi.

Parmi les quelques paragraphes, plusieurs mots costauds sautent de la page, dont soins intensifs et acidocétose diabétique avec insuffisance rénale aiguë dans un contexte de troubles liés à l’usage de l’alcool. Aussi : alcoolisme.

Le matin du 14 avril dernier, l’épouse de Normand, Marie-Claude Tétreault, retrouve son mari par terre, au bord du lit, inerte. Une ambulance le transporte de sa maison de Saint-Paul-d’Abbotsford jusqu’à l’hôpital de Granby, puis au CHUS, à Sherbrooke.

Dans l’ambulance, ils ont dit à Marie : “Vous seriez peut-être mieux de lui faire vos adieux, parce qu’on ne sait pas s’il va tougher la run.”

Normand Brathwaite

Quelques instants plus tard, alors que l’homme de 67 ans s’apprêtait à passer de l’autre côté, là d’où on ne revient pas, les soignants demanderont à Marie-Claude si elle souhaite que son mari soit réanimé. Ses reins avaient lâché. Son cœur faisait un solo de batterie, mais en mode free jazz. Son sang avait viré au poison. Ou comme le dit Normand : « Je suis carrément décédé dans l’ambulance. »

Il passera 42 jours à l’hôpital, dont 10 dans le coma.

La maladie de l’alcoolisme

Comment a-t-il atterri dans cet abysse ? Quelques jours plus tôt, en défaisant ses bagages chez lui en Gaspésie, où il a une résidence secondaire, Normand Brathwaite se rend compte qu’il a oublié d’apporter ses médicaments pour le diabète. Il prend la décision, d’une stupéfiante inconscience, de tout simplement s’en passer.

PHOTO DAVID BOILY, LA PRESSE

L’animateur Normand Brathwaite

« J’étais dans une période rough, parce que même si je prends des antidépresseurs depuis des années, tu continues à avoir des creux de vague », explique celui qui a toujours parlé sans euphémisme de ses problèmes de santé mentale. « Et les creux sont encore plus creux à cause de l’alcool, qui est un dépresseur. »

Afin d’aplanir les sinuosités de son humeur, Normand Brathwaite se tourne depuis longtemps vers le vin blanc. Jamais assez pour avoir été complètement ivre sur un plateau, précise-t-il.

Mais suffisamment pour se rendre compte, a posteriori, qu’il pouvait s’envoyer une bouteille, une bouteille et demie de pinard chaque jour. Au verre bu à l’apéro s’ajoutait celui bu devant une série télé, puis devant la fin de la partie de hockey, et pourquoi pas un autre pour oublier que le Canadien n’a pas gagné ?

Attaché à son lit d’hôpital, il a ainsi vite été sous l’emprise des effets abominables du sevrage. Grand lecteur du maître de la littérature fantastique H. P. Lovecraft, Normand dit avoir été en proie à des hallucinations dignes d’un film d’horreur. « Je ne veux même pas les décrire, parce que je ne veux pas les revoir dans ma tête. »

Si bien qu’il n’hésite pas aujourd’hui à employer le mot alcoolisme. Il ne s’enfilait plus depuis longtemps bière, vin et scotch, comme à l’époque où il s’est fait intercepter sur le pont Jacques-Cartier, en février 1990, avec un taux d’alcool qui dépassait la limite permise.

PHOTO DOMINICK GRAVEL, ARCHIVES LA PRESSE

Normand Brathwaite sur le plateau de Belle et Bum, en 2023

Mais son verre de blanc, après Belle et Bum, ou à la fin de n’importe quelle journée, c’était sa récompense.

« Je n’ai plus peur du mot alcoolisme, non. Premièrement parce que je fais de la thérapie et qu’on te dit tout de suite que c’est une maladie. Quand tu comprends ça, tu ne te sens plus coupable. Et deuxièmement parce que je sais que le vrai problème, ce n’est pas juste la substance. C’est surtout tes autres problèmes. »

L’esclavage de l’alcool

Ses autres problèmes ? Normand en est à les identifier. Mais quand il a cessé de prendre sa médication pour son diabète, s’agissait-il d’un appel à l’aide ? Lui-même ne le sait pas.

Je n’étais pas suicidaire, mais peut-être écœuré de l’esclavage de l’alcool. Peut-être qu’inconsciemment, je savais qu’il fallait que je me rende là, pour arrêter.

Normand Brathwaite

La chambre de Normand, à l’hôpital, n’était munie que d’une minuscule télé. « Et durant une de ses visites, mon fils a dit à Marie-Claude : “Une chance qu’il est dans le coma, il est tellement habitué aux écrans 80 pouces, il n’endurerait pas ça.” »

Et c’est là, en racontant cette boutade de son garçon Edouard, que Normand craque et se met à pleurer au point de ne plus pouvoir parler.

PHOTO FRANÇOIS ROY, ARCHIVES LA PRESSE

Normand Brathwaite au Gala des Gémeaux, en 2006

Je le laisse reprendre ses esprits et lui fais remarquer qu’on ne l’a pas vu aussi fragile depuis l’hommage que le Gala des Gémeaux lui a rendu en 2006. C’est ce soir-là qu’il a pour la première fois évoqué ses problèmes de santé mentale.

« Mon fils fait beaucoup de jokes, parce que c’est un hypersensible, comme moi. Mais je ne veux pas que les jokes deviennent une armure. C’est pour ça que je parle en thérapie de ma peur du rejet, de mon incapacité à gérer des conflits. Je sais que je ne suis bien que lorsque je travaille et lorsque je fais l’amour. »

N’est-ce pas un problème, ça ? « Être bien en faisant l’amour, non », répond-il avec ce sens du punch grâce auquel il est devenu qui il est. « Mais d’être bien juste quand la lumière rouge s’allume, ça, oui, c’en est un. »

L’oreille intacte

Selon ses médecins, Normand ne devrait pas garder de séquelles des derniers mois, même s’il a complètement dû réapprendre à marcher. À cause de l’intubation, sourire est encore douloureux, sauf quand il entend une toune qu’il aime. Il sera d’ailleurs de retour à l’animation de Belle et Bum l’hiver prochain.

Un jour, durant son hospitalisation, une harpiste lui a rendu visite dans sa chambre. « Et quand elle a fini de jouer, j’ai dit : “C’est Ain’t Misbehavin’, ça, han ?” » Un classique swing de 1929, composé par Fats Waller. « Quand elle m’a répondu que oui, sacrament que j’étais soulagé. Je n’avais pas perdu mon oreille. C’est là, je pense, que j’ai compris que c’était le début du plus beau boutte de ma vie. »

Related Articles

Leave a Reply

Your email address will not be published. Required fields are marked *

Back to top button