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Conflit au Moyen-Orient | Le guide suprême iranien dit avoir approuvé l’accord avec Washington malgré des réserves

(Washington) Le guide suprême iranien, Mojtaba Khamenei, a avalisé jeudi, tout en faisant part de réserves, le protocole d’accord signé dans la nuit par Washington et Téhéran pour mettre fin au conflit régional, les États-Unis annonçant de leur côté la levée de leur blocus naval contre l’Iran.  

Publié à
6 h 16

Mis à jour à
16 h 11

Danny KEMP avec Stuart WILLIAMS à Genève, Aurélia END à Zurich et l’équipe de Téhéran

Agence France-Presse

Dans sa première réaction à la signature, l’ayatollah a déclaré dans un message écrit avoir approuvé l’accord malgré une « opinion différente » sur la question, sans plus de détails.  

« Il est évident que les négociations en face-à-face qui se tiendront à l’avenir ne présagent pas de l’acceptation du point de vue de l’ennemi », a souligné ce dirigeant, qui n’a pas été vu en public depuis son entrée en fonction en mars.  

Donald Trump et son vice-président J.D. Vance ont eux crié « victoire » face à l’Iran, malgré les nombreuses critiques d’un accord jugé trop favorable à Téhéran par leurs opposants, mais aussi plusieurs élus conservateurs.  

L’incertitude demeure quant au lancement, au départ prévu vendredi en Suisse, des tractations prévues par le protocole en vue d’un accord final, d’une durée – prolongeable – de 60 jours.  

M. Vance a affirmé que ce délai courait à partir de jeudi et affirmé qu’il pourrait se rendre « ce week-end » en Suisse. « Mais cela pourrait changer parce qu’il n’est pas facile d’avoir des réponses d’un pays comme l’Iran ».  

Ces négociations doivent être centrées sur le programme nucléaire iranien, après l’accord-cadre mettant un terme au conflit déclenché le 28 février par les États-Unis et Israël, qui a fait des milliers de morts, essentiellement en Iran et au Liban, et secoué l’économie mondiale.  

Reprise du trafic maritime

Dans l’attente, le trafic reprend dans le détroit d’Ormuz, passage stratégique pour le commerce mondial des hydrocarbures, doublement verrouillé par l’Iran depuis le début de la guerre et le blocus américain.  

Les forces américaines « ont laissé plus d’une douzaine de bateaux passer », a affirmé J.D. Vance.  

La télévision d’État iranienne, citant un communiqué du Conseil suprême de sécurité nationale du pays, a annoncé que les navires souhaitant traverser le détroit d’Ormuz devront soumettre leur demande à un nouvel organisme gouvernemental chargé de superviser cette voie navigable.  

Conformément aux termes du protocole, « aucun frais » ne sera perçu « pendant une période de 60 jours », a-t-elle rappelé.  

« On a quand même le sentiment qu’aujourd’hui les Américains […] ne veulent qu’une seule chose, c’est la réouverture du détroit d’Ormuz et que les autres questions mises en avant pour justifier cette guerre ne sont plus du tout d’actualité », analyse pour l’AFP Agnès Levallois, présidente de l’Institut de Recherche et d’Études Méditerranée Moyen-Orient.

Le président américain, qui a signé le protocole d’accord au château de Versailles, en France, s’est félicité des « prix du pétrole en baisse ». « C’est un succès », a-t-il écrit sur son réseau Truth Social.  

CAPTURE D’ÉCRAN TIRÉE DE TRUTH SOCIAL

Les Bourses mondiales ont profité jeudi d’une nouvelle baisse des prix du pétrole, qui se rapprochent de leur niveau d’avant-guerre.  

Mais la presse américaine est très sévère, fustigeant un accord-cadre offrant à l’Iran d’énormes avantages financiers, sans exiger le démantèlement de son infrastructure nucléaire.  

Les États-Unis s’engagent, en cas d’accord définitif, à faciliter « avec leurs partenaires régionaux », notamment du Golfe, le déblocage d’un fonds de 300 milliards de dollars pour la reconstruction et le développement économique de l’Iran, sans que cela implique une quelconque participation financière américaine.

« Iran puissant »

Côté iranien, le protocole d’accord a été signé par le président Massoud Pezeshkian qui a salué un document « historique » émanant d’un « Iran puissant ». Il « acte l’échec des États-Unis », a commenté le principal négociateur iranien, Mohammad Bagher Ghalibaf.

MONTAGE AGENCE FRANCE-PRESSE, PHOTOS TIRÉES DES RÉSEAUX SOCIAUX ET FOURNIE PAR L’IRINN

Ce montage de photos montre une capture d’écran montrant le président américain Donald Trump lors de la signature d’un accord avec l’Iran et une capture d’écran montrant le président iranien Massoud Pezeshkian tenant un document présentant le protocole d’accord qu’il a signé pour mettre fin à la guerre au Moyen-Orient.

Téhéran peut de fait se féliciter d’avoir obtenu la promesse d’un déblocage de ses avoirs gelés à l’étranger et de la suspension des sanctions américaines sur la vente de pétrole iranien dès la mise en œuvre du protocole.

Mais à Téhéran, Mina, une psychologue de 54 ans, doute que l’accord soit « durable ». « Peut-être qu’après les 60 jours, les hostilités reprendront », dit-elle, interrogée depuis Paris par l’AFP.  

Malgré l’apaisement, « le combat n’est pas terminé », a déclaré de son côté jeudi le premier ministre israélien Benyamin Nétanyahou, « d’autres défis nous attendent ».

Sans commenter directement l’accord, vivement critiqué en Israël y compris au sein du gouvernement, il a appelé à préserver la « relation vitale » avec les États-Unis.  

« Si j’étais au gouvernement israélien, peut-être que je n’attaquerais pas le seul allié puissant qui me reste sur la planète », a tancé J.D. Vance, appelant les contempteurs israéliens des décisions américaines « à prendre conscience de la réalité ».  

M. Nétanyahou n’en a pas moins réaffirmé que les forces israéliennes resteraient dans le sud du Liban et y conserveraient une « zone de sécurité », et ce « tant que les besoins sécuritaires l’exigeront », alors que le protocole d’accord prévoit « une cessation immédiate et permanente des opérations militaires sur tous les fronts, y compris au Liban ».  

PHOTO HASSAN AMMAR, ASSOCIATED PRESS

Les décombres laissés par des frappes israéliennes à Tyr, dans le sud du Liban

Depuis l’annonce de sa conclusion, lundi, Israël a poursuivi ses frappes sur le pays voisin contre le Hezbollah pro-iranien, faisant huit morts, dont trois jeudi.  

Le groupe chiite a annoncé en fin d’après-midi des affrontements entre ses combattants et une unité de l’armée israélienne dans le sud du Liban.

Le chef du Hezbollah, Naïm Kassem, a lui appelé à « tirer profit » du protocole d’accord pour « expulser Israël » du territoire libanais.  

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