Repêchage 2026 : Une pizza qui mène à la LNH pour Ignatavicius

Son père a rapidement compris que le basketball venait de tomber aux oubliettes. Mais encore fallait-il trouver un moyen de disputer du hockey compétitif, ce qui n’allait pas être possible en Lituanie. Le pays est classé au 25e rang mondial et ne compte que 10 patinoires aux grandeurs de l’IIHF et environ 1500 joueurs.
C’est lors d’un tournoi en Russie à l’âge de 11 ans qu’Ignatavicius a été découvert par le Québécois Doug Boulanger, qui était alors l’entraîneur de l’équipe nationale junior de la Lituanie. Celui-ci l’a invité à un camp en Suisse, où Ignatavicius a attiré l’œil du programme de développement de Genève-Servette, qui lui a finalement fait une place.
« Je suis parti tout seul à 12 ans en Suisse, à Genève, et j’ai habité trois ans en famille d’accueil avant que mes parents viennent me rejoindre, a raconté Ignatavicius. Si j’étais resté en Lituanie pour faire mon développement, je pense que je ne jouerais même plus au hockey. »
Un cheval à son affaire
Retour à notre époque. Cette saison, Ignatavicius a amorcé la saison dans la National League, un fait d’armes peu commun pour un joueur de 17 ans, en particulier avec une organisation de pointe comme Genève-Servette. Son temps de jeu était toutefois très restreint sous les ordres de l’entraîneur Yorick Treille. Toutefois, la promotion de l’ancien de la LNH Ville Peltonen à la barre de l’équipe au début du mois d’octobre a grandement aidé le jeune attaquant, qui a amassé trois points à ses trois premiers matchs.
« Ce n’est plus le même joueur entre le début et la fin de la saison », a souligné l’attaquant québécois Marc-Antoine Pouliot, qui vient de conclure un passage de cinq saisons à Genève. « C’est le genre de gars qui travaille et qui veut mettre toutes les chances de son côté. Ce n’est pas un gars qui se laisse aller ou qui veut aller faire le party. Il est vraiment concentré.
« Il a la génétique de son côté. J’ai joué 80 % de l’année avec lui et j’ai vraiment aimé ça. C’est facile de jouer avec lui, il accepte d’être ‘coaché’. Jouer à l’aile droite ou à l’aile gauche, ça ne le dérangeait pas. C’est vraiment un joueur polyvalent. »
Peltonen n’a que de bons mots à dire à propos d’Ignatavicius, soulignant à gros trait son éthique de travail, mais aussi son humilité, ce qui lui a permis d’être rapidement adopté par ses coéquipiers.
« C’est un bon jeune qui sait ce qu’il doit faire pour s’améliorer, et son humilité est une clé de son succès, a expliqué l’ancien des Panthers de la Floride, qui dirigera le HC Ajoie en National League la saison prochaine. « Lors des rencontres de fin de saison, je n’ai pas reçu de message comme quoi ses parents ou son agent voulaient me parler. Habituellement, avec un jeune joueur, ces gens veulent me rencontrer. Eh bien, c’est moi qui souhaitais rencontrer ses parents, parce qu’ils ont fait un si bon travail avec lui! »
Ignatavicius a finalement conclu la saison avec 16 points (neuf buts, sept passes) en 63 matchs avec Genève-Servette, saison et séries combinées. C’est toutefois un passage dans la Swiss League, la deuxième division du pays, en milieu de saison, qui a attiré l’attention des nombreux dépisteurs s’étant déplacés pour le voir jouer avec le HC Turgau, à l’autre bout du pays. Il a terminé cette excursion avec sept buts et 11 points en huit parties.
« Ç’a été un tremplin (pour la suite de la saison), a-t-il expliqué. Avec la pause olympique, Genève n’allait pas jouer pendant trois ou quatre semaines. Pour moi, c’était beaucoup trop, surtout à mon année de repêchage. Je devais jouer. »
Pouliot estime que Ignatavicius est revenu transformé de ce prêt, avec encore plus de confiance en ses habiletés et une compréhension plus pointue de ce qui allait lui permettre de connaître du succès.
« C’est un gars qui va bûcher le long des bandes, a expliqué Pouliot. Son style de jeu est puissant. C’est un cheval! Il est fort. Il travaille encore là-dessus, et c’est un gars qui peut encore prendre de la maturité physiquement. Mais pour un gars de 17 ans, il est en haut de la moyenne. Il n’y en a pas beaucoup des plus gros et plus forts que lui. »
Ignatavicius a déjà ciblé quelques éléments de son jeu qu’il veut peaufiner cet été, dont la vitesse de ses premières enjambées. Il a aussi hâte au jour où il pourra découvrir les petites patinoires nord-américaines, surtout qu’il semble taillé sur mesure pour le hockey des séries éliminatoires de la Coupe Stanley.
« Il a un style nord-sud et peut attaquer avec beaucoup de vitesse et en puissance plutôt qu’en finesse, a analysé le directeur européen du Bureau central de dépistage, Jukka-Pekka Vuorinen. Son coffre à outils est bien garni et il affiche de la maturité dans son jeu. Sa fiabilité dans les deux sens de la patinoire va également générer de l’intérêt dans la LNH. »
Les astres semblent alignés afin qu’Ignatavicius devienne le troisième joueur ayant grandi en Lituanie à être repêché dans la LNH après Darius Kasparatis en 1992 et Danius Zubrus, l’actuel président de la fédération de hockey du pays, en 1996.
Avec un peu de chance, les prochains joueurs qui auront droit au même honneur n’auront pas découvert le hockey en mangeant une pizza, mais plutôt en regardant les exploits d’Ignatavicius à la télévision.




