News CA

Malgré l’opposition des parents | Une juge permet des transfusions sanguines à un bébé de Témoins de Jéhovah

(Québec) Une juge vient de trancher : des médecins pourront faire des transfusions sanguines à un bébé grand prématuré malgré l’opposition de ses parents. Les deux Témoins de Jéhovah refusaient catégoriquement le traitement, même si la petite fille, intubée et sous respirateur, risquait de mourir.

Le bébé « extrêmement prématuré » est né à 26 semaines et 1 jour de grossesse, soit environ trois mois et demi avant le terme.

Intubée et sous respirateur, la petite fille est alimentée par intraveineuse. Elle est si petite qu’elle n’a pas la capacité de régénérer suffisamment de globules rouges. Elle demeure à grand risque d’anémie, précise le jugement de la Cour supérieure rendu le 25 juin.

Le CHU de Québec–Université Laval a informé les parents des risques que courait le nouveau-né.

« Dans ces cas, en l’absence d’une transfusion de produits sanguins, l’enfant peut subir des dommages irréversibles ou même en mourir », résume la juge Isabelle Breton.

Les équipes soignantes ont expliqué dans le détail pourquoi une transfusion sanguine pourrait être nécessaire en dernier recours. Sans ce traitement, le taux d’hémoglobine de la petite fille risquerait de tomber sous le seuil qui lui permet d’assurer ses fonctions cardiaque et neurologique. Elle est même à risque de saignements au cerveau et aux poumons.

En plus d’être une grande prématurée, la petite fille souffre d’une cardiopathie, ce qui la met encore plus en danger de complications.

« Bien qu’ils soient conscients des risques, les parents refusent de consentir aux transfusions sanguines, indique la juge. Leur refus est fondé par leurs croyances religieuses sincères. Ils ne veulent pas aller à l’encontre de celles-ci. »

Les parents sont Témoins de Jéhovah. Ce mouvement qui se réclame du christianisme rejette la transfusion sanguine. Ses adeptes fondent cette posture sur leur interprétation de certains versets bibliques.

Toujours est-il que cette opposition dogmatique a souvent obligé les tribunaux à intervenir. En août 2022, la Cour supérieure avait aussi permis aux médecins de transfuser le bébé prématuré de Témoins de Jéhovah.

La Cour suprême a même dû rendre un jugement dans un cas similaire qui touchait lui aussi le bébé prématuré de Témoins de Jéhovah. Dans sa décision de 1995, le plus haut tribunal au pays notait que la liberté religieuse n’était pas absolue.

« Nous sommes d’avis que le droit à la liberté […] ne comprend pas un droit des parents de refuser à leur enfant un traitement médical jugé nécessaire par un professionnel de la santé », écrivait la Cour suprême.

Une décision rendue en urgence

La juge Isabelle Breton cite d’ailleurs cette décision. La magistrate a dû agir en urgence. Le CHU de Québec–Université Laval a demandé l’intervention de la Cour le 25 juin, soit jeudi dernier. La requête a été entendue le même jour. La juge s’est rangée du côté des autorités médicales.

« Bien que les parents aient le droit d’éduquer leurs enfants selon leurs croyances religieuses et qu’ils aient […] le pouvoir de consentir ou non à des traitements médicaux, le droit à la liberté ne comprend pas celui de refuser à leurs enfants un traitement médical jugé nécessaire et pour lequel il n’existe aucune autre solution », écrit la juge.

Celle-ci a donc rendu une ordonnance pour permettre aux médecins d’utiliser la transfusion sanguine, si besoin est, durant les quatre prochains mois. L’ordonnance en question est exécutoire, ce qui signifie qu’elle tiendrait même durant un éventuel processus d’appel des parents.

« Si le présent jugement n’était pas immédiatement exécutoire et que l’enfant devait dans l’intervalle d’un processus d’appel, explique la juge, nécessiter une transfusion, elle serait exposée à un risque de préjudice sérieux ou irréparable, puisque sa survie serait en jeu. »

Related Articles

Leave a Reply

Your email address will not be published. Required fields are marked *

Back to top button