Elle aurait humilié une témoin | Une juge devant le Conseil de la magistrature pour la troisième fois en deux ans

Deux mois après avoir été réprimandée, la juge Joëlle Roy se retrouve devant le Conseil de la magistrature pour une troisième fois. On lui reproche d’avoir tenu des propos « dévalorisants ou humiliants » à une jeune témoin, qui avait été ébranlée au point de saigner du nez.
Le nom de la juge Roy est caviardé dans la décision rendue publique jeudi par le Conseil de la magistrature du Québec. Depuis un an, le Conseil accorde l’anonymat aux juges visés par une enquête déontologique, jusqu’à la tenue de la première audience. Les faits relatés correspondent cependant à ceux rapportés par La Presse en 2024.
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En avril dernier, la juge Roy a été réprimandée par le Conseil de la magistrature pour avoir mené pendant des mois une chasse aux sources journalistiques de La Presse. Elle a aussi été réprimandée en 2024, alors qu’elle s’était comparée à une victime, à la suite d’une chronique de La Presse.
C’est le procès de Mohamed Louchahi qui a été le théâtre de la troisième plainte. L’homme de 35 ans était accusé d’avoir été le proxénète d’une élève du secondaire et d’une jeune femme. Il a été acquitté par la juge Roy l’hiver dernier dans une décision cinglante envers les plaignantes. La Couronne a porté le jugement en appel.
PHOTO ROBERT SKINNER, ARCHIVES LA PRESSE
Mohamed Louchahi a fait le signe de la victoire à la suite de son acquittement en février 2026.
Au procès, Danika* a raconté s’être prostitué au bénéfice de l’accusé en 2019, alors qu’elle avait 16 ans. « C’est mon pimp. C’est lui qui me vend », a-t-elle dit. Son témoignage a duré quatre jours. La juge Roy n’a pas apprécié le comportement de la plaignante pendant le long contre-interrogatoire.
« Vous répondez n’importe quoi depuis 10-15 minutes. Vous répondez pour répondre », lui a reproché la juge.
Danika a raconté plus tard s’être mise à saigner du nez « avec des larmes » après l’audience, car elle pensait avoir « offusqué » la juge.
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Selon le Conseil de la magistrature, le commentaire de la juge Roy paraît « aller au-delà de ce qui était nécessaire pour recadrer la témoin ».
« Dans le contexte d’un témoignage donné par une témoin vulnérable relativement à des allégations de proxénétisme et d’exploitation sexuelle, ces propos peuvent objectivement être perçus comme dévalorisants ou humiliants », conclut le Conseil.
Après la publication d’un article de La Presse sur cet incident, la juge s’est adressée à Danika pendant le procès.
« Contrairement… Je n’ai pas été cavalière avec vous. Je n’ai pas été cavalière. Je n’ai pas été dure. Je n’ai pas été rude. Et je ne vous ai pas répondu sèchement. Tout le monde sait de quoi on parle. Mais ceci n’est pas arrivé », a lancé la juge Roy à la plaignante.
Le lendemain, la juge a réitéré n’avoir été ni « cavalière » ni « sèche » envers la plaignante.
Le Conseil de la magistrature est préoccupé par la « forme et l’ampleur » de l’intervention de la juge Roy.
« Cette intervention soulève une question sérieuse de réserve et de sérénité. Devant une témoin qui venait d’exprimer sa détresse et son impression d’avoir offensé la juge, le fait que celle-ci évalue et justifie sa propre conduite risquait de déplacer l’objet de l’échange, d’accentuer le malaise de la témoin et de lui donner l’impression qu’elle devait accueillir ou accepter les explications de la juge plutôt que de simplement poursuivre son témoignage », analyse le Conseil.
La juge Roy maintient avoir fait preuve de rigueur et de professionnalisme dans un procès « complexe et tendu ». « Elle affirme avoir cherché à rassurer les témoins plaignantes, à leur expliquer certaines règles et à recadrer les réponses lorsque cela était nécessaire à la recherche de la vérité », indique la décision.
Une enquête sera donc menée pour faire la lumière sur cette affaire. Une audience aura lieu dans les prochains mois.
La juge Roy n’a pas ailleurs été vue au palais de justice de Montréal depuis plusieurs semaines.




