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Afrique du Sud 0 – Canada 1 | Stephen Eustáquio propulse le Canada en huitièmes de finale

(Los Angeles) La tension était palpable. On la sentait dans les mouvements des joueurs. Dans les visages au banc, dont celui de Jesse Marsch. La respiration des partisans, même les plus neutres à Los Angeles, on la devinait saccadée.

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Puis, après 91 minutes crispées, Jacob Shaffelburg a envoyé un ballon dans la surface. Sans fla-fla, enfin. Stephen Eustáquio s’est retrouvé avec le cuir, mal dégagé par la défense sud-africaine. À un endroit parfait, à l’orée de la boîte. C’est comme si la mer s’était séparée en deux devant lui. Sa frappe, parfaite, est allée se loger dans le coin gauche du filet.

« En prenant mon tir, j’ai senti que tous les joueurs de l’équipe le frappaient avec moi », a lancé Eustáquio, en zone mixte.

1-0, le Canada. Et l’euphorie, autant que le « soulagement ». « J’étais content de ne pas avoir à jouer un autre 30 minutes ! », a blagué Alistair Johnston, encore une fois excellent dimanche.

PHOTO MARK J. TERRILL, ASSOCIATED PRESS

Stephen Eustáquio (7) a déjoué le gardien de l’Afrique du Sud, Ronwen Williams (1), à la 92e minute de jeu.

« C’est un moment de magie, ajoute le latéral. Il y a quelque chose qui s’empare de tout votre corps. Tu vois Steph s’élancer en courant et toute l’équipe sprinter derrière lui. C’est l’un de ces moments où vous n’oublierez jamais où vous étiez. »

« Je ne savais pas où il s’en allait au début ! a raconté Luc de Fougerolles. Je ne faisais que courir après lui ! C’était probablement le meilleur sentiment de ma vie, pour être honnête. »

Eustáquio, ce leader incontesté de cette équipe canadienne, qui la sauve de la perspective de la prolongation. Ou pire, des tirs de barrage, ce qui était visiblement le souhait d’une Afrique du Sud qui n’avait aucunement envie de jouer.

Le rassemblement des joueurs au centre du terrain, auquel même Ismaël Koné a participé, témoignait d’un relâchement de toute cette tension. Jesse Marsch s’est même joint à la fête.

Le Canada est en huitièmes de finale de la Coupe du monde. Il se dirigera maintenant vers Houston pour un affrontement le 4 juillet prochain face au vainqueur entre les Pays-Bas et le Maroc.

« Vous êtes des héros du Canada », a martelé Marsch à ses joueurs sur le terrain après la victoire, des images et des paroles retransmises par les diffuseurs.

PHOTO MATTHEW CHILDS, REUTERS

En béquilles, Ismaël Koné a célébré avec l’équipe canadienne.

« Des héros du Canada, pour les futurs enfants de ce pays qui vont jouer à ce sport. Ce sport a un énorme avenir, grâce à vous. »

Lacunes techniques

Le moment a été épique pour les Canadiens. Mais tout ce qui l’avait précédé, pas mal moins.

Les Rouges ont dû trimer dur devant cette équipe sud-africaine, venue pour défendre et attendre la fin du chrono. Le gardien Ronwen Williams a été hué du début à la fin du match en raison de ses longues, très longues remises en jeu. Il a été le symbole de l’antijeu des Bafana Bafana. Mais aussi le signe que le Canada avait un très bon soutien de la foule de 69 237 personnes à Los Angeles.

« C’était un match très difficile, a noté Liam Millar. C’est une bonne équipe. […] Ils sont très agressifs et gagnent beaucoup de duels. »

De son côté, le Canada a longtemps joué avec le feu. Il a eu de la difficulté à enchaîner ses passes. Ses rares occasions ont été ratées de peu, comme celle de Derek Cornelius de la tête en fin de première demie. Jonathan David a été majoritairement invisible.

« Il y a eu des petits moments où on aurait pu être plus propres [techniquement] », a souligné Tani Oluwaseyi, qui avait fière allure en zone mixte avec ses lunettes fumées et son casque d’écoute. « Mais en général, nous avons été menaçants tout le match. »

Eustáquio, le « moteur »

Et oui, le match a pris une autre tournure lorsqu’Alphonso Davies est entré, à la 75e minute. Pendant une dizaine de minutes, le terrain a semblé pencher de son côté, comme une table de billard qui manque de planéité.

Vous l’avez vu quand il est entré. Ça nous a donné un élan. Il est l’un des meilleurs joueurs à sa position dans le monde. C’est notre capitaine.

Luc de Fougerolles

Mais Davies a ensuite lui-même voulu trop en faire, avec des passements de jambes inutiles. Et surtout, plus frustrants qu’autre chose, alors que la prolongation approchait.

PHOTO DANIEL COLE, REUTERS

Le capitaine Alphonso Davies est entré en jeu à la 75e minute

C’est finalement le jeu direct forcé par Shaffelburg menant au but d’Eustáquio qui a permis au Canada de s’en sortir avec une victoire méritée, mais durement gagnée.

« Steph a joué un match incroyable, a soumis Millar. Il méritait ce moment. »

C’est notre moteur. Il travaille tellement fort sur le terrain. Nous sommes absolument ravis que ce soit lui avec le but.

Tani Oluwaseyi

Parlez-en à Moïse Bombito.

« C’était la fête ! a-t-il lancé tout sourire en zone mixte. On était tous très contents. Moi, j’ai sauté, j’ai donné je ne sais pas combien de bisous. C’est un sentiment exceptionnel. »

Il n’est probablement pas le seul à l’avoir ressenti, ce « sentiment exceptionnel », n’est-ce pas ?

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