News CA

Malformation, préjugés : Saibari, quelle trajectoire !

Il faut bien l’avouer : quand le Bayern Munich choisit un joueur, à part peut-être de rares exceptions, c’est que celui-ci est un élément d’une classe à part, prêt pour le très haut niveau. Après cette Coupe du Monde, Ismael Saibari quittera le PSV Eindhoven pour rejoindre la Bavière et les troupes de Vincent Kompany pour, à 25 ans, lancer véritablement sa carrière à très haut niveau.

On pourrait presque dire “enfin”, tant le talent de l’international marocain s’est révélé depuis un moment, notamment avec le Maroc. Mais au niveau européen, il était peut-être encore sous les radars en Eredivisie, aux Pays-Bas. “Il a été nommé meilleur joueur d’Eredivisie cette saison, ça veut dire quelque chose, remarque Issame Charai, son ancien sélectionneur chez les U23 du Maroc. Il a déjà confirmé, ce n’est pas seulement un talent. C’était ça qu’on attendait : cette consistance sur plusieurs matches. C’est ce qu’il a fait. Et il continue ça avec l’équipe nationale.”

Des Pays-Bas qu’il affronte la nuit prochaine avec les Lions de l’Atlas pour l’énorme choc de ces seizièmes de finale de la Coupe du Monde. Déjà que de nombreux supporters du PSV Eindhoven doivent regretter son départ pour près de 60 millions d’euros au Bayern, si en plus Saibari élimine les Oranje, ça pourrait faire beaucoup.

Car Saibari sera le danger numéro 1 pour les Pays-Bas. Au premier tour, dans ce groupe C où les troupes de Mohamed Ouahbi ont engrangé sept points face au Brésil, l’Ecosse et Haïti, Saibari a marqué à chaque match. Jamais un joueur africain n’avait réussi cette prouesse dans l’histoire du Mondial. Positionné en numéro 9, bien plus haut qu’en club où il évolue dans le cœur du jeu, il a totalement répondu aux attentes et a mis une nouvelle fois en avant ses aptitudes en ce qui concerne l’extrême polyvalence dans son jeu.

“Ce n’est pas un pur 9, ni un pur ailier, ni un pur numéro 10, sourit Charai face à cette polyvalence… C’est un joueur exceptionnel. Trois matches, trois buts, c’est magnifique ! Il joue très bien son rôle de faux 9. Avec les U23 du Maroc, il pouvait déjà évoluer de cette manière, un peu côté droit, mais il rentrait beaucoup dans l’axe. C’est un joueur exceptionnel mais pas toujours utilisé de la bonne manière. La meilleure, c’est qu’il ait un peu plus de liberté offensive, de bouger partout. Avec des joueurs autour de lui qui s’adaptent.”

Le terrible diagnostic du corps médical

On ose imaginer à quel point Saibari sera motivé pour ce match face aux Pays-Bas, avec toute la symbolique personnelle qui l’entoure. Car les Pays-Bas, c’est là où il a terminé sa formation, quand le PSV le fait venir en 2020. Là où il a tout connu depuis avec le mythique club d’Eindhoven : trois titres de champion, deux coupes nationales et trois supercoupes, un titre de MVP du championnat cette saison, une belle expérience en Ligue des Champions (24 matchs, 7 buts)… Le tout, avec Peter Bosz, l’ancien entraîneur de l’OL, comme un des éléments de sa réussite.

L’entraîneur du PSV a toujours compté sur lui et ne lui a fait aucun cadeau. Exemple, l’année dernière, quand Saibari disparaissait de la feuille de match pour un huitième de finale retour de Ligue des Champions face à Arsenal. Bosz avait avoué des problèmes récurrents de retard du côté de son joueur, et donc une sanction. “Il était encore en retard, pestait Bosz. Pas pour la première fois, ni même la cinquième. À un moment donné, cela doit cesser.”

La France ultra-favorite ? “On est peut-être à l’aube d’une révolution côté offensif”

Video credit: Eurosport

Six ans de présence au PSV l’ont forgé et ont définitivement fait basculer un destin qui était loin d’être écrit d’avance. Né en Espagne, à Terrassa, au nord de Barcelone, Ismael Saibari avait été diagnostiqué d’une malformation congénitale. Avec une conséquence terrible : impossible de se tenir sur ses deux jambes sans assistance. Au point que le corps médical explique à ses parents qu’il serait possible qu’il ne marche jamais de sa vie. Il a fallu du temps, des soins, de la patience mais le petit Saibari est devenu autonome. Et le football son quotidien : “C’était très rare de le voir sans ballon, témoignait un ancien voisin en Espagne sur le site de la FIFA. Il ne le quittait pas de la journée, que ce soit sur un terrain, dans la rue ou dans un parc au pied de son immeuble. Il courait comme un fou après le ballon.”

Beaucoup de gens avait cette idée qu’il était un peu trop gros”

La Belgique devient la terre d’adoption de toute la famille alors que le jeune Saibari a six ans. Les parents font le choix de quitter le sud de l’Europe face à la crise économique qui touche le pays. À Willebroek, entre Anvers et Bruxelles, Saibari intègre Beerschot, qui fait faillite, puis le prestigieux Anderlecht. Mais les Mauves lui montrent la porte à peine deux ans après. Décidément. La raison ? “Avant le début du championnat, on me dit que je peux partir, racontait-il à Nieuwsblad. Ils me trouvaient trop gros.” Pas plus de réussite à Malines, puis Genk… C’est dire que les embûches ont été nombreuses. “Beaucoup de gens avaient cette idée qu’il était un peu trop gros, observe Charai. Mais c’est sa morphologie. Son corps, il est très musclé.”

Et son destin international ? Avec son histoire personnelle riche, il aurait pu prétendre à l’Espagne, à la Belgique. Mais c’est bien le Maroc qui a eu ses faveurs, et ce dès le départ, lui qui a connu de nombreuses équipes marocaines chez les jeunes. Et quand Walid Regragui l’appelle chez les A en septembre 2023, aucune hésitation, malgré la cour de Roberto Martinez pour le voir chez les Diables Rouges. “Il a été très clair dès le début qu’il voulait jouer pour le Maroc, souligne Issame Charai. Il n’y a pas eu de débat comme ‘Je ne sais pas encore…’. Non, il était destiné au Maroc.”

Dembélé-Mbappé-Olise : “En l’état, pour les adversaires, le problème est insoluble”

Video credit: Eurosport

Saibari a été un homme de base de Charai dans la conquête de la CAN U23 en 2023 : “J’en ai un énorme souvenir, continue-t-il. C’est le seul joueur que j’avais vu en face-à-face avant la compétition. On s’était donné rendez-vous à Anvers, en Belgique. On a parlé. Je lui ai dit que, pour cette CAN, il devait jouer un rôle de leader. Et il l’a vraiment été. Il parle plusieurs langues donc, dans un groupe, il peut communiquer avec tout le monde. Il est très stable, tu peux vraiment lui faire confiance. Il a poussé l’équipe. Il a été très efficace. La prochaine étape, c’était de l’être avec la première équipe. Ça fait donc plaisir.”

La finale de la CAN et la serviette de Mendy

Petit à petit installé par Walid Regragui chez les A, il a été un titulaire indiscutable lors de la dernière Coupe d’Afrique des Nations. Saibari avait même inscrit le but du 2-0 en quart de finale pour éliminer le Cameroun. Jusqu’à cette fameuse finale face au Sénégal, avec un Saibari directement impliqué avec l’affaire de la serviette d’Edouard Mendy, et ces images peu flatteuses où on le voit en train de vouloir s’emparer de la serviette du portier des Lions de la Teranga. Il s’était excusé et avait même écopé de 100 000 dollars d’amende, avant que la CAF n’annule la sanction. À croire que cette incroyable et improbable finale avait rendu fou tout le monde.

“Beaucoup de personnes avaient une mauvaise idée de son caractère, abonde Charai. La vérité, c’est que c’est un top mec, toujours joyeux, travailleur… Je n’ai vu que des bonnes choses chez lui. C’est quelqu’un d’aimé par tout le monde. Il n’a pas la grosse tête, il est très humble, travailleur.” Désormais, à lui de s’envoler : “Il a montré que c’est le moment, conclut-il. Il a été nommé meilleur joueur des Pays-Bas, il a marqué trois fois en Coupe du Monde, il est décisif. Il montre un niveau supérieur, avec tout le respect, au PSV. La prochaine étape, c’est maintenant !”

Ismael Saibari en finale de la CAN

Crédit: Getty Images

Related Articles

Leave a Reply

Your email address will not be published. Required fields are marked *

Back to top button