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« Dernière Aube », polar noir dans les bas-fonds de la Nouvelle-Orléans

Il faut bien le dire, c’est une belle claque. Une série de claques même. Page après page. Et on tourne la dernière en se disant que malheureusement, cette Dernière Aube était un dernier crépuscule pour le dessinateur hongrois Attila Futaki, décédé à 39 ans, juste après avoir achevé la BD en 2024. On lui devait notamment Le Tatoueur, Hypnos, La Bande à Bonnot, Severed. Son dessin semi-réaliste avec ses jeux d’ombre subtils, ses couleurs froides, auraient pu nous enthousiasmer encore à de nombreuses reprises.

On restera donc sur ce petit bijou qui se lira et relira sans effort et toujours autant de jubilation. Un bijou sombre donc parce que c’est un polar bien noir. John Martyrossian est un ancien tueur à gages. Une vie passée à traquer, faire payer sous différentes formes ceux qui avaient trahi le patron, un chef mafieux russe. Maintenant, il est bien, une île en Floride, la pêche, le calme. Mais le patron revient. Il veut éviter la prison en échange d’un service avec le procureur. Et c’est Martyrossian qui pourra l’aider. Il s’agit de retrouver une gamine, Aurora Jackson, qui a disparu à la Nouvelle-Orléans, la fille d’un puissant couple afro-américain. Impossible de refuser. Les clients des sorties de pêche attendront. Parce que lui, il va devoir plonger dans le très sombre. Fouiller dans les bas instincts, tirer minutieusement les fils ténus de cette enquête qui s’avère rapidement glauque, entre prostitution, exploitation, jalousie, haine.

La police aussi est sur le coup. Avec Matthew Ferrara, un agent du FBI au passé et aux méthodes troubles que l’on vient juste de muter et de coller dans les pattes de Kendra Lewis. Et chacun va devoir composer avec l’autre.

Un scénario enlevé et un graphisme magnifique

Pendant que Futaki, case après case, compose un univers qui rythme avec précision le tempo et le ton de l’intrigue, Jérémie Guez, qui a scénarisé des films (Yves Saint Laurent, Lukas, Boîte noire) ou des séries TV (Une affaire française, BRI) et est passé à la BD avec réussite (Largo Winch T25, La Disparition de Josef Mengele…), torture l’intrigue avec une galerie de personnages aussi désagréables que possible.

Le récit est maîtrisé, avec ce qu’il faut de rebondissements pour égarer les pistes, même les moins évidentes. Les cadrages, la couleur, les traits, le graphisme magnifique avec son encrage dense et ses fonds de pages obscurs donnent à l’ensemble ce parfum de vieux film noir, sans concession. À déguster et redéguster.

Notre avis : 5/5

De Futaki et Guez. Éditions Aire Noire (Dupuis), 160 p., 25 €.

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