Libéré après 33 ans de prison | Lâché par ses cautions, Daniel Jolivet a failli retourner en prison

Libéré l’hiver dernier après avoir passé 33 ans en prison pour des meurtres qu’il nie avoir commis, Daniel Jolivet a bien failli retourner en détention lundi. Il a toutefois évité les menottes en étant admis à l’hôpital. Son avocat rejette le blâme sur l’incertitude quant à son sort.
Publié hier à
16 h 04
« La décision du ministre de la Justice n’est toujours pas rendue et ça joue beaucoup dans la tête de M. Jolivet. Ne pas savoir si on retourne en détention ou non. Il avait besoin d’aller chercher ces soins-là », a commenté son avocat, Me Nicholas St-Jacques, lundi au palais de justice de Longueuil.
Daniel Jolivet, c’est cet homme possiblement victime d’une erreur judiciaire, selon le ministre fédéral de la Justice. Il a toujours clamé son innocence depuis sa condamnation pour le quadruple meurtre de Denis Lemieux, François Leblanc, Katherine Morin et Nathalie Beauregard en 1992 à Brossard.
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Daniel Jolivet lors de sa sortie du palais de justice de Montréal en décembre 2025
L’an dernier, le Directeur des poursuites criminelles et pénales (DPCP) a conclu avoir des « motifs raisonnables de conclure que M. Jolivet n’a pas eu droit à un procès juste et équitable ». Un ex-juge a aussi produit un rapport, remis au ministre.
Le sort de Daniel Jolivet se retrouve depuis entre les mains du ministre fédéral de la Justice. Il doit choisir entre ces trois options : ordonner un nouveau procès, envoyer le dossier devant la Cour d’appel ou ne pas agir.
En attendant cette décision, Daniel Jolivet a été libéré par la Cour supérieure en décembre dernier. Deux personnes se sont portées garantes de lui à hauteur de 25 000 $, Me Charles-Antoine Danis, cofondateur du projet Innocence, et Jacinthe Lanctôt, une ex-avocate carcérale.
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Me Charles-Antoine Danis
Or, ses deux « cautions » ont décidé de se retirer jeudi dernier, pour une raison non précisée. Et sans caution, Daniel Jolivet ne peut pas rester en liberté. Ainsi, il devait se présenter au palais de justice de Longueuil pour se faire passer les menottes lundi après-midi.
Cautions incertaines
Mais à 12 h 53, son avocat a été informé que son client avait été admis dans un hôpital psychiatrique. « Il était dans un état mental difficile ce matin », a expliqué Me St-Jacques à la juge Lyne Décarie.
Dans ce contexte, la juge a rayé la demande des cautions. Celles-ci pourront en déposer une nouvelle, si nécessaire, lorsque Daniel Jolivet sortira de l’hôpital.
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Jacinthe Lanctôt
« [L’attente de la décision du ministre], ça joue beaucoup au niveau du plan psychologique de M. Jolivet. Les cautions verront par la suite s’ils sont en mesure d’effectuer une supervision une fois que les soins sont reçus », a expliqué Me St-Jacques en mêlée de presse.
Les cautions jouent un rôle important dans le plan de libération d’un accusé. Elles ont un devoir de supervision à l’endroit de la personne. Elles doivent être en mesure de lui poser des questions et de s’assurer d’un suivi.
[Les cautions] n’étaient plus en mesure, ou ils ne s’en sentaient plus à l’aise, pour effectuer la supervision qui est requise par une caution.
Me Nicholas St-Jacques, avocat de Daniel Jolivet
« Ce que je comprends, entre les lignes, c’est que ce travail était plutôt difficile dernièrement, de sorte que la requête a été déposée », a affirmé Me St-Jacques.
« Mais considérant qu’il est allé chercher des soins pour soigner son état mental, on espère que les choses vont se replacer puis que la supervision va pouvoir reprendre comme elle se doit », a poursuivi l’avocat de Daniel Jolivet.
Me St-Jacques rappelle qu’il est difficile pour un homme incarcéré pendant trois décennies de réintégrer la société, surtout en ne sachant pas si ses efforts porteront leurs fruits.
« C’est lourd et ça mène à des situations comme ça. Vous comprendrez qu’il y a des blessures profondes aussi avec ces années de détention d’une personne qui a été incarcérée injustement », a affirmé Me St-Jacques.



