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Affaire Lyhanna : ces drames « autorisent ceux qui ont vécu des choses similaires à se livrer », pour cette psychologue

Un mois après le début de l’affaire Lyhanna, cette fillette de 11 ans qui avait disparu à la sortie de son collège de Fleurance (Gers) le 29 mai 2026, avant l’interpellation du père d’une de ses amies le lendemain, l’émotion est toujours forte dans l’opinion.

Preuve en est, des courriers de lectrices et de lecteurs continuent à arriver au siège d’Ouest-France, en réaction à ce scandale national. Des témoignages de soutien et d’indignation, mais aussi de nombreux récits personnels évoquant des agressions sexuelles, parfois très anciennes.

D’où vient ce besoin de se livrer ? Cette affaire dramatique a-t-elle encore contribué à libérer la parole ? Marque-t-elle un tournant vers une prise de conscience générale face aux violences sexuelles ? Amélie Boukhobza, docteure en psychopathologie, psychologue clinicienne exerçant à Antibes (Alpes-Maritimes), répond à nos questions.

Lire aussi : Dans le sillage de l’affaire Lyhanna, nos lecteurs veulent briser le mur du silence

Amélie Boukhobza : « Ces affaires viennent aussi débrider la parole des anciens ». | AMÉLIE BOUKHOBZA
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Amélie Boukhobza : « Ces affaires viennent aussi débrider la parole des anciens ». | AMÉLIE BOUKHOBZA

Pourquoi la parole de nos lectrices et lecteurs s’est-elle encore libérée après la mort de la petite Lyhanna, comme après les affaires Pelicot, Bétharram ou Le Scouarnec ?

« Parce que ces affaires l’autorisent. Ça libère d’ailleurs la parole dans les deux sens. On l’a vu avec l’affaire Gisèle Pelicot, ça désinhibe totalement. Les gens s’autorisent à tout dire, pour le meilleur et pour le pire. Mais du côté des victimes, entendre des affaires publiques qui sont largement médiatisées autorise les personnes qui ont vécu des choses similaires à se livrer. Elles s’identifient à ces faits, et ce quel que soit l’âge. »

On le voit bien chez nos lectrices et lecteurs, des personnes parfois âgées témoignent de faits très anciens dont elles n’avaient jamais parlé, ou alors tout récemment, et seulement à leurs proches. Pourquoi ?

« Oui, ces affaires viennent aussi débrider la parole des anciens. Des personnes chez qui on ne parlait pas de tout ça autrefois. Heureusement, de nos jours, la société a évolué, les affaires de violences sexuelles se disent et sont punies par la loi. Ces personnes peuvent enfin parler de traumatismes enfouis et qui viennent éclairer des choses ayant parfois orienté toute une vie. »

Pourquoi ont-elles besoin d’en parler des dizaines d’années après ?

« C’est le principe du trauma, un événement du passé qui peut avoir des effets soixante ans plus tard. Ces personnes en parlent aujourd’hui parce que c’est resté en suspens et les événements médiatisés appellent des souvenirs en elles. Elles se reconnaissent dans des propos, identifient des symptômes et se disent : “Tout s’explique !”. »

On voit que ces récits peuvent être enfin entendus, qu’on ne laisse plus passer les choses, un peu dans le même mouvement que #MeToo.

— Amélie Boukhobza, psychologue clinicienne

L’affaire Lyhanna révèle-t-elle une émotion soudaine et éphémère ou une prise de conscience générale ? A-t-on passé un nouveau cap comme avec le phénomène #MeToo ?

« Je dirais un peu des deux. Il y a d’abord une indignation qui prend de l’ampleur à chaque affaire, d’autant plus qu’ici, on touche à une enfant, avec un aspect émotionnel et un ras-le-bol face à la justice, aux récidives… En même temps, c’est une nouvelle avancée sociétale. On voit que ces récits peuvent être enfin entendus, qu’on ne laisse plus passer les choses, un peu dans le même mouvement que #MeToo. Ça fait bouger les lignes et c’est bien. »

Quel conseil donneriez-vous aux personnes victimes qui ont enfoui des traumatismes et qui veulent les faire ressortir aujourd’hui ?

« Qu’il faut en parler. Consulter un professionnel aide à libérer la parole et à soulager des choses. Les psychologues utilisent des méthodes qui permettent de travailler sur des traumas enfouis. »

Pour consulter les podcasts de la psychologue Amélie Boukhobza « Vous m’avez dit », cliquez ici.

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