Le comédien Marc Messier est décédé

Avec ses yeux bleus acier, son sourire en coin et son sens inné de la comédie comme du drame, Marc Messier a été sans conteste l’un des acteurs les plus prolifiques et reconnaissables du Québec. Né le 16 août 1947, à Granby, cet interprète de haute voltige a campé tant de rôles d’envergure qu’il serait aisé d’en oublier.
Pour plusieurs, il restera éternellement Réjean de La petite vie, ce rouquin coureur de jupons qui parlait de lui à la troisième personne du singulier. D’autres se souviendront surtout de lui comme Marc Gagnon, fougueux capitaine du National dans la télésérie Lance et Compte. Ou comme Bob Chicoine, hockeyeur dans Les Boys qui vantait la « dureté du mental » auprès de ses coéquipiers.
Au théâtre, il sera pour toujours associé à l’immense succès de Broue, comédie à sketches à l’inimaginable longévité qui s’est étalée sur 38 années.
Bref, celui qui a fait ses premiers pas d’acteur en 1976 dans La Fricassée (une émission pour enfants) a réussi à camper des dizaines de rôles inoubliables pendant plus de 50 ans.
Pourtant, rien ne destinait Marc Messier à pareille carrière artistique. Ayant grandi à un coin de rue d’une patinoire à Granby, ce fils de barbier a passé une enfance plutôt sportive: hockey et natation occupaient ses journées. C’est un enseignant d’anglais au Collège de Granby qui a servi de bougie d’allumage en demandant à l’élève de 15 ans de présenter devant la classe le monologue du père dans Hamlet, de Shakespeare.
«J’ai vraiment pogné quelque chose! À partir de ce moment-là, le théâtre est devenu une obsession», a déclaré Marc Messier dans une entrevue avec La Presse publiée en 2024.
S’il a rencontré ses premiers mentors – Jacques Zouvi, Jacques Létourneau – entre les murs du Cégep de Saint-Hyacinthe où il étudiait à l’Option théâtre, c’est entre les murs d’un bar qu’il fera la rencontre la plus déterminante de sa carrière: celle de deux gars d’Alma nommés Michel Côté et Marcel Gauthier, avec qui il a créé Broue.
«La chimie est tout de suite passée avec Michel [Côté]. On était deux ambitieux qui ne prenaient pas un non pour réponse. On voulait que les choses arrivent», disait-il en 2024 à propos de son grand ami, disparu l’année précédente.
Broue a été une expérience magique
Marc Messier ajoutait alors: « Faire Broue a été une expérience magique. On pouvait faire le métier qu’on aimait devant des salles pleines. Lorsque la pièce est devenue un succès commercial, il y a eu un peu de snobisme du milieu, mais on n’avait aucun problème avec ça, Michel, Marcel et moi. On voulait devenir des acteurs populaires, dans le sens noble du terme. Et on a pu gagner notre vie ! Mais on n’a jamais rien tenu pour acquis. On doutait toujours un peu. La comédie est quelque chose de fragile. Tu sautes une virgule et c’est moins drôle!»
Il en savait quelque chose, puisqu’il a tenu le haut de l’affiche dans plusieurs comédies présentées au petit écran, notamment dans Les Voisins de Claude Meunier et Louis Saia.
Louis Saia disait d’ailleurs à La Presse, toujours en 2024: «Marc est un acteur qui est un peu sous-estimé. Il a une faille dans le regard qui laisse croire que même ses personnages les plus méchants ont eu des blessures d’enfance, ce qui les rend sympathiques. Pour faire une analogie avec le hockey, Marc est aussi bon pour scorer que pour passer. Il ne veut pas juste se mettre de l’avant. C’est pour ça que tous les acteurs adorent jouer avec lui.»
Toujours passionné par le dépassement de soi dans ce métier à qui il a beaucoup donné, Marc Messier a signé dans les années 2020 son tout premier spectacle solo intitulé Seul… sur scène, qu’il a présenté plus de 80 fois à travers le Québec. Il a aussi tenu le rôle principal dans la pièce Le père, de Florian Zeller, présentée au TNM en 2023.
Il était d’ailleurs difficile pour Marc Messier d’envisager un jour la retraite, disait-il à La Presse en 2024. «C’est difficile de prendre une décision définitive dans ce métier. Mais si je prends ma retraite, je ne ferai pas une grande déclaration dans les journaux. Tout le monde s’en foutrait!», croyait-il.
Les réactions suscitées par son décès laissent aujourd’hui croire le contraire.
Voici Marc Messier en images…
Visite de l’exposition sur Broue, L’homme des tavernes, au Musée de la nature et des sciences de Sherbrooke en présence des acteurs Marcel Gauthier et Marc Messier ainsi que de Michèle Bélanger, directrice générale du musée et Nicolas Gauvin, directeur de la programmation. (Maxime Picard/Archives La Tribune) Plusieurs ont vu Broue plus d’une fois et s’amusent toujours autant. Ici Marc Messier et Michel Côté dans une scène de l’indémodable pièce qui était présentée au Palace de Granby. (Stéphane Champagne/Archives La Voix de l’Est) Dans Le grand départ, le premier film de Claude Meunier en tant que réalisateur, Marc Messier se retrouve dans la peau d’un médecin marié depuis bon nombre d’années et qui décide de refaire sa vie avec une femme passablement plus jeune que lui interprétée par Hélène Bourgeois-Leclerc. Malgré la différence d’âges, tant des personnages que des interprètes, Hélène Bourgeois Leclerc et Marc Messier forment un joli couple dans la nouvelle comédie de Claude Meunier, sa première au grand écran, Le grand départ. Le réalisateur, Claude Meunier, l’actrice Hélène Bourgeois-Leclerc et Marc Messier. (Yan Doublet/Archives Le Soleil) L’artiste-peintre Pascale Bouchard et le comédien Marc Messier ont été honorés par la Ville de Granby, au centre culturel France-Arbour. (Stéphane Champagne/Archives La Voix de l’Est) L’artiste-peintre Pascale Bouchard et le comédien Marc Messier ont été honorés par la Ville de Granby, au centre culturel France-Arbour. M. Messier en discussion avec la mairesse de Granby Julie Bourdon. (Stéphane Champagne/Archives La Voix de l’Est) Marc Messier, Marcel Gauthier et Michel Côté au Musée de la civilisation (Pascal Ratthé/Archives Le Soleil) Le comédien Marc Messier et l’animateur de Viens-tu faire un tour?, Michel Barrette, ont fait un saut à la cantine Chez Ben, à Granby, dans le cadre du tournage de la 100e émission. (Archives La Voix de l’Est) Broue en 1980. De gauche à droite: Marc Messier, Marcel Gauthier et Michel Côté. (Archives La Presse)




