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Logement | Vivre en commune pour répondre au désenchantement

Alors que de nombreux Québécois ont du mal à boucler leur budget à cause de la hausse des coûts du logement, les cinq occupants de la Maison Laurier ont fait un choix qui dépasse le désir d’économiser : ils vivent en commune. Un mode de vie où ils partagent non seulement l’espace, mais aussi des ressources et des valeurs.

Mercredi midi, Vi Va et Arielle Trottier s’affairent aux fourneaux dans leur grande cuisine peinte en jaune. Au menu : poivrons, oignons et riz récupérés dans les poubelles de supermarchés. La veille, lampes frontales sur la tête et gants aux mains, Vi Va a passé une heure à fouiller les conteneurs pour approvisionner les membres de leur commune.

« Aujourd’hui, une partie de l’ADN de la Maison Laurier est ancrée dans la pratique du dumpster diving [glanage urbain] », explique Nathan Mascaro, qui y vit et qui étudie les « communautés intentionnelles » urbaines et rurales dans le cadre de son doctorat en études urbaines. « Quand on recrute quelqu’un, on lui demande de récupérer une certaine quantité de nourriture dans sa semaine. »

PHOTO ÉDOUARD DESROCHES, COLLABORATION SPÉCIALE

Les résidants de la commune doivent contribuer au glanage urbain.

Environ 80 % de l’alimentation de la commune doit venir du glanage, et chaque membre cotise 20 $ par mois pour les autres dépenses de la maison, indique Vi Va, qui y habite depuis plus d’un an et qui a changé son nom pour garder les premières syllabes de son prénom et de son nom de famille.

La Maison Laurier existe depuis 25 ans. L’un de ses membres fondateurs, âgé de 53 ans, y vit toujours. Au fil des décennies, avec les occupants qui s’y sont succédé, la maison a développé ses propres mécanismes de gouvernance : réunions régulières, partage des tâches, résolution des conflits et périodes de discussion rythment le quotidien.

Le sentiment d’iniquité peut vraiment dissoudre une communauté, même si toutes les conditions matérielles sont réunies.

Arielle Trottier

Avant d’emménager à la Maison Laurier, Vi Va vivait dans une autre commune de 12 personnes installée dans 800 pieds carrés. Les chambres et les pièces étaient séparées par de simples rideaux.

« Pendant que quelqu’un prenait sa douche, un autre était sur la toilette, tandis qu’un troisième se brossait les dents, se rappelle-t-il. Il y a une déconstruction de la notion traditionnelle de l’intimité. Il faut apprendre à être seul avec les autres. »

« Chaque groupe a sa propre vision »

« La société promettait qu’on allait tous pouvoir s’acheter une maison, dit Nathan Mascaro. Le fait est qu’il y a toute une partie de la jeunesse qui est désenchantée, et je pense que cette volonté de vivre ensemble répond à ça. »

Une communauté intentionnelle regroupe généralement entre 5 et 100 personnes qui choisissent de briser l’isolement en s’élevant contre l’individualisme, le capitalisme et la surconsommation. Mais ces communes n’ont pas toutes un objectif de revendication politique, nuance le doctorant, qui étudie présentement une communauté rurale en Colombie-Britannique.

« Chaque groupe a sa propre vision des décadences de la société et sa manière d’y répondre », explique-t-il. Si certaines communautés affichent un penchant anarchiste et anticapitaliste clair, d’autres se tournent plutôt vers la spiritualité.

C’est le cas de celle qu’il visite actuellement : les membres ont environ 70 ans, et certains n’ont jamais eu d’emploi, ni touché à l’argent de leur vie. Il s’agit d’une « communauté totale ».

En ville, les communes sont généralement moins isolées. Les membres restent stimulés par l’effervescence urbaine, tout en étant engagés dans une quête de sens collective.

L’étudiant connaît une vingtaine de communes au Québec, mais rares sont celles qui survivent longtemps. Selon ses observations et les études sur le sujet, seule une commune sur dix parvient à durer.

PHOTO ÉDOUARD DESROCHES, COLLABORATION SPÉCIALE

Arielle Trottier et Vi Va cuisinent dans leur logement.

Pendant la pandémie, plusieurs ont simplement implosé. Et après, le marché du logement est devenu inaccessible pour de nouvelles communautés, se désole Arielle Trottier.

Pas juste une question d’argent

Si vivre dans une commune permet d’économiser, ce choix exige des changements dans son mode de vie, note Nathan Mascaro. Lui dépense 500 $ en loyer, nourriture et autres dépenses de logement. « Mais c’est faux de croire que tu vas être capable de garder un emploi à 35 heures avec les impératifs du collectif », qui exige du temps, dit-il.

« On a tous les facteurs réunis pour pouvoir vivre comme on le fait. On a une bonne relation avec le propriétaire, un loyer très bas et énormément d’épiceries autour où il est possible de dumpster », ajoute Vi Va.

Pour lui, c’est un leurre de présenter la commune urbaine comme une bouée de sauvetage économique. « Le problème, c’est le capitalisme et la hausse du coût de la vie. Si on présente le collectif comme la solution, on camoufle la responsabilité du problème, prévient-il. La solution, ce n’est pas de vivre autrement pour s’adapter au système, c’est de changer le système. »

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