«Tout est très endommagé»: la galère d’une résidente après la tempête
«On n’a pas d’air climatisé ni d’eau chaude depuis une semaine. La senteur est horrible… Une fois que l’eau a disparu, ça a laissé une couche noire partout. L’assurance a envoyé quelqu’un pour ramasser tout le noir, mais l’eau entre à travers les meubles. Ça coule, ça coule. La senteur, ce n’était pas comme ça avant.»
Au quotidien, la situation est devenue presque invivable pour cette employée administrative du Collège catholique Franco-Ouest.
«Je ne dors pas parce que j’ai trop chaud. Ça sent mauvais. Je prends des douches froides… Ce n’est pas très bien. Ça affecte ma vie professionnelle et personnelle.»
Pour l’instant, les assurances ont fait l’inspection et installé un déshumidificateur. La prochaine étape sera de vider le sous-sol.
«J’ai 64 ans, je ne suis pas capable de soulever les divans. Ensuite, les assurances feront le nettoyage et installeront le chauffe-eau.»
Francine Goulet habite depuis un an une unité semi-détachée de Nepean, où elle vit habituellement avec ses deux filles. Mais ce 1er juillet après-midi, alors que plus de 120 millimètres de pluie — dont environ 60 millimètres en une seule heure — s’apprêtent à s’abattre sur Ottawa, elle est seule chez elle. Ses filles sont en vacances.
«Mercredi, vers 15 h 30, il a commencé à pleuvoir très fort. J’entendais l’eau couler. Par le drain du plancher, l’eau montait comme une grosse fontaine. Il y avait déjà un pied d’eau par terre. C’est arrivé très vite. J’ai tout de suite appelé l’assurance, parce qu’il n’y avait pas moyen d’arrêter l’eau. Il y avait quatre pieds d’eau dans la cave.»
L’eau ne cesse pas d’entrer avant tard dans la soirée.
«L’eau a continué à entrer jusqu’à environ 22 h ou 23 h. Tout flottait partout, comme dans un lac. C’était un véritable lac dans le sous-sol, un désastre»
— Francine Goulet, résidente de Nepean
«Ça a monté, monté, monté, jusqu’à ce qu’on réussisse à la faire baisser. Je demeure dans une unité semi-détachée, et tous les tuyaux sont rattachés sur une même ligne. Même si j’enlevais l’eau de la maison, elle continuait à rentrer.»
Assurances débordées, souvenirs abîmés
La disparition de l’eau, le lendemain vers 10 h, marque pourtant le début d’un nouveau marathon.
«J’ai une très bonne couverture. J’avais eu le bon réflexe, lors de mon installation il y a un an, de prendre une assurance inondation. Mais certains voisins ne l’ont pas fait. Je ne suis pas inquiète: je vais être remboursée. Mais ça fait depuis jeudi matin qu’on attend des nouvelles. Ils sont débordés. C’est bien difficile d’avoir des réponses à nos questions.»
Le remboursement n’effacera toutefois pas la valeur affective des objets perdus.
«J’avais six boîtes d’albums photos, de l’équipement de ski, et des peintures de ma belle-mère représentant les enfants. Tout est très endommagé», dit-elle, émue.
En attendant, Mme Goulet a demandé à la Ville d’Ottawa la subvention du Programme de subventions à titre d’aide exceptionnelle, qui offre actuellement jusqu’à 1000 $ aux résidents admissibles touchés par un refoulement d’égout.
Dans une mise à jour sur la tempête, lundi, à l’hôtel de ville, le maire d’Ottawa, Mark Sutcliffe, indiquait que la municipalité avait alors reçu 203 demandes dans le cadre de ce programme. Un chiffre record, puisque seules 55 demandes avaient été présentées au cours des 16 dernières années.
Du même souffle, le premier magistrat laissait savoir que la Ville mènerait un examen complet des circonstances ayant mené au sinistre, tout en précisant avoir parlé avec le premier ministre ontarien Doug Ford des démarches visant à rendre accessible aux résidents le Programme d’aide aux sinistrés pour la reprise après une catastrophe (PASRC).
Selon les chiffres de la municipalité, 4500 maisons ont été aussi inondées.
De là à faire porter la responsabilité à la Ville d’Ottawa, Mme Goulet se montre hésitante.
«Ce n’est pas vraiment la faute de personne. Mais il est vrai que, dans l’ouest, les infrastructures de la Ville d’Ottawa sont vieilles. Ça fait longtemps qu’on aurait dû changer les égouts. La négligence est peut-être là.»
L’entraide comme seule consolation
Dans l’épreuve, elle retient tout de même l’élan de solidarité qui s’est manifesté autour d’elle.
«C’est incroyable, l’entraide du voisinage. Tout le monde s’est vraiment entraidé. Dans ce voisinage-là, personne ne se parlait quand je suis arrivée il y a un an. D’un coup, j’ai rencontré tous les voisins, on en a parlé. Quand tout le monde partage le même incident triste, ça rassemble les gens.»



