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Un revolver et six balles | L’étrange cadeau du président turc aux dirigeants de l’OTAN

(Bruxelles) Fallait-il laisser l’arme à Ankara ? L’emporter avec soi ? Ou l’offrir à un musée ? Les dirigeants des pays de l’OTAN se sont retrouvés dans l’embarras après le cadeau remis par le président turc à l’issue de leur sommet annuel : un revolver, avec six munitions.

Publié hier à
11 h 40

Camille CAMDESSUS

Agence France-Presse

Plusieurs leaders ont déclaré avoir découvert sur le tard le contenu du paquet cadeau, ou ne même pas l’avoir vu avant qu’il soit saisi par leurs services de sécurité. La surprise a en tout cas été quasi générale.

« Mon cadeau du type sirop d’érable était un peu en décalage », a ironisé jeudi le premier ministre canadien Mark Carney devant des journalistes en Arabie saoudite.

La veille au soir, son homologue britannique Keir Starmer avait été le premier à évoquer ce cadeau pour le moins insolite, offert par Recep Tayyip Erdoğan à ses convives.

Dans son avion de retour d’Ankara, où les chefs d’État et de gouvernement de l’Alliance atlantique s’étaient réunis durant deux jours, M. Starmer a expliqué que le président turc avait offert à chaque dirigeant un revolver gravé à son nom.

Également présentes dans cette boîte rouge, tapissée de noir : six balles réelles, et une note dispensant les armes des contrôles à l’exportation.

PHOTO ADRIAN WYLD, ARCHIVES LA PRESSE CANADIENNE

Mark Carney et le président turc

Un présent qui a donné lieu à des scènes « lunaires » au sein des différentes délégations.

Ainsi, ce n’est qu’à leur arrivée en Belgique que les équipes du premier ministre belge Bart De Wever ont « pris connaissance de la nature exacte du cadeau ».

« Le premier ministre a été surpris et l’a immédiatement remis à la police aéroportuaire, afin qu’il soit placé dans un coffre sécurisé et que la suite soit gérée dans le respect des procédures applicables », a expliqué son entourage à l’AFP.

L’arme neutralisée

PHOTO BUREAU DU PREMIER MINISTRE BELGE, FOURNIE PAR L’AGENCE FRANCE-PRESSE

Le revolver offert par le président turc au premier ministre belge, à l’aéroport militaire de Melsbroek.

Les équipes de sécurité du premier ministre belge se sont aussi vu remettre les armes offertes à Ursula von der Leyen et Antonio Costa, chefs des institutions européennes situées à Bruxelles – avec tout le casse-tête en matière de sécurité et de protocole qu’une telle opération peut représenter.

La présidente de la Commission européenne, tout aussi étonnée par le cadeau que les autres dirigeants, « a remercié le président Erdogan pour ce geste », d’après un de ses porte-parole. La dirigeante prévoit de faire don de l’arme « à un musée militaire », une fois qu’elle sera mise hors service, a-t-il précisé.

Le premier ministre luxembourgeois Luc Frieden va conserver le revolver au ministère d’État comme tous les autres « cadeaux diplomatiques ». Mais il a d’abord fait en sorte qu’il soit neutralisé et rendu « irréversiblement inutilisable », selon ses services.

PHOTO EMRAH GUREL, ARCHIVES ASSOCIATED PRESS

Le président turc, Recep Tayyip Erdogan

Ce revolver de type Magnum 357 est aussi arrivé à bon port à la présidence polonaise, mais avec les précautions d’usage et un antécédent spectaculaire dans tous les esprits à Varsovie.

En décembre 2022, le chef de la police polonaise avait ramené d’Ukraine un lance-grenade antichar qu’il venait de recevoir en cadeau. L’engin a explosé dans son bureau, le blessant légèrement et provoquant d’importants dégâts au siège du QG de la police.

Cette fois, « il est certain que personne ne va tirer avec », a affirmé à une radio locale un collaborateur du président Nawrocki.

Pourquoi un tel cadeau ?

Plusieurs armes, comme celles offertes à Keir Starmer, au premier ministre néerlandais Rob Jetten ou au chancelier allemand Friedrich Merz, sont pour l’instant restées dans la capitale turque. Et pour cause : en fonction des législations en vigueur, il n’est souvent pas si simple de faire voyager des armes à feu, qui plus est lorsqu’elles sont fonctionnelles.

L’arme offerte à Ulf Kristersson « devra être acheminée en Suède dans les règles de l’art », assure ainsi son équipe dans un message à l’AFP.

Interrogé, l’Élysée n’a fait aucun commentaire.

Au-delà du défi logistique, ces revolvers ont aussi suscité l’incompréhension de plusieurs délégations présentes à ce sommet, consacré à l’Ukraine, l’Iran et les relations avec Trump. Avec une question, répétée à l’envi : pourquoi un tel cadeau ?

Il est certes extrêmement courant que les chefs d’État s’échangent divers présents lors de leurs rencontres ou sommets. Mais sans qu’ils nécessitent de telles précautions.

Sollicitées par l’AFP, les services du président turc n’avaient pas répondu jeudi soir.

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