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« Tes seins sont trop beaux pour être malades »

C’était un visionnement de presse très émotif de la minisérie Le gouffre lumineux, mercredi matin, dans l’antre climatisé de la Cinémathèque québécoise, à un jet de pierre de l’UQAM.

D’abord, parce que cette nouveauté de Radio-Canada, en ligne sur la plateforme Extra de Tou.TV, raconte avec des images très crues l’intense épopée contre le cancer du sein de la comédienne Anick Lemay (L’échappée, Aller simple), qui a encaissé ce diagnostic inquiétant en mars 2018.

Ensuite, parce que le grand Marc Messier, mort subitement mardi, y incarne son dernier rôle à la télévision québécoise, soit celui du papa de l’héroïne inspirée d’Anick Lemay, qui cosigne les textes du Gouffre lumineux avec la comédienne Marie-Ève Perron.

PHOTO ÉVA-MAUDE TC, FOURNIE PAR RADIO-CANADA

Sylvie Léonard et Marc Messier dans une scène du Gouffre lumineux

Le plus ironique et le plus triste dans tout ça, c’est que la première scène de Marc Messier dans Le gouffre lumineux se déroule à des funérailles. Quand le sourire moqueur et les yeux bleus de l’acteur de 78 ans ont envahi l’écran, un frisson et un murmure ont traversé la salle de cinéma.

Œuvre à la fois poignante, dure et drôle, Le gouffre lumineux dérive de l’excellent recueil de chroniques qu’a publié Anick Lemay chez Urbania.

Après la découverte de sa maladie, Anick Lemay a littéralement tout perdu : sa santé, ses cheveux, ses seins, son travail et même son copain, qui l’a larguée avant qu’elle amorce une série de traitements douloureux et d’opérations compliquées.

Ce riche matériel a servi de squelette au Gouffre lumineux, dont certains aspects personnels ont été romancés ou modifiés. Par contre, tout le parcours médical du personnage principal se colle rigoureusement à celui qu’a franchi Anick Lemay dans les hôpitaux en 2018.

PHOTO ÉVA-MAUDE TC, FOURNIE PAR RADIO-CANADA

Marie-Ève Perron et Gabriel Lemire dans une scène du Gouffre lumineux

Avant que le cancer la happe, Anick Lemay jouait dans la comédie romantique Toi et moi à Radio-Canada aux côtés de Jean-Philippe Perras, qui était également son conjoint dans la vraie vie. Dans Le gouffre lumineux, Anick Lemay s’appelle Agathe Charpentier (Marie-Ève Perron) et elle coanime un magazine d’affaires publiques avec son amoureux plus jeune qu’elle, Samuel (Gabriel Lemire).

En théorie, Samuel n’est donc pas Jean-Philippe Perras, mais on s’entend que ces deux hommes se ressemblent drôlement, autant sur le plan physique que dans leurs expressions faciales et vocales. Ce n’est assurément pas une coïncidence.

Voilà pour le potinage, qui n’éclipse pas la charge émotive que porte ce profond Gouffre lumineux. Les deux premiers épisodes que j’ai vus sont très bons et frappent fort en partant.

La journaliste Agathe (touchante Marie-Ève Perron), 44 ans, subit une mammographie, que la réalisatrice Myriam Verreault (Sorcières) filme en gros plan. La série ne suggère rien. Elle montre tout, par souci de réalisme et de vérité. Cœurs sensibles s’abstenir.

Chacune des étapes qu’une patiente cancéreuse comme Agathe/Anick enchaînera, Le gouffre lumineux l’exposera de manière brute. Une biopsie, c’est souffrant et traumatisant. Et ça se poursuit avec les scans, les IRM, les échographies, les interventions chirurgicales et les drains à vider, sans oublier les multiples rendez-vous, où les mauvaises nouvelles frappent Agathe à un rythme hallucinant.

L’actrice Marie-Ève Perron donne tout dans ce rôle difficile, qui la force à se dénuder et à montrer ses seins à différents stades de l’évolution de la maladie. Ce n’est pas un divulgâcheur d’écrire qu’Anick Lemay a subi une double mastectomie. Et c’est ce qui attend Agathe au deuxième épisode, après que son amoureux Samuel l’a sacrée là, ne l’oublions pas, non sans lui dire que ses seins étaient « trop beaux pour être malades ».

Aussi, Marie-Ève Perron s’est entièrement rasé la tête en amorçant les tournages du Gouffre lumineux, on ne peut pas dire qu’elle ne s’est pas investie dans ce projet piloté par l’entreprise de Julie Snyder, Productions J.

PHOTO FOURNIE PAR RADIO-CANADA

Marie-Laurence Moreau, Ariane Castellanos, Marie-Ève Perron, Sophie Desmarais et Kathleen Fortin dans une scène du Gouffre lumineux

La lumière de cette minisérie provient des femmes – Anick Lemay les surnomme les fées dans son livre – qui entourent et soutiennent Agathe dans cette épreuve. Il y a sa sœur Édith (Julie Roussel), ainsi que ses amies Nathalie (Kathleen Fortin), Marianne (Ariane Castellanos), Béatrice (Sophie Desmarais) et Valérie (Marie-Laurence Moreau).

Il y a aussi Charlotte (Agathe Bellemare-Ledoux), la fille de 11 ans d’Agathe, qui se pose des questions qu’un enfant ne devrait jamais se poser : est-ce que ma mère va mourir ?

Pour alléger l’atmosphère, un personnage imaginaire a été greffé au récit, celui du Gros Denis (Louis Champagne), qui représente le déni que vit temporairement Agathe. Quand le Gros Denis se pointe, c’est le signe qu’Agathe s’extirpe de son état de cancéreuse et se permet d’être insouciante pendant une brève période. Ce déni est nécessaire à la survie dans un cheminement aussi affligeant, a rappelé Anick Lemay mercredi.

La série comporte également des effets spéciaux de plancher qui s’ouvre sous les pieds d’Agathe et d’eau qui l’avale dans un tourbillon. C’est bien exécuté, mais peut-être pas nécessaire dans un contexte aussi bien détaillé, qui ébranle sans que ça soit nécessaire d’illustrer les tourments intérieurs de notre héroïne.

Cela dit, c’est impossible de rester insensible devant une histoire (vraie) aussi bien racontée, qui couvre, en dix épisodes, neuf mois dans la vie d’Anick Lemay, de son diagnostic jusqu’à la fin de ses traitements.

Et heureusement, ça finit bien. Anick Lemay est toujours là pour en témoigner.

Le gouffre lumineux est offert sur l’Extra de Tou.tv.

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