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Le nouveau «bras droit» des médecins québécois

Un patient arrive à la clinique du Dr Mathieu Pelletier, dans Lanaudière. Il est atteint d’une infection urinaire qui nécessite un traitement immédiat, mais présente également des allergies à plusieurs médicaments et des problèmes rénaux qui affectent sa capacité à éliminer certains types d’antibiotiques. Incertain du traitement à prescrire, le médecin de famille ouvre l’application OpenEvidence et y décrit les symptômes du patient. Quelques secondes plus tard, il a une réponse : triméthoprime-sulfaméthoxazole, et la dose exacte d’antibiotique à prescrire.

Plusieurs modèles d’IA visant à accompagner les professionnels de la santé dans leur pratique gagnent du terrain au Québec, observe le Dr Pelletier. Le plus populaire : OpenEvidence. Développé aux États-Unis et réservé aux membres du corps médical, il permet de poser des questions cliniques à un robot conversationnel qui offre des réponses synthétiques fondées sur les dernières avancées de la science.

« C’est comme si on avait une armée d’experts médicaux sous notre contrôle qui sont capables de lire des centaines d’articles et de trouver l’information la plus pertinente », explique pour sa part Benoît Desjardins, radiologiste au Centre hospitalier de l’Université de Montréal (CHUM). En quelques secondes, l’outil réalise une recherche exhaustive adaptée au problème précis du patient, ce qui pouvait auparavant prendre jusqu’à une semaine à réaliser, explique le médecin.

Interactions médicamenteuses, choix et dosage d’un antibiotique, caractéristiques d’une complication rare, temps d’immobilisation nécessaire à la suite d’une luxation de l’épaule : les sujets sur lesquels un clinicien peut avoir recours à OpenEvidence sont nombreux, mais très précis. « C’est très bon pour des affaires rares qui sont vraiment difficiles à aller chercher dans la littérature », souligne le Dr Desjardins.

Une popularité grandissante

L’utilisation de l’IA pour poser des questions cliniques n’a pas débuté avec l’arrivée d’OpenEvidence, soutient Pierre Beaupré, professeur à la Faculté de médecine de l’Université Laval. Dès le lancement des premiers agents conversationnels commerciaux, certains médecins québécois ont commencé à recourir à l’IA pour faciliter leur recherche clinique, affirme celui qui travaille également comme médecin d’urgence en région.

Aucune statistique n’a pour le moment été comptabilisée sur le nombre de médecins québécois qui ont recours à ces outils. Mais depuis l’arrivée de modèles spécialisés comme OpenEvidence dans les deux dernières années, « ça a explosé », affirme le Dr Beaupré.

Même si ces modèles sont destinés principalement aux médecins et aux pharmaciens, « on voit que ça se diffuse rapidement », observe Mathieu Pelletier, qui croit que plusieurs autres professionnels de la santé seront appelés à y recourir. Les experts consultés par Le Devoir notent qu’ils sont particulièrement populaires auprès des jeunes médecins, plus enclins à intégrer de nouvelles technologies dans leur pratique.

Comment expliquer la popularité d’OpenEvidence ? D’une part, contrairement à d’autres outils similaires, il est gratuit. D’autre part, selon Pierre Beaupré, sa fiabilité le distingue des grands modèles comme ChatGPT. Contrairement à ceux-ci, OpenEvidence se fonde uniquement sur des données médicales provenant de revues scientifiques spécialisées.

« Il est donc moins à risque de commettre des erreurs en nous donnant des réponses à partir de sites Web grand public ou du blogue de monsieur et madame Tout-le-Monde », indique le Dr Beaupré, qui souligne aussi que le modèle fournit les références des articles scientifiques dont il tire l’information qu’il relaye.

Entre risques et promesses technologiques

Bien qu’il soit plus fiable que d’autres modèles d’IA, OpenEvidence n’est pas parfait, tiennent à rappeler les médecins. Hallucinations, biais, omissions : ses réponses peuvent toujours comporter des erreurs ou des angles morts. Et pour Pierre Beaupré, « de plus en plus, les gens intègrent ça dans leur routine et ne se rendent pas compte des erreurs ».

Les risques ne se situent pas que dans la technologie elle-même, mais dans la perte d’esprit critique de ceux qui l’utilisent, remarque le Dr Beaupré, qui soutient que ce danger guette particulièrement les plus jeunes. « Il faut [qu’ils] soient plus prudents parce qu’ils vont peut-être avoir plus tendance à accepter la réponse provenant de l’IA sans la remettre en question », remarque celui qui offre une formation sur l’utilisation responsable de cette technologie en contexte clinique à l’Université Laval.

Ce type d’IA n’a pour l’instant pas à être approuvé par Santé Québec pour effectuer de la recherche d’information médicale. La société d’État précise toutefois que « l’utilisation d’OpenEvidence ne peut pas impliquer le traitement de renseignements personnels », la plateforme ne disposant pas des certifications exigées par les autorités en lien avec la protection des données des patients. « Bien que l’IA puisse l’aider, le médecin a le devoir de faire preuve de jugement clinique et de prudence quand il l’utilise », rappelle quant à lui le Collège des médecins.

« Je pense que ce qui nous attend, puis ce qui doit être, c’est que l’intelligence artificielle soit notre bras droit, soit notre stagiaire, soit notre aide, mais pas qu’il nous remplace », dit Mathieu Pelletier, qui demeure malgré tout optimiste sur l’intégration des outils d’IA dans le milieu médical.

« Le système de santé, on a l’impression que ça piétine, on a de la difficulté à le changer, à améliorer les trajectoires de soins, l’efficacité. Personnellement, je pense que l’intelligence artificielle va nous aider à trouver des solutions à tout ça », déclare-t-il.

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