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À 60 ans, Lynda Lemay accepte de vieillir

Depuis 35 ans, Lynda Lemay nous offre un répertoire de chansons qui traversent le temps, et son œuvre continue de rayonner autant au Québec qu’en France. À l’aube de ses 60 ans, l’auteure-compositrice-interprète se sent profondément heureuse. Elle se réjouit de voir ses deux filles, aujourd’hui âgées de 29 et 20 ans, s’épanouir chacune à leur façon. Et le temps qui passe n’a rien changé à son feu créateur — elle ressent toujours l’urgence de donner vie aux projets qui lui sont chers.

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Lynda, vous avez plusieurs projets au programme. Donnez-nous un aperçu de ce qui vous attend.

J’aurai 60 ans le 25 juillet, mais à l’intérieur de moi c’est en ébullition. L’inspiration est toujours au rendez-vous. Actuellement, je fais la promotion de mon nouvel album, À fleur de cordes, avec Jean-Félix Lalanne — un projet audacieux à deux guitares seulement. Ça prenait Jean-Félix, qui est un virtuose de la guitare. L’album est un mélange de chansons souvenirs et de nouvelles chansons. De tes rêves à mes rêves est l’une de mes préférées. C’est comme si c’était une nouvelle chanson. Semblant de rien, parue en 1991, ne se démode pas. Elle confirme que le chagrin n’a pas d’âge. Parmi les nouvelles chansons, certaines sont particulièrement troublantes parce que j’aborde des thèmes comme l’inceste ou la pédophilie. La chanson Les tapis d’aiguilles est l’une de celles qui touchent le plus les gens. Je sens qu’elle les remue.

Il faut admettre que vos chansons continuent de traverser le temps.

Il y a des incontournables, entre autres, Le plus fort c’est mon père. Je l’interprète encore avec autant d’émotion. Je me sens privilégiée de pouvoir la chanter en pensant à ma mère, qui est la plus forte. Elle a choisi mon père, qui était le plus fort. Je me souviens du jour où je l’avais chantée à mon père pour la première fois. Je me souviens de son œil mouillé… Ça fait partie des souvenirs impérissables. En spectacle, il y a beaucoup d’émotions, de rires, de larmes. On se dit des choses avec beaucoup de vérité, mais aussi beaucoup de poésie. Ça adoucit les vérités les plus difficiles. Les gens en ressortent en se disant qu’ils ne sont pas seuls dans ces situations, et que la vie peut être belle malgré tout.

Vous vous partagez toujours entre le Québec et la France ?

Oui, et je vais repartir en France en octobre, novembre et décembre pour une tournée à deux guitares avec Jean-Félix. Entre-temps, je vais terminer la tournée La onzième folie, l’une de mes préférées en carrière. C’est un mélange de chansons anciennes et nouvelles. Ça me brise le cœur de la terminer. Je vais la clore en beauté au Québec.

Au rythme où vous voyagez en France, c’est votre deuxième chez-vous ?

Oui, mais je n’ai jamais eu de pied-à-terre là-bas. J’y suis toujours pour enchaîner les spectacles. J’arrive à l’hôtel, je présente mon spectacle et je reprends la route vers la prochaine ville. Dès que j’ai terminé, je suis de retour chez moi. J’ai besoin de mon bord de fleuve.

Ce sont vos racines, là où vous vous posez ?

Oui, d’autant plus que je n’ai jamais eu envie de voyager de ma vie. Ce n’était pas un rêve que je caressais. C’est la tournée qui m’a amenée à le faire. C’est vraiment un cadeau de la vie. Je n’ai pas besoin de bouger pour être très bien. Quand je suis loin de chez moi, je m’adapte, j’apprécie, mais je suis toujours ravie de revenir sur mon bord de fleuve, avec mon monde, notre accent, notre personnalité. Je me reconnais chez les Québécois.

Vous imposez-vous des limites de temps à l’extérieur ?

Généralement, je quitte deux semaines tout au plus. Durant toute l’enfance de mes filles, je ne suis jamais partie longtemps. Si je partais trois semaines, Jessie venait avec moi. Elle a maintenant 29 ans. Lorsque Ruby était petite et qu’il n’y avait pas de garde partagée à ce moment-là, je quittais à coup de 10 jours seulement. Je repartais le mois d’après. C’était essoufflant pour une maman, mais c’était important pour moi de pouvoir vivre la petite enfance de mes deux filles. C’était la condition.

Courtoisie de Lynda Lemay

Vos filles sont donc toutes deux adultes et autonomes, maintenant ?

Oui, ma plus jeune a déjà 20 ans. Elle a terminé son cégep. Elle voyage. Nous allons voyager ensemble cet été, avant qu’elle commence à travailler. Je n’arrive pas toujours à voir ma plus grande parce qu’elle est en tournée avec son trapèze volant. Même si Jessie est loin, nous nous écrivons à tous les jours. Et nous avons des tatouages communs… (Lynda tend le bras pour me montrer ses tatouages.)

Que veulent-ils dire ?

Ils représentent les petites émoticônes que nous nous envoyons avant chaque spectacle. Souvent, elle a deux spectacles par jour. C’est intense, ce qu’elle vit au cirque. Quand je peux, je lui envoie les émoticônes en question avant qu’elle entre en scène. Mais, à cause du décalage horaire, c’est souvent au milieu de la nuit pour moi, alors je n’y arrive pas toujours. Ainsi, Jessie peut les voir tatoués sur son avant-bras. Même chose pour moi avant mes spectacles. Nous sommes toujours connectées, jusque dans la peau.

Lynda, vous aurez 60 ans sous peu, mais sincèrement, vous ne vieillissez pas !

(Sourire) Ce qui me garde en forme, c’est le trapèze volant. Nous avons ça en commun, ma fille et moi. Elle le fait professionnellement, tandis que je le fais pour m’amuser. C’est une belle passion. C’est mon seul entraînement. C’est un pur bonheur pour moi.

Ça vous donne un choc de penser que vous êtes arrivée à 60 ans ?

Quand j’ai eu 58 ans, j’ai commencé à dire que j’en avais 60, comme pour me préparer. J’ai toujours fait ça, avant mes 50 ans, avant mes 40 ans… À bientôt 60, je suis déjà prête à dire que j’en ai 70. Comme je me prépare toujours à l’avance, il n’y a jamais de choc. C’est un gros chiffre, mais ça fait tellement longtemps que je me le répète ! Je suis du genre à toujours trouver le positif en tout. Ma mère vient de déménager en résidence. C’était un gros changement dans nos vies de perdre la maison de notre enfance, mais elle était prête. Elle est bien installée et lorsque je vois son appartement, je me dis que j’y serai bien, éventuellement, moi aussi.

Sébastien St-Jean

Avez-vous le sentiment qu’on est plus informés que jamais sur la manière de vieillir en santé ?

Oui, et si je n’ai jamais été disciplinée de ma vie, j’essaie maintenant de l’être. À 60 ans, on n’a pas le choix. La ménopause est passée, le corps ne réagit plus comme avant. Il faut s’adapter. S’entraîner n’est pas suffisant. Il faut aussi changer son alimentation, éliminer le sucre. Je ne bois plus d’alcool depuis deux ans, et je n’éprouve pas de regrets. J’ai senti que mon corps exigeait que je coupe l’alcool. Ça fait partie de ma discipline de vie. Souvent, je dois performer malgré le stress et le manque de sommeil si je suis en décalage horaire. Alors j’essaie de me tenir le plus en forme possible.

Que ferez-vous le soir de votre anniversaire ?

Je vais célébrer mes 60 ans sur scène en France le 25 juillet. J’imagine qu’on va souligner l’événement avec un gâteau, mais je n’ai pas envie d’une grosse célébration. En juillet, nous avons plusieurs anniversaires à célébrer : Jessie le 18, Ruby le 22, le mien le 25. Nous serons toutes au Québec pendant quatre jours en juillet et durant cette période, nous allons fêter ensemble au Novello, à Boucherville. Nous avons vécu nos vies au Novello et nous y avons souligné tous les moments importants.

Vous retrouver face à vos deux filles vous procure-t-il un grand sentiment d’accomplissement ?

Le plus beau cadeau de la vie, c’est de les voir rayonnantes, heureuses, en santé, passionnées. Ce sont des artistes. Ma grande est une artiste du cirque, qui écrit des chansons et chante divinement bien. Même chose pour ma plus jeune, mais qui ne veut pas faire ça de sa vie. Elle préfère le dessin. Elle adore le cinéma et la littérature. J’ai deux filles extraordinaires avec qui je ne pourrais être plus complice. Cet été, j’irai en Nouvelle-Écosse et en Écosse avec Ruby. C’est un pur bonheur de voir que les liens avec mes filles sont aussi beaux et forts.

Et entre elles, aussi ?

Oui, même si elles ne se voient pas si souvent. Au début, avec leurs neuf ans d’écart, il a fallu quelques années avant qu’elles se rapprochent. Plus elles vieillissaient, plus elles se rapprochaient. Aujourd’hui, c’est l’harmonie totale.

Maintenant que les filles ont chacune leur vie, il y a plus de temps pour la femme ?

Oui, et je fais des choix. J’arrive à dire non à des choses que je n’aurais pas été capable de refuser avant. À 60 ans, je sais que si ça me stresse, ça va stresser mes enfants. Je mets l’accent sur ce qui me fait vibrer : faire de la tournée, aller en studio, créer de nouvelles chansons. Ce partage avec le public, c’est une énergie dont je me nourris énormément. Quand je suis pleine d’une belle énergie, mes filles en profitent. Il faut garder la passion dans nos vies. Le corps vieillit, mais la jeunesse est toujours présente. Dans ma tête, j’ai encore 23 ans, l’âge que j’avais quand j’ai remporté le Festival de la chanson de Granby en 1989.

Ressentez-vous une certaine urgence ?

Oui, j’ai un sentiment d’urgence de tout faire maintenant. À 60 ans, il faut redéfinir ce qu’on veut et ce qu’on ne veut plus. Quand on y pense, il reste combien de printemps ? Pas beaucoup… Plus le temps passe et plus la vie passe vite. Alors aujourd’hui, c’est le temps de faire ce qu’on a envie de faire et de vivre à fond.

Acceptez-vous de vieillir ?

Je dirais que oui. Je me rends compte que mon corps n’est plus pareil. Je fais des blagues à ce sujet durant mon spectacle. Avant, les gens me disaient que j’étais belle. Aujourd’hui, ils me disent que j’ai l’air bien. (sourire) Il faut s’adapter à cette nouvelle réalité. J’en ris.

L’arrivée de la soixantaine force-t-elle le bilan, à certains égards ?

Moi, ça me motive. Il y a tellement de projets dans ma tête qu’il faut que je trouve du temps dans mon horaire, mais sans être stressée. Je dois gérer mon énergie différemment, établir mes priorités. Je suis donc plus à l’écoute de moi-même. Comme je me connais mieux, il y a une espèce de paix et de lâcher-prise qui émergent. La soixantaine me fait réaliser à quel point je suis chanceuse, mais ça ne veut pas dire que tout va bien dans la vie. Faire des listes de moments positifs me fait réaliser tout ce qui a bien été durant la journée.

Manque-t-il quelque chose à votre vie ?

Non. Je veux juste que ça continue dans le même sens. J’aime ma vie. Je n’ai pas nécessairement envie de rencontrer l’âme sœur, parce que j’ai l’impression d’avoir des âmes sœurs partout autour de moi, même chez mon public. Je me sens bien entourée. J’ai ma mère, qui est mon modèle d’humour et de résilience. Elle donne l’exemple, non seulement à moi et à mes sœurs, mais aussi à mes filles. Je suis choyée par la vie. Parmi mes souhaits professionnels, j’aimerais que le public québécois soit présent pour la fin de la tournée La onzième folie. Après l’avoir conclue en France par trois représentations à l’Olympia de Paris, c’est important de la terminer en beauté chez nous. C’est le projet de mes 60 ans et j’aimerais que les gens puissent célébrer avec moi.

On s’informe sur les projets de Lynda Lemay au lyndalemay.com.

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