Détroit d’Ormuz : menace d’une invasion biologique marine mondiale

Des biologistes tirent la sonnette d’alarme: les navires commerciaux amarrés depuis plusieurs semaines dans le détroit d’Ormuz pourraient, une fois autorisés à traverser le fin corridor maritime, transporter des quantités anormalement élevées de bactéries, d’algues et de crustacés à travers le monde entier.
Les conséquences de la guerre en Iran et de la fermeture du détroit d’Ormuz pourraient également impacter les écosystèmes marins du monde entier. Une équipe internationale de biologistes marins, dirigée par le Centre des sciences environnementales de l’Université du Maryland (Etats-Unis) et comprenant l’Institut océanographique de Woods Hole (Etats-Unis), tire la sonnette d’alarme.
Selon les scientifiques, lorsque la navigation normale reprendra dans le golfe Persique, les pétroliers et cargos immobilisés depuis longtemps pourraient favoriser une prolifération massive d’espèces marines invasives dans les ports où ils font escale.
L’analyse, publiée dans la revue spécialisée Biological Invasions, souligne comment le processus de biofouling – la reproduction de micro-organismes, d’algues et d’animaux invertébrés sur les coques – actuellement en cours dans le Golfe et le transport involontaire qui en résulte vers d’autres pays pourraient avoir un impact sans précédent.
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Les négociations entre l’Iran et Oman sur la gestion du détroit d’Ormuz ont échoué / La Matinale / 1 min. / jeudi à 06:19
Les facteurs déterminants
Plusieurs facteurs rendent la situation actuelle particulièrement dangereuse. Le premier est l’ampleur du phénomène: depuis la fermeture du détroit d’Ormuz le 28 février 2026, plus de 1500 grands navires marchands sont immobilisés dans le golfe Persique et des centaines d’autres sont ancrés dans le golfe d’Oman. Habituellement, les blocages dans la région concernent plusieurs centaines de navires à la fois.
Le second facteur est la durée des escales, qui, aujourd’hui, dépasse en moyenne de quarante fois la durée habituelle de un à trois jours. Généralement, sur les surfaces immobiles, le processus de biofouling peut entrer dans sa phase de croissance rapide après seulement une dizaine de jours, ce qui explique pourquoi l’Organisation maritime internationale considère comme problématiques les escales de plus de 18 à 30 jours, limites largement dépassées par l’immense flotte ancrée dans le Golfe.
Un petit bateau à moteur passe devant des navires ancrés dans le détroit d’Ormuz, au large de Bandar Abbas, en Iran. [KEYSTONE – AMIRHOSEIN KHORGOOI]
Les scientifiques soulignent également que les navires, provenant de régions très différentes du globe, sont amarrés à proximité les uns des autres, ce qui accroît le risque que des organismes présents sur une coque en atteignent une autre et y prolifèrent.
À ces risques s’ajoute la chaleur du printemps et de l’été, qui favorise le développement de nombreuses espèces et crée des conditions idéales pour leur prolifération rapide sur les parties immergées des navires.
Des ports à surveiller
Avec la reprise du trafic maritime, les premiers ports d’escale au Moyen-Orient, dans le sous-continent indien et en Asie du Sud-Est pourraient être les plus exposés. En Europe, les auteurs citent plus particulièrement le Pirée (Grèce), Algésiras (Espagne) et Rotterdam (Pays-Bas) comme des points critiques nécessitant une surveillance accrue. Une fois implantées dans ces nouveaux ports, les espèces sont pratiquement impossibles à éradiquer et leur prolifération est souvent néfaste pour les espèces indigènes déjà présentes.
L’étude n’a pas prélevé d’échantillons biologiques ni procédé à des inspections directes des coques. Elle repose exclusivement sur les données de trafic maritime, les caractéristiques environnementales de la région et les connaissances scientifiques actuelles sur le biofouling et la propagation des espèces invasives. Par conséquent, on ne peut que supposer que le biofouling s’accélère dans le golfe Persique et que les prédictions formulées se réaliseront.
Pour réduire les risques, les scientifiques proposent plusieurs mesures de confinement, notamment le nettoyage et la surveillance des navires avant leur départ du détroit, la surveillance des ports situés le long des principales routes et une coopération internationale rapide et coordonnée.
Comme le concluent les biologistes, “le fait que la situation dégénère en un événement de super-propagation mondiale dépendra moins des organismes déjà accumulés à bord des navires que de la rapidité, de la coordination et de l’efficacité des interventions ultérieures”.
Sujet original: Simone Pengue (RSI)
Adaptation française: Julien Furrer (RTS)




