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Deux des pires lacs au Québec se trouvent en Estrie

C’est quoi un lac hypereutrophe?

Les lacs vieillissent naturellement avec le temps. Ce processus, appelé eutrophisation, correspond à un enrichissement progressif de l’eau en nutriments.

«Les activités humaines, en particulier l’agriculture dans le bassin versant du lac, amènent cette eutrophisation. Les engrais étendus dans les champs sont entraînés par la pluie vers les ruisseaux, puis dans les lacs», explique le professeur Huot.

Le Petit lac Saint-François vieillit notamment en raison de l’accumulation de sédiments causée par les activités humaines.

«Dans l’ancien temps, il y avait un moulin, puis les gens jetaient plein d’affaires. Il n’y avait pas encore de fausses sceptiques», raconte Bernard Gagnon, ancien président de l’Association du lac Tomcod.

Le lac Lindsay, quant à lui, est situé à proximité de zones agricoles, ce qui pourrait également nuire à la qualité de son eau.

Avec le temps, un lac peut alors passer d’un état oligotrophe, pauvre en nutriments, à un état eutrophe, où les nutriments sont beaucoup plus abondants.

Si le phénomène s’accentue, il devient alors hypereutrophe.

Peut-on tout de même s’y baigner?

La baignade au Petit lac Saint-François, aussi appelé lac Tomcod, est strictement interdite depuis les années 1980 à cause de son stade d’eutrophisation avancé.

Au lac Lindsay, aucune réglementation concernant la baignade n’est affichée actuellement. Pourtant, en 2020, une pancarte près de l’eau indiquait clairement qu’on ne pouvait pas s’y baigner.

Selon Yannick Huot, professeur titulaire au département de géomatique appliquée de l’Université de Sherbrooke, il est préférable d’éviter de se baigner dans un lac hypereutrophe et surtout de ne pas y boire l’eau.

De son côté, Jean-François Martel, biologiste et directeur général du Regroupement des associations pour la protection de l’environnement des lacs et des bassins versants (RAPPEL), précise qu’un lac hypereutrophe n’est pas automatiquement toxique.

«Tout dépend de la présence de bactéries et de proliférations de cyanobactéries. Avoir beaucoup de phosphore et d’algues ne signifie pas nécessairement que l’eau est dangereuse, puisque la majorité des algues ne sont pas nocives pour l’humain», explique-t-il.

Toutefois, un lac hypereutrophe présente un risque plus élevé de prolifération d’algues de cyanobactéries (algues bleu-vert). Cela peut augmenter les risques liés à la baignade, rappelle le ministère de l’Environnement, de la Lutte contre les changements climatiques, de la Faune et des Parcs.

Les risques associés

L’eau d’un lac hypereutrophe contient une très grande quantité de nutriments, principalement du phosphore, ce qui favorise une forte production biologique.

Ce genre de lac se caractérise par une eau moins claire, une forte prolifération d’algues et de plantes aquatiques, ainsi qu’une diminution de l’oxygène dans les eaux profondes. Ces conditions rendent la survie des poissons et de plusieurs autres espèces aquatiques plus difficile.

Les lacs peu profonds sont aussi plus propices à l’eutrophisation, car l’eau se réchauffe plus rapidement, ce qui favorise la croissance des algues et des plantes aquatiques.

«Le lac Lindsay et le Petit lac Saint-François sont des lacs peu profonds. Et c’est sûr que c’est des lacs qui sont sensibles à l’eutrophisation accélérée», précise le biologiste Jean-François Martel.

La décomposition d’une grande quantité de matière organique peut aussi contribuer à l’apparition d’odeurs désagréables.

L’entretien des lacs au Québec

Au Québec, il n’existe pas d’organisme unique responsable de la surveillance de la qualité de l’eau des lacs.

Le principal programme est le Réseau de surveillance volontaire des lacs (RSVL).

Les échantillons sont généralement prélevés par des bénévoles, des riverains ou des associations de lacs, puis envoyés dans un laboratoire accrédité par le ministère de l’Environnement.

Les associations de lacs travaillent souvent avec leur municipalité pour effectuer des suivis.

La qualité de l’eau est habituellement analysée pendant deux ou trois années consécutives, avant une pause de quelques années.

Pendant cette période, seules des mesures de transparence de l’eau sont généralement prises, sans analyses en laboratoire.

Comme la qualité de l’eau d’un lac évolue lentement, il n’est pas nécessaire d’effectuer des analyses complètes chaque année.

«En général, la qualité de l’eau d’un lac, ça ne varie pas. Ce n’est pas comme une rivière ou un ruisseau», précise le biologiste Jean-François Martel.

Et la municipalité dans tout ça?

Le ministère de l’Environnement, de la Lutte contre les changements climatiques, de la Faune et des Parcs précise qu’un lac classé hypereutrophe n’impose pas automatiquement de nouvelles obligations à une municipalité.

Les mesures à mettre en place dépendent plutôt des sources de nutriments et des activités qui contribuent à l’eutrophisation du lac.

Lorsque nécessaire, le gouvernement peut exiger une réduction des rejets de phosphore dans les eaux usées.

La municipalité de Saint-Malo a notamment informé les citoyens de la situation sur ses réseaux sociaux, mais rien qui n’entoure la baignade.

Le Petit lac Saint-François compte également une association de riverains qui veille à la protection du lac et au respect de ses règles.

Depuis que le gouvernement a mis fin ce printemps au programme Environnement-Plage, qui existait depuis les années 1970, les informations sur la qualité de l’eau de baignade ne sont plus la responsabilité du Québec.

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