Eteindre l’incendie, sécuriser la zone, replanter des arbres… Que va-t-il se passer dans la forêt de Gironde après le mégafeu

L’incendie a été fixé dans le département et les habitants peuvent retourner chez eux. Toutefois, un long chantier va démarrer : celui de la régénération de la forêt.
Les flammes ont enfin cessé leur féroce avancée en Gironde. Le mégafeu, qui a ravagé 42 000 hectares, a été officiellement fixé, samedi 1er août. La plupart des 224 000 évacués vont pouvoir regagner le secteur. Mais dans la forêt dévastée, le travail ne fait que commencer. Franceinfo fait le point sur les prochaines étapes à venir dans cette zone durement touchée par l’incendie.
Eteindre complètement l’incendie et surveiller les reprises
Les pompiers ne vont pas quitter tout de suite la Gironde. Après avoir combattu l’avancée des flammes, les secours sont désormais engagés dans des opérations de “noyage”, a annoncé le porte-parole de la sécurité civile, Jérôme Boulanger, lundi sur franceinfo. Les pompiers vont ainsi arroser les éléments végétaux qui pourraient entraîner une reprise d’incendie. “Le feu peut continuer longtemps, sous la terre, par combustion de la matière organique qui reste dessous”, explique à France Télévisions le lieutenant-colonel Eric Pitault, porte-parole du service départemental d’incendie et de secours (Sdis) de la Gironde.
Le risque se révèle particulièrement prégnant sur les tourbières et les sols sableux, comme dans le bassin d’Arcachon, où des “feux zombies” peuvent réapparaître régulièrement. “On a l’impression que le feu est éteint, mais en réalité il couve et d’un seul coup, il ressort. Un peu comme un serpent sous terre”, illustre Eric Brocardi, porte-parole de la Fédération nationale des sapeurs-pompiers.
Environ 240 kilomètres de lisières, parties particulièrement sensibles, continuent également d’être traités par les sapeurs-pompiers. “Il faut faire en sorte que le chaud ne rencontre pas des zones extrêmement sèches et que l’incendie ne puisse pas redémarrer”, souligne Eric Brocardi. Les lisières vont dès lors être massivement arrosées et la terre va également être retournée à l’aide de pioches pour priver le feu de tout combustible.
Comme en 2022 pour l’incendie de Landiras, de telles opérations risquent de durer plusieurs semaines, voire des mois, avant que le feu ne soit définitivement déclaré éteint et que l’ensemble des pompiers quitte la région. Dans ce contexte, l’association Défense de la forêt contre les incendies (DFCI), dotée de 2 500 bénévoles en Aquitaine, espère des renforts pour une surveillance qui s’étendra au moins “jusqu’aux pluies de l’hiver”, rapporte France 3 Nouvelle-Aquitaine.
Sécuriser la zone et abattre les arbres morts ou affaiblis
Une fois les flammes disparues, les gestionnaires des forêts – à 90% privées dans la région – vont devoir s’atteler à un long travail de sécurisation. Pour cela, les forestiers devront abattre les pins calcinés ou fragilisés, et évacuer le bois. Là où la base de l’arbre a brûlé, les spécialistes de l’Institut national de recherche pour l’agriculture, l’alimentation et l’environnement (Inrae) recommandaient en 2022 de couper, rappelle l’AFP. Lorsque c’est le houppier (la partie verte), la survie est possible selon l’ampleur des dégâts.
“Il faut qu’on coupe les arbres calcinés qui menacent de tomber sur des lotissements, sur des routes. La cartographie va être faite cette semaine pour que le travail de coupes de sécurité soit fait”, a déclaré la préfète de Gironde, Sophie Brocas, à l’issue d’une réunion avec une vingtaine d’acteurs de l’industrie du bois, qui représente 10 milliards d’euros de chiffre d’affaires et 60 000 emplois en Nouvelle-Aquitaine.
D’autres menaces pèsent sur les pins après le passage de l’incendie. Les arbres affaiblis sont exposés aux parasites, dont le scolyte sténographe, petit insecte volant prolifère dans les troncs de pins malmenés, jusqu’à la mort de l’arbre. Une seule issue : l’abattage, comme après 2022.
“Il faut évacuer les stocks de bois pour ne pas donner à manger ni au scolyte, ni au feu”, a souligné Sophie Brocas. C’est une “course”, a reconnu François Guiraud, président de l’interprofession du pin maritime, qui pointe aussi la menace du nématode du pin, ver ravageur détecté fin 2025 dans le département voisin des Landes. “Le nématode, ou en tout cas son vecteur, le monochamus [un coléoptère], est attiré par les bois brûlés. Attention de ne pas superposer deux crises”, a-t-il fait valoir, cité par l’AFP.
Replanter des arbres en s’adaptant au climat
Entre les annonces du gouvernement, les intérêts privés, et les recommandations des scientifiques et des ONG, les débats sur la manière de faire revivre la forêt perdue s’annoncent houleux. Du côté de l’Etat, Emmanuel Macron l’a promis lors d’une visite sur place : il faudra “replanter et rebâtir une forêt différente” en Gironde après ce mégafeu, afin de “s’adapter” aux “conditions structurelles de changement climatique”, “à la pression de l’habitation et du tourisme qui s’est déployé ces dernières décennies”.
La déclaration a fait réagir la Fédération des syndicats de forestiers privés de France. “Adapter les forêts aux changements climatiques est le quotidien des forestiers”, a-t-elle déclaré auprès de l’AFP, avant de tacler le gouvernement, qui “a suspendu le fonds de soutien et n’a jamais remis en question des normes qui sont contradictoires avec une gestion active et durable.” L’organisme réclame notamment une “zone tampon inconstructible à moins de 50 mètres des bois” et un meilleur respect des obligations légales de débroussaillement.
Le président de l’association Défense des forêts contre les incendies en Nouvelle-Aquitaine et maire de Biganos, Bruno Lafon, a également réclamé, sur franceinfo, “des aides supplémentaires”. Selon lui, plusieurs aménagements devront être réalisés pour que la forêt résiste à de nouvelles catastrophes, comme l’installation “de barrières avec des essences qui vont pousser plus lentement, comme des chênes”. En plus de ces pare-feu et du nettoyage des sous-bois, il faut diminuer la densité de plantation des pins pour limiter la sécheresse qui favorise les incendies, ajoute Sylvain Delzon, chercheur à l’Inrae, auprès de France 3 Nouvelle-Aquitaine.
Le Premier ministre a annoncé samedi la nomination prochaine d’un “coordinateur national”, rattaché à Matignon, pour piloter la reconstruction dans les zones sinistrées par les incendies, notamment en Gironde. La Fondation pour le patrimoine a de son côté lancé une cagnotte afin de financer “la replantation et la renaturation des forêts de Gironde et des Landes”.
Quelle que soit la stratégie adoptée, elle devra se faire sur le temps long. Il faut compter “dix ans minimum ou plus” après un incendie, pour que la forêt soit “de nouveau fonctionnelle” pour “protéger, accueillir et produire”, rappelle l’Office national des forêts (ONF) auprès de franceinfo. L’organisme public, qui ne gère que 10% de la forêt détruite en Gironde, plaide pour ne pas “précipiter les décisions”. “La nature a souvent sa propre capacité de résilience”, assure l’ONF. Et “celle-ci est souvent remarquable.”




