Une fusée de SpaceX hors de contrôle s’est écrasée sur la Lune, selon des scientifiques

(Cape Canaveral) Une fusée de SpaceX qui avait mis en orbite deux modules d’atterrissage lunaires s’est sans aucun doute écrasée sur la Lune comme prévu mercredi, après avoir dévié de sa trajectoire au cours de l’année écoulée, ont indiqué des scientifiques.
Publié hier à
13 h 35
Bien que cette collision, survenue à une vitesse de 8700 km/h, n’ait pas encore été officiellement confirmée, les experts en suivi spatial ont déclaré qu’il était inévitable que le segment de fusée restant s’écrase sur la Lune.
Il s’agit du dernier épisode en date de pollution de la Lune, un problème qui, selon beaucoup, risque de s’aggraver alors que les États-Unis et la Chine se livrent à une course pour y envoyer des astronautes.
En 2022, une fusée chinoise avait heurté la Lune par inadvertance à l’issue d’une mission lunaire, et de nombreux autres fragments de fusées égarés ont probablement percuté la Lune à l’insu des scientifiques au cours des dernières décennies.
Julianna Scheiman, de SpaceX, a déclaré cette semaine que l’entreprise collaborait avec la NASA pour éviter de futurs accidents, soulignant que cet impact prévu n’était pas délibéré. Une combinaison d’activité solaire et de gravité l’a accidentellement mis sur une trajectoire de collision avec la Lune, a-t-elle expliqué.
Jonathan McDowell, astrophysicien à la retraite, a noté que les observations de l’étage supérieur hors d’usage de quatre tonnes effectuées mardi soir montraient qu’il se dirigeait droit vers la Lune. Le site d’impact prévu était une zone poussiéreuse et aride près du cratère Einstein, sur le limbe occidental de la Lune éclairé par le Soleil – à la limite entre la face visible et la face cachée, une zone particulièrement difficile à observer depuis la Terre.
« Je n’ai aucun doute [que la fusée] est désormais réduite en minuscules fragments éparpillés sur la Lune près du cratère Einstein », a déclaré M. McDowell à l’Associated Press.
« En tant que physicien, je sais que tout ce qui monte doit redescendre », a-t-il ajouté.
Même dans l’hypothèse peu probable où un astéroïde aurait percuté la fusée lors de sa dernière ligne droite, les débris auraient tout de même heurté la Lune au même endroit, a expliqué M. McDowell. « Il est très difficile d’imaginer […] que cela puisse la faire dévier sur une trajectoire très différente. »
Les astronomes amateurs savaient qu’il serait difficile, voire impossible, d’observer depuis le sol le panache de poussière et de roches éjecté du cratère ainsi formé, sans parler du flash lumineux provoqué par l’impact. Les engins spatiaux en orbite avaient les meilleures chances d’être témoins de l’évènement – ou du moins d’observer le cratère après coup.
Le scientifique néerlandais Marco Langbroek faisait partie de ceux qui ont pointé leur télescope vers la Lune à l’heure prévue, mais il n’a rien vu.
« Nous savions que c’était un pari risqué », a noté M. Langbroek.
Tout comme M. McDowell, M. Langbroek a affirmé qu’il n’avait « aucun doute » sur le fait que la fusée avait connu une fin tragique.
Une confirmation visuelle, a noté M. McDowell, devra attendre que le Lunar Reconnaissance Orbiter de la NASA survole le lieu de l’accident et renvoie des photos du cratère d’impact. L’agence spatiale ne s’attend pas à ce que cela se produise avant la semaine prochaine.
Objectif Lune
L’étage supérieur de la fusée Falcon – un gros cylindre de plus de 12 mètres de long – a propulsé deux atterrisseurs lunaires privés depuis Cap Canaveral le 15 janvier 2025.
Il s’est retrouvé à la dérive après avoir mis le Blue Ghost de Firefly Aerospace et le Resilience d’ispace sur la trajectoire menant à la Lune. Resilience s’est écrasé, mais Blue Ghost a réussi son atterrissage avec brio, devenant ainsi le premier vaisseau spatial privé à y parvenir.
La Lune est la nouvelle destination phare de l’espace. La NASA y prévoit un afflux massif de sondes robotiques au cours des prochaines années afin de préparer le terrain pour une base lunaire durable. SpaceX, la société d’Elon Musk, et Blue Origin, celle de Jeff Bezos, fourniront les atterrisseurs lunaires destinés aux astronautes de la mission Artemis de la NASA.
Le Starship d’Elon Musk progresse régulièrement lors de ses vols d’essai depuis le Texas. L’atterrisseur Blue Moon de Jeff Bezos n’a pas encore été lancé. L’un de ces atterrisseurs, ou les deux, participera à la mission Artemis III prévue l’année prochaine. Il s’agit d’une pratique d’amarrage en orbite autour de la Terre. Un alunissage d’astronautes – le premier depuis les missions Apollo de la NASA – pourrait suivre dès 2028.
« L’activité va considérablement s’intensifier près de la Lune, a indiqué M. McDowell. À ce moment-là, un impact comme celui-ci à la surface lunaire, soulevant d’énormes quantités de poussière sur des centaines de miles à la ronde, ne sera plus acceptable. »




