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Dossier | La Presse en Colombie-Britannique | Douleur et stupeur (4 articles)

(Tumbler Ridge) La petite communauté de Tumbler Ridge, en Colombie-Britannique, pleure ses morts. Mercredi soir, à un jet de pierre de l’école où l’innommable s’est produit, des centaines de personnes se sont réunies pour une veillée, parmi lesquelles figuraient nombre d’enfants et d’adolescents.


Publié à
5 h 00

Autour d’un sapin, des peluches et des fleurs ont été déposées. Dans cette petite ville où « tout le monde connaît son voisin », un seul câlin suffisait souvent à déclencher des torrents de larmes. De déchirants sanglots ont percé le silence pendant la minute observée à la mémoire des victimes de la tragédie de mardi.

Six personnes sont mortes dans la petite école secondaire : une enseignante de 39 ans, trois filles de 12 ans ainsi que deux garçons, respectivement âgés de 12 et 13 ans. Un corps a été retrouvé dans la cage d’escalier. D’autres se trouvaient dans la bibliothèque.

PHOTO DAVID BOILY, LA PRESSE

Des centaines de personnes se sont réunies pour une veillée aux chandelles, parmi lesquelles figuraient nombre d’enfants et d’adolescents.

Une autre élève de 12 ans, identifiée par le seul prénom Maya, est entre la vie et la mort. Une minute de silence a aussi été observée pour elle.

Le premier ministre de la Colombie-Britannique, David Eby, a fondu en larmes lors d’une conférence de presse, en décrivant comment cette fillette partie à l’école mardi, « pleine de joie et d’amour, s’accrochait désormais à la vie à l’hôpital ».

Avant de se rendre à l’école secondaire, Jesse Van Rootselaar, 18 ans, a tué sa mère de 39 ans, Jennifer Strang, et son demi-frère de 11 ans. Elle s’est suicidée.

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Autour d’un sapin, des peluches et des fleurs ont été déposées.

À la lueur de bougies, des membres de la petite collectivité rurale se sont succédé au micro. Tantôt pour une prière, souvent pour dire que Tumbler Ridge est une « grande famille ». « Dans notre deuil, rapprochons-nous les uns des autres », a déclaré un homme.

L’incompréhension se lisait sur tous les visages. « L’école est censée être une place où on est en sécurité », a soufflé un autre.

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Garçon prenant part à la veillée à la bougie, mercredi soir

« Mon amie a été tuée », a témoigné une adolescente à La Presse.

Le maire de la ville de 2200 habitants, Darryl Krakowka, peinait à retenir ses larmes en évoquant les familles qui ont perdu des enfants. « Nous pensions autrefois que [pleurer] était un signe de faiblesse. Ce n’est pas le cas. C’est un signe de force », a-t-il soufflé, la gorge serrée par l’émotion.

Antécédents connus

Plus tôt mercredi, l’assaillante, Jesse Van Rootselaar, a été présentée par la police comme une personne trans : garçon à la naissance, Van Rootselaar a amorcé une transition il y a six ans et s’identifiait « personnellement et publiquement » comme une femme.

Sur ses réseaux sociaux, sa mère, Jennifer Strang, dénonçait la transphobie. « Je sais que je ne peux pas tout contrôler ni protéger mes enfants de tout, mais bon sang, pouvez-vous vous ressaisir pour qu’on n’ait pas à élever nos enfants dans un monde plein de haine ? Avez-vous une idée du nombre d’enfants qui se suicident à cause de ça ? », a-t-elle notamment écrit dans une publication Instagram, en juillet 2024.

La résidence familiale de Jesse Van Rootselaar, a été liée ces dernières années à un « historique d’appels à la police pour des enjeux de santé mentale », a indiqué Dwayne McDonald, commandant de la GRC pour la Colombie-Britannique. La dernière intervention de la police à son domicile remonte au printemps.

« Sa mère a essayé pendant des années de lui faire obtenir une aide psychologique, en l’emmenant à plusieurs reprises dans des services psychiatriques », a confirmé un membre de la famille, joint par La Presse.

Jesse Van Rootselaar aurait déjà été arrêtée en vertu de la loi provinciale sur la santé mentale et hospitalisée « dans certaines circonstances ». « Nous pensons que la suspecte a agi seule », a précisé Dwayne McDonald.

Des policiers avaient déjà saisi des armes à feu au domicile de la famille, qui ont été rendues à leur « propriétaire légitime », à la demande de celui-ci. Les agents n’ont pas précisé qui était ce dernier ni si ces armes étaient en possession de la suspecte.

Jesse Van Rootselaar a abandonné ses études il y a environ quatre ans, selon la police locale. Elle n’avait aucune arme à feu à son nom. Son permis d’armes était expiré depuis 2024.

Se décrivant comme une « libertarienne conservatrice », sa mère prônait la culture des armes à feu dans certaines de ses publications.

Solidarité

PHOTO DAVID BOILY, LA PRESSE

Policiers sur le campus de l’école secondaire de Tumbler Ridge, mercredi

Mardi, vers 13 h 20, une centaine d’élèves et de membres du personnel ont été évacués en toute hâte de l’école secondaire de Tumbler Ridge, après que la police eut reçu un appel signalant un tireur actif.

Dans une vidéo prise à ce moment, on peut les voir se précipiter dehors sans manteau, les mains en l’air. Ils traversent rapidement le stationnement, encombré de monticules de neige, sous le bruit des alarmes et des hélicoptères vrombissant au-dessus de leurs têtes.

À l’arrivée des agents, la tireuse était toujours active. Elle s’est donné la mort peu après. Sur place, les policiers ont récupéré une carabine et un pistolet modifié. On ignorait toujours qui est le propriétaire de ces armes, a déclaré le commandant Dwayne McDonald.

Outre les huit morts, la tragédie a fait 25 blessés, dont la plupart n’ont pas été touchés par balle. Dans la panique de la fusillade, certains ont subi des blessures relativement mineures, par exemple en chutant. Les autorités médicales locales ont tout de même tenu à évaluer toutes les personnes concernées.

Les enquêteurs ne connaissent pas encore le motif du crime et désirent obtenir plus d’information sur les armes utilisées avant de la dévoiler. Ils confirment que les morts de l’école secondaire n’avaient aucun lien avec Van Rootselaar.

Le district scolaire local a annoncé que l’école secondaire resterait fermée jusqu’à la fin de la semaine, tout comme l’école primaire de la collectivité. Une équipe de l’hôpital pour enfants de la Colombie-Britannique a été déployée à Tumbler Ridge pour offrir du soutien en santé mentale aux jeunes de la communauté.

Sur diverses plateformes de sociofinancement, plus de 400 000 $ avaient été amassés en soutien aux familles endeuillées, au moment d’écrire ces lignes.

Avec la collaboration d’Éric Martel, de Chloé Bourquin et de William Thériault, La Presse, et avec La Presse Canadienne

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