Abolition du PEQ et main-d’œuvre spécialisée: le restaurant Le Continental pourrait perdre quatre chefs de rang

L’abolition du Programme de l’expérience québécoise pour les travailleurs étrangers n’épargne pas le plus ancien établissement gastronomique de la ville de Québec, Le Continental, alors que les propriétaires du restaurant perdront quatre précieux chefs de rang dans la prochaine année.
Depuis quelques années, Le Continental compte parmi son équipe quatre chefs de rang – tous des travailleurs étrangers temporaires – qui ont une expertise presque introuvable au Québec et dont la formation requiert beaucoup de temps.
Non seulement ils permettent aux propriétaires d’assurer une certaine pérennité de l’établissement, mais ils permettent aussi à ce restaurant de se démarquer dans une industrie fragilisée par la pandémie et la pénurie de main-d’œuvre.
«Aujourd’hui, des restos avec du service comme on donne, il n’y en a plus», fait valoir Mathieu Pettigrew, co-propriétaire.
Il fait notamment allusion au service de repas flambés au guéridon, comme le filet mignon ou le canard.
Entrevue avec trois travailleurs étrangers qui sont chefs de rang au restaurant Le Continental à Québec, mercredi le 14 janvier 2026. Mathieu Pettigrew propriétaire du restaurant.
STEVENS LEBLANC
JOURNAL DE QUEBEC/AGENCE QMI)
Photo Stevens LeBlanc
La situation est d’autant plus inquiétante, alors que le centre de formation professionnelle Fierbourg a annulé la cohorte hivernale dans différents programmes de restauration pour la remettre à la prochaine année scolaire.
S’il perd ces quatre employés essentiels au fonctionnement du service, M. Pettigrew devra prendre des décisions difficiles.
«Il va falloir penser à fermer des journées dans la semaine» se désole-t-il, précisant que la pénurie de main-d’œuvre l’a déjà obligé à mettre un terme au service du midi.
Comme bien des employeurs et travailleurs étrangers touchés par l’abolition du Programme de l’expérience québécoise (PEQ), il estime que le gouvernement devrait garder les travailleurs qui sont déjà ici et mieux considérer la réalité des employeurs.
«Un rêve de gosse»
Fateh Askeur, Nicolas Verges Batalla, Andrea Rampinini et Nabil Boutoudg, ces quatre chefs de rang dont il est question, ont tout abandonné dans leur pays respectif pour venir s’établir ici.
«C’est un rêve de gosse qui se réalisait. Le Canada brille partout dans le monde, mais il sous-estime l’attractivité de son pays», se désole M. Verges Batalla.
Nicolas Verges Batalla, chef de rang, peut notamment cuisiner une salade césar de A à Z, incluant la vinaigrette, en quelques minutes sous les yeux des clients.
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Ce Français venait de souffler ses 50 bougies lorsqu’il a fait le grand saut pour venir ici, en 2022.
«Même à un âge avancé, l’opération semblait intéressante», souligne-t-il
Son collègue Fateh, qui est originaire d’Algérie, vit mal avec l’incertitude entourant la fin du PEQ.
«On ne sait pas quoi faire. Doit-on partir? On n’est pas stable et c’est flou. Et on a laissé beaucoup de choses derrière nous», insiste-t-il.
Entrevue avec trois travailleurs étrangers qui sont chefs de rang au restaurant Le Continental à Québec, mercredi le 14 janvier 2026. Nabil Boutoudj prépare du canard flambé au guéridon.
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Originaire d’Italie, Andrea s’est fait vendre le rêve canadien depuis l’Europe, où il a notamment servi de nombreux Québécois en vacances.
«Quand je suis arrivé ici, j’étais à la recherche d’une vie meilleure. On recommence tout, et je pensais me construire une vie ici», lance-t-il.
De son côté, Nabil, qui est venu au Québec avec sa conjointe «pour avoir une vie meilleure», exprime vivre beaucoup de stress en lien avec son processus d’immigration et la fin du PEQ, qui laisse encore beaucoup d’immigrants dans le néant quant à leur avenir.
«On est dans un stress énorme et on reçoit des nouvelles floues tous les jours», laisse-t-il tomber.
Ce qu’ils ont dit
«À l’époque où Jean Boulet était ministre de l’Immigration, il y a eu de belles avancées pour le marché de l’emploi en matière d’immigration temporaire. Puis l’actuel ministre, Jean-François Roberge, n’a pas milité pour garder ces acquis quand le fédéral a resserré la vis dans le programme des travailleurs temporaires»
– Me Maxime Lapointe, avocat spécialisé en immigration
«Les changements [des programmes d’immigration], c’est un peu débilitant. Et c’est l’idée que tout le futur que je veux me construire sera finalement beaucoup plus difficile»
– Andrea Rampinini, chef de rang au Continental
«[Avec la fin du PEQ] on se sent rejetés et plus désirés et ça pourrait devenir un traumatisme, comme ce l’est pour un enfant ou pour un couple»
– Nicolas Verges Batalla, chef de rang au Continental
«La démission du premier ministre François Legault, est-ce que ça va servir? Est-ce que tout sera mis sur pause encore?»
– Mathieu Pettigrew, copropriétaire du Continental
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