Nantes. Ganago “Contre Nice, il ne faudra pas se louper”

De retour à Nantes après avoir évolué quelques mois en prêt en MLS, Ignatius Ganago vient densifier un secteur offensif en quête de confiance. Pour Flashscore, l’international camerounais a retracé sa carrière, évoqué son enthousiasme avec le maillot canari ainsi son envie de retrouver les Lions indomptables.
Flashscore : Vous êtes de retour à Nantes depuis début janvier et vous avez retrouvé le terrain contre le Paris FC. Malgré la défaite (1-2), quelles ont été vos sensations ?
Ignatius Ganago : Ça s’est plutôt bien passé, ça faisait longtemps. Je n’avais pas vraiment joué, donc ça faisait du bien de revenir et de retrouver le terrain.
Vous revenez d’un prêt en MLS, au New England Revolution. Quel bilan en tirez-vous ?
Franchement, c’était très différent du fonctionnement en France mais le côté positif, c’est que j’ai pris le temps de beaucoup travailler par rapport à ma blessure aux croisés. J’ai repris beaucoup de confiance et ça m’a permis de me rendre compte de mes qualités, de ce que je pouvais apporter dans une équipe. Aujourd’hui, je me sens beaucoup mieux. C’était un bon passage, j’ai réalisé beaucoup de choses et j’ai passé un cap sur certaines choses.
Dimanche, vous retrouvez Nice, où vous avez joué de 2017 à 2020. Un match forcément particulier ?
Je suis de l’autre côté maintenant et dimanche, je vais vouloir gagner. On a besoin de points, on veut se maintenir le plus vite possible. Après le match, je serai toujours Niçois dans mon coeur, mais jusqu’à dimanche, je ne pense qu’à Nantes.
Le Gym est aussi dans une position difficile à tous points de vue. C’est un moment charnière pour les deux équipes ?
C’est clair, Nice est dans un moment très compliqué. J’ai suivi la situation, ça me fait mal pour eux parce que c’est un club qui mérite d’être plus haut. Mais dimanche dernier, on a loupé une occasion contre le PFC, ça nous a mis un gros coup car on voulait faire un résultat. Ce weekend contre Nice, on peut faire quelque chose et il ne faudra pas se louper. On veut les trois points et on va s’en donner les moyens, courir comme il faut, contrôler le match.
Il y a un esprit de revanche par rapport à l’élimination en Coupe de France à la Beaujoire il y a deux semaines ?
Il y a cet orgueil. Nice nous a éliminé et on ne va pas perdre deux fois en trois semaines contre la même équipe. Ça ferait trop ! On doit prendre des points. On n’a que le championnat à jouer, Nice ne peut pas venir gagner deux fois de suite chez nous.
Il y a 3 saisons, vous aviez inscrit le but du maintien avec Nantes. On évoque souvent l’état d’esprit pour se sauver. Vous venez de changer d’entraîneur, comment le percevez-vous ?
Au quotidien, on sent que les joueurs sont ensemble, les anciens sont au contact des plus jeunes. L’état d’esprit en dehors du terrain n’est pas la vérité du terrain mais ça compte, ça commence par là. Sur le terrain, il va falloir tout donner, mouiller le maillot jusqu’à la 95e minute. Ça ne sert à rien de se chauffer pendant 15-20 minutes et de lâcher. Il faut avoir de la constance, savoir gérer les matches. Il ne faut pas aller presser tout le temps, il faut savoir faire le dos rond quand l’équipe en face fait tourner. Mieux vaut se mettre à la ligne médiane et analyser ce qui ne va pas. Je trouve qu’on a une bonne équipe, de bons jeunes mais aussi de l’expérience.
Rémy Cabella est venu relever le challenge dans un club historique car il fallait un cadre pour le secteur offensif. Quand on regarde l’effectif nantais, on se dit qu’il y a la qualité suffisante pour rester en Ligue 1.
Quand on voit les noms, on devrait être beaucoup plus haut, forcément. Mais c’est aussi ça la réalité du football. Tu peux avoir une belle équipe et être en bas. Parfois, c’est injuste. Aux États-Unis, j’ai quasiment vu tous les matches et ils n’ont pas eu de chance, ils ont perdu des points lors de matches qu’ils ne devaient pas perdre. Ce sont des choses qui arrivent, même au PSG contre le Sporting alors que c’est la meilleure équipe d’Europe. Là, on est 16e mais on peut vite se retrouver dans le haut de tableau. Il faut se donner les moyens tous les jours, ne pas lâcher et mériter. Tant que tu travailles, ça paiera. On est plus dans cet esprit là. Le coach est en mission et nous les joueurs aussi. On veut faire plaisir à nos supporters. J’ai un peu été étonné de voir notre stade plein contre le PFC, c’est fort ! Ils paient leur billet pour nous encourager. Si on a quelque chose à nous reprocher, ce serait plus au niveau de la chance, mais pas celui de ne pas avoir tout donné. Quand on sort du terrain, on doit avoir l’impression d’avoir tout donné. C’est cet état d’esprit qu’on doit avoir : être intelligent, analyser, savoir maîtriser le match, comprendre nos temps forts et nos temps faibles. Avec l’effectif qu’on a, on peut vraiment faire de belles choses.
Quand on regarde les noms, on se dit que Nantes a un secteur offensif de qualité et concurrentiel.
C’est vrai qu’il y a du bon matos et c’est à l’entraîneur de faire les meilleurs choix pour ce qu’il veut mettre en place. En attaque, on a de bons joueurs et c’est vraiment pas mal. Matthis Abline, Rémy Cabella, Youssef El-Arabi, Mostafa Mohamed, Junior Koné, Amady Camara… Il y a du beau monde. J’espère que le coach trouvera la bonne formule pour nous car je suis convaincu qu’il y arrive, ça peut faire des étincelles.
Vous avez quasiment dix ans de carrière maintenant. Vous avez débuté à Nice en 2017 avec un but juste après entré à la place de Mario Balotelli. C’est un personnage à part : vous donnait-il des conseils ou c’était le rôle d’autres joueurs du Gym ?
Il ne m’a rien dit de spécial à ce moment-là, simplement “let’s go”, vu qu’il parlait surtout anglais. Ça me faisait plaisir d’arriver dans un tel vestiaire, avec ces noms. J’avais 18 ans et il y avait Dante et Alassane Pléa que j’appréciais beaucoup. C’est lui que j’ai beaucoup regardé jouer car c’était un profil qui m’intéressait vraiment. C’était un bosseur, il ne se plaignait pas, à l’entraînement comme en match. C’était mon exemple. Après, Balotelli… on connaît tous ses qualités. Dante m’aidait beaucoup aussi, il me donnait des conseils. J’étais vraiment proche de lui, dès la première séance d’entraînement et le courant est immédiatement passé. Jean-Mickaël Séri était très présent aussi.
Vous avez ensuite été la recrue la plus chère du RC Lens. Est-ce que ça vous a pesé ?
Franchement non. Quand je suis arrivé, je savais que j’avais besoin de changement et j’étais prêt pour ça. Je savais où j’arrivais. J’avais parlé avec Franck Haise avant de signer, je savais comment on allait jouer, avec quels joueurs. J’étais motivé à fond. Je voulais tout casser. Ma seule pression, c’était celle que je me mettais. Je voulais vraiment franchir un cap. Quand je suis arrivé, ça s’est super bien passé, j’ai enchaîné les buts. Mais contre Saint-Étienne, je me fais tacler dans la surface et je me suis blessé pour deux mois. Le foot peut être cruel car je n’avais jamais fait un tel début de saison. Des moments comme ça peuvent changer une saison, voire une carrière. C’est derrière moi mais ça m’a freiné. J’étais dans un bon groupe, avec un super coach. Ah, le coach, il était très fort, je l’aimais beaucoup (rires).
Vous avez subi une rupture des ligaments croisés. Comment avez-vous fait pour vous relever ?
Le football est un métier à risques, on fait des efforts à l’entraînement tous les jours, par tous les temps. Il y a des choses qui peuvent arriver, de la fatigue. Si tu as une blessure comme la mienne, le conseil que je peux donner, c’est de suivre les instructions des kinés et leur poser des questions sur les exercices qu’ils donnent, pour savoir ce qu’on travaille. C’est important car ensuite tu peux faire du renforcement. Quand j’étais plus jeune, je ne faisais pas trop attention et ça m’a suivi à la longue. Aujourd’hui, je demande et comme ça, je sais quels exercices faire à la maison pour les mollets, les ischios et les quadriceps. Ça m’aide vraiment. Avant, je voyais les bains chauds et froids, le sauna. Si tu ne demandes pas à quoi ça sert, tu peux faire des erreurs. Par exemple,ça a l’air bête, mais il ne faut pas faire de sauna la veille d’un match. Les médecins et les kinés sont là pour nous aider. Notre corps est notre moteur.
Vous avez été formé aux Brasseries, un immense club camerounais. Qu’est-ce qu’il représente à l’échelle nationale ?
Pour moi, c’est le modèle, la référence du Cameroun. Quand tu es jeune et que tu arrives, tu es épanoui, tu as envie de progresser. J’y ai passé des moments incroyables, j’y suis resté 6 ans. Au Cameroun, il n’y a pas meilleur endroit pour te former, c’est le top. Tout est là autour de toi, le manager général Jean-Flaubert Nono nous a beaucoup aidés. Même après les Brasseries. Il continue de me donner des conseils après les matches. On a un groupe dans lequel on discute ensemble et c’est bien de conserver ce lien. Cette référence demeure aujourd’hui. Regardez Carlos Baleba ! C’est un monstre ! C’est un grand centre de formation qui continuera d’attirer encore beaucoup de monde.
On imagine que vous avez suivi la CAN. Revenir avec les Lions indomptables restent dans un coin de votre tête ?
La sélection sera toujours dans ma tête mais jusqu’à la trêve en mars, je dois me concentrer sur Nantes et le maintien. Je ne pense pas trop à ça, je dois d’abord être performant. Si je suis appelé, j’irai. Mais le plus important, c’est le club. J’ai regardé la CAN, j’étais très heureux pour eux. Je savais que ce serait dur mais je ne pensais pas que le groupe jouerait aussi bien. Individuellement, il y avait des top joueurs. Mais former une équipe à seulement deux semaines de la CAN, c’est très compliqué. Alors pour ça, un grand coup de chapeau au coach David Pagou et aux joueurs. Je me demandais comme c’était possible de faire une telle équipe, avec des joueurs qui pour certains n’étaient encore jamais venus. Tous les Camerounais étaient contents. Il y avait beaucoup de jeunes, c’est très encourageant. En plus, on a gagné 12 places au classement FIFA !
On sent que vous avez très envie de faire partie de ce renouvellement de cycle.
Pour moi comme pour tous ceux qui n’ont pas été appelés, c’était une belle CAN, avec de l’énergie, de la jeunesse et on a tous envie d’y être. Mais la sélection, c’est au mérite. Il n’y a pas de magie : c’est à moi de faire ce qu’il faut en club pour donner envie au sélectionneur de me convoquer.




